Editorial: Swiss Covid menacée de finir en Swiss Co...bide
Actualisé

EditorialSwiss Covid menacée de finir en Swiss Co...bide

Malgré une campagne insistante, ou peut-être à cause de cela, l'application de traçage régresse et semble laisser les gens soit méfiants, soit indifférents.

par
lematin.ch
Le mot «traçage», qui relève de la surveillance, est sans doute à l'origine du premier blocage des citoyens suisses concernant l'application de la Confédération.

Le mot «traçage», qui relève de la surveillance, est sans doute à l'origine du premier blocage des citoyens suisses concernant l'application de la Confédération.

OFSP

La population suisse semble bien ingrate avec l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) et son patron, le conseiller fédéral Alain Berset. Car les gens rechignent à télécharger l'application Swiss Covid qui leur est proposée avec insistance. Non seulement les chiffres ne progressent plus depuis le début du mois de juillet, mais ils régressent. Entre le 9 et 11 juillet, 51 000 personnes ont désactivé leur application. Le taux de pénétration de l'application stagne donc autour de 12%.

Rendons grâce à la transparence de l'OFSP qui publie des statistiques qui sonnent comme un désaveu de sa campagne. Plus inquiétant peut-être pour elle, l'annonce de ces chiffres à la baisse risque d'accentuer encore le désintérêt des gens pour l'application. Si la tendance se poursuit, Swiss Covid risque bien de tourner en Swiss «Cobide».

Soutien à gauche, peu à droite

La campagne est pourtant massive. Trop peut-être. Il est difficile de regarder quelque chose sur Youtube sans voir le clip de promotion de l'application. Celle-ci a été soutenue aussi par nombre de politiciens. Les socialistes en particulier ont appuyé sans réserve la politique de leur conseiller fédéral. Mais à droite, les élus sont bien plus discrets. Ceci explique, peut-être, aussi cela.

De tout évidence, en 2020, la population n'est pas prête à ce genre d'auto-discipline, soit par méfiance, soit par indifférence. 20% des gens ont par ailleurs des appareils obsolètes. Et beaucoup d'autres ont déjà assez d'applications sur leurs smartphones pour en rajouter une qui leur «mange» de la batterie en silence – et dont le réveil signifiera peut-être une mise en quarantaine pour dix jours.

Situation pas assez grave

L'enjeu majeur de cette opération, soit l'intérêt collectif pour la santé publique, n'est pas perçu comme l'espérait l'OFSP. Mais on ne peut pas, pour autant, en déduire que neuf Suisses sur dix négligent le bien commun, dans cette affaire. Pour les convaincre, il faut du temps. En laissant l'application facultative, les gens attendent pour voir, considérant aussi que la gravité de la situation ne justifie pas de télécharger ce «truc», selon l'expression du conseiller fédéral Ueli Maurer.

Question de mots

Il reste qu'on ne jettera pas la pierre aux autorités. Comme beaucoup d'autres pays, la Suisse tente de trouver son chemin dans la mise en place d'un traçage efficace pour lutter contre une épidémie.

A l'avenir, sur le fond, on ne peut être contre. Par contre, sur la forme, tout a été fait dans une certaine précipitation. Sans doute que, dans quelques années, il y aura moins d'improvisation avec un projet de ce type.

Il faudrait déjà commencer par se débarrasser du mot «traçage» qui relève de la surveillance et le remplacer par «dépistage», qui relève de la santé publique. Rassurer les gens tient parfois à peu de choses.

Eric Felley

Votre opinion