Humeur: SwissCovid: «inefficace», mais tellement nécessaire...

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HumeurSwissCovid: «inefficace», mais tellement nécessaire...

Au-delà de l'épidémie, l'application permettra surtout de sonder dans quelle mesure les gens sont prêts à installer volontairement une application de traçage institutionnelle dans leur téléphone privé.

par
lematin.ch
Dans quelle mesure les gens font confiance à de nouvelles technologies qui les contrôlent pour leur bien ou pour le bien commun? C'est un des enjeux indirects de SwissCovid.

Dans quelle mesure les gens font confiance à de nouvelles technologies qui les contrôlent pour leur bien ou pour le bien commun? C'est un des enjeux indirects de SwissCovid.

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Avec l'application de traçage SwissCovid, on assiste au lancement d'une expérience de surveillance de masse en Suisse, sous prétexte d'accompagner la phase d'endiguement du coronavirus, qui pourrait durer encore deux ans... Cette opération de traçage à large échelle concerne une épidémie, dont les cas qui apparaissent aujourd'hui peuvent être traités de manière conventionnelle. Qu'importe, le projet doit absolument se faire.

Difficile de prouver dans un temps si court

Il faut chercher ailleurs l'intérêt de l'application SwissCovid, qui semble être devenue un but en soi. Le Conseil des Etats, conscient qu'elle arrive un peu tard, a fait ajouter dans la base légale que, si elle s'avérait «inefficace», elle devrait être arrêtée avant le 30 juin 2022. Alain Berset ne pense pas que ce sera le cas: «Vous me direz, a-t-il précisé devant le Conseil national, qu'il sera difficile de prouver l'inefficacité dans un temps si court, surtout aujourd'hui avec tellement peu d'infections. Donc c'est bien possible qu'on n'arrive pas à voir si elle est efficace ou non avant que ce soit terminé, on pourra faire une analyse plus tard...»

Des données trop précieuses pour disparaître

Une analyse semble donc être prévue, mais de quoi et de quelles données ? Certes, les promesses répétées aujourd'hui sur la protection de la sphère privée seront tenues. Mais les promesses qui ne sont pas faites n'auront pas à être tenues! Les données sur le nombre de gens qui ont téléchargé l'application (60 000 déjà à l'heure actuelle), notamment leurs numéros de téléphone, ne finiront assurément pas à la poubelle. Elles permettront de savoir qui, où, à quel âge ou de quel sexe a téléchargé l'application en Suisse et d'en faire peur-être «l'analyse». Elles sont bien trop précieuses pour disparaître.

Une psychologie détournée

On ne peut s'empêcher de déceler dans cette opération une finalité détournée. Un peu comme dans un test psychologique, on recherche des informations sur le fonctionnement psychique d'une personne en train de répondre à des questions et non pas sur ses réponses... Ici, c'est l'insistance à mettre en avant l'aspect «volontaire» de l'opération qui est central. Il est dommage que les parlementaires n'aient pas abordé cette option de SwissCovid, qui est de sonder dans quelle proportion et avec quels moyens la population est prête à installer volontairement une application de traçage institutionnelle dans son téléphone privé. On le saura peut-être un jour. Avec l'analyse dont parle le conseiller fédéral.

Eric Felley

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