Swisscom est-il «climatiquement neutre», vraiment?
Publié

PolémiqueSwisscom est-il «climatiquement neutre», vraiment?

La nouvelle campagne écologique du premier opérateur de Suisse fait réagir. Pour les opposants à la 5G, ce slogan est trompeur, alors que ses technologies engloutissent des ressources considérables.

par
Eric Felley
La nouvelle campagne de Swisscom joue sur la probité environnementale de ses services et produits.

La nouvelle campagne de Swisscom joue sur la probité environnementale de ses services et produits.

Getty Images/iStockphoto – Photo d’illustration

Le 25 février dernier, l’opérateur Swisscom a lancé une nouvelle campagne de promotion pour ses abonnements de téléphonie mobile, qui n’est pas passée inaperçue. Ses produits sont dorénavant «climatiquement neutres». Son CEO, Urs Schaeppi, a déclaré à cette occasion: «À partir d’aujourd’hui, avec tous leurs abonnements et tous les smartphones et terminaux achetés chez nous, nos clientes et clients bénéficient non seulement du meilleur réseau, mais aussi du premier réseau climatiquement neutre de Suisse».

«Une bonne blague»

Sur Facebook, les publicités de Swisscom ont depuis provoqué des commentaires grinçants, parlant de «greenwashing», d’une «bonne blague» ou encore: «Climatiquement neutre!!! Ça ne veut absolument rien dire… et les natels qu’ils vendent, ils sont aussi climatiquement neutres???» Ou encore: «Les serveurs internet consomment énormément d’énergie… comment pouvez-vous vous prétendre climatiquement neutre?»

Cette publicité a fait bondir aussi l’Association Stop 5G, qui a édité une plaquette, qui rappelle: «L’économie numérique n’est ni «immatérielle» ni «verte». Elle produit des dommages écologiques importants, dont les conséquences sont très inégalement réparties à la surface du globe».

Matériaux non renouvelables

Citant diverses sources et articles, l’association rappelle qu’au niveau mondial, «le déploiement de la 5G entraînera la production de dizaines de millions de nouvelles antennes et de centaines de milliards d’appareils. En Suisse, un tel déploiement nécessite la construction de plus de 26 000 antennes supplémentaires». Elle rappelle aussi que les appareils connectés «sont composés d’une cinquantaine de matériaux non renouvelables, dont des éléments plastiques bromés toxiques, ainsi qu’une quarantaine de minerais et de terres rares».

Des terres rares au lithium

Selon la plaquette de Stop 5G, la fabrication des ordinateurs et des téléphones portables absorbe à elle seule 23% de la production mondiale de cobalt et 19% des métaux rares. Elle ajoute que l’extraction des terres rares en Chine, du coltan en République démocratique du Congo ou du lithium en Amérique du Sud se font dans des conditions humaines et environnementales régulièrement dénoncées. L’association rappelle aussi que le numérique (internet, smartphone, objets connectés, serveurs et data center) représente aujourd’hui 10% de la consommation électrique mondiale. Ces technologies représentent 4% des émissions de gaz à effet de serre, une part en constante augmentation.

Citant un article du «Monde Diplomatique», elle conclut: «Prôner simultanément l’internet des objets et la lutte contre la crise climatique est un non-sens. L’augmentation du nombre d’objets connectés accélère tout simplement la destruction de l’environnement. Et les réseaux 5G devraient doubler ou tripler la consommation énergétique des opérateurs de téléphonie mobile dans les cinq prochaines années»

Swisscom compense par des projets climatiques

Face à ces critiques, la porte-parole de Swisscom Alicia Richon défend la stratégie de l’opérateur: «Swisscom réduit autant que possible les émissions de CO2 lors de la production, du transport et de l’exploitation de ses propres produits, comme les routeurs, ou de l’exploitation du réseau grâce à une énergie 100% renouvelable. Partout où il n’est pas possible de réduire suffisamment les émissions de CO2 ou pour les produits achetés comme les téléphones portables ou les accessoires, Swisscom compense leurs émissions de CO2 par des projets climatiques».

La clef du «climatiquement neutre», ce sont donc les compensations: «Depuis 1990, nous avons réduit 80% de nos propres émissions directes de CO2. Nous ne compensons que les émissions non évitables par le biais de projets dont la réduction des émissions est prouvée». Sur le site de l’opérateur, on en trouve quatre exemples: des participations à un projet d’énergie solaire au Kenya avec MyClimate, un projet de reforestation au Ghana avec First Climate, une centrale solaire au Chili avec South Pole et la construction d’installations de biogaz en Inde avec My Climate. «Nos projets de compensation avec South Pole, MyClimate et First Climate peuvent être déterminés et monitorés avec précision, note-t-elle. Nous garantissons ainsi une réduction avérée des émissions de CO2.»

Un impact important sur le climat

Alicia Richon reconnaît cependant: «Il est vrai que les produits climatiquement neutres ne résolvent pas tous les défis sociaux ou environnementaux de la chaîne d’approvisionnement. Il est vrai que les technologies de l’information et de la communication (TIC) nécessitent des ressources matérielles. C’est justement parce que les TIC ont un impact important sur le climat et l’environnement que nous voulons apporter notre contribution».

Et d’ajouter «Avec ses offres climatiquement neutres, Swisscom garantit «seulement» que le bilan des émissions de CO2 est compensé sur toute la durée de vie. Nous restons conscients que des efforts supplémentaires sont nécessaires dans le sens de l’économie des ressources et de l’économie circulaire. C’est pourquoi nous misons sur de vastes programmes d’économie circulaire pour les produits propres et les smartphones».

La 5G moins gourmande, si…

Concernant la 5G, Swisscom mentionne une étude effectuée par des chercheurs de l’Université de Zurich et du Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa). Cette étude a mesuré le besoin en énergie et en ressources pour déployer et exploiter le réseau, en comparant les technologies 4G et 5G. Leur conclusion est que «L’empreinte des réseaux 5G concernant les gaz à effet de serre sera inférieure à celle des réseaux 4G, si ceux-ci sont déployés conformément au trafic de données attendu».

Votre opinion

22 commentaires