Affaire Nono: «Ta peine ne fait que commencer, fils de p...»

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Affaire Nono«Ta peine ne fait que commencer, fils de p...»

Douze ans que la famille du Cap-Verdien poignardé en pleine rue à Vevey attendait le face-à-face avec le Kosovar qui l'a tué lors d'une rixe. Audience émotionnelle.

par
Evelyne Emeri
La famille à son arrivée au tribunal hier matin. De g. à dr., la conjointe de Nono et mère de leur fils, la sœur de la victime, sa mère et son frère.

La famille à son arrivée au tribunal hier matin. De g. à dr., la conjointe de Nono et mère de leur fils, la sœur de la victime, sa mère et son frère.

Sébastien Anex

L'homme, âgé aujourd'hui de 35 ans, présente bien. Tiré à quatre épingles, Samir*, le Kosovar, a la mine grise. Prévenu de meurtre, il a fui durant neuf ans. Deux ans au Kosovo, où le sommelier est repéré par la justice vaudoise, puis nouvelle cavale direction la Belgique, où il travaille durant sept ans dans un kebab du campus de Louvain-la-Neuve sous une fausse identité.?C'est au détour d'un contrôle ordinaire qu'il se fait serrer en septembre 2013, extrader vers la Suisse et emprisonner. C'est dire si la famille de Nono, le surnom du défunt, est survoltée. Le deuil, l'attente de l'arrestation et, depuis hier, le début du procès. A leur arrivée, aux premiers flashes des photographes, tous crient déjà leur douleur. A l'intérieur, ce sera pire.

«C'est des conneries»

La présidente du Tribunal d'arrondissement de l'Est vaudois, Sandrine Osojnak, interroge le prévenu sur ces fameuses circonstances indéterminées retenues jusqu'ici par le procureur Hervé Nicod. Que s'est-il passé à la rue du Simplon, à Vevey (VD), ce 8 mars 2004, à 13 h 15? Une bagarre, un règlement de comptes entre Albanais et Cap-Verdiens? Deux jours plus tôt, l'accusé prétend s'être fait «dégommer» au Centre commercial Saint-Antoine gratuitement. Un constat médical l'atteste. Dégommé par le copain de Nono, Afonso*, assis dans la salle en tant que plaignant. L'intéressé réplique et raconte diamétralement le contraire: «C'est des conneries!» Une bande d'Albanais lui serait tombée dessus chez Manor.

Deux jours plus tard, c'est la rixe fatale. Samir et Selim*, son petit frère, sortent avec leur mère pour porter plainte. La maman s'arrête dans un commerce. Les deux frères n'iront pas beaucoup plus loin. Ils croisent le chemin d'Afonso et de Nono qui tient son pitbull en laisse. «J'ai dit à Selim: «Ne les regarde pas, c'est lui (ndlr: Afonso) qui m'a frappé», affirme Samir. «J'ai entendu: «Viens ici, fils de pute» et Afonso a dit au chien: «Attaque!» Mon frère s'est fait mordre à une jambe. Ils avaient une barre de fer. Ils frappaient mon frère qui était à terre. Je devais le protéger. J'ai vu ma mort devant. Afonso avait un couteau dans sa ceinture, je l'ai pris. Je l'ai planté dans le dos quand il s'est retourné. Le chien arrachait les jambes de mon frère, j'ai planté le chien et Nono trois fois. Je n'ai pas eu de choix.»

Le Kosovar ne se dérobe pas. Il regrette amèrement et le dit à la famille de Nono, en larmes. Il prétend s'être défendu et avoir fui à l'étranger parce qu'il craignait pour sa vie. «Tu as tué mon frère. Dis la vérité. T'es un homme ou pas? Tu as cru pouvoir nous entu…, lui lance le frère de la victime. «Méfie-toi de la justice divine. Je crois en Dieu. J'espère que tu vivras un véritable enfer.» Et sa sœur de surenchérir: «Tu entends bien là-bas, ta peine, elle ne fait que commencer, fils de p…» La compagne de Nono et maman de leur nourrisson à l'époque, est là aussi, plus mesurée. Elle lira un message émouvant de son fils adolescent, orphelin de père à 14 mois déjà.

Afonso, le meilleur ami de Nono qu'il accompagnait ce jour maudit, est aussi longuement passé à la question par la Cour et les parties, tant les versions divergent et se multiplient. Les regards pèsent sur lui pour des raisons évidentes. Il aurait pu être renvoyé, du moins pour participation à une rixe, mais l'infraction est prescrite.

«Afonso est l'instigateur»

L'ami de Nono conteste tout. Il n'avait pas de couteau. Il a à peine touché la barre de fer. Et ce sont les deux frères kosovars qui les ont attaqués tout de suite. «L'instigateur de cette chose est dans cette salle», lâche l'accusé en le pointant du regard. Et la sœur de Nono d'ajouter à l'adresse d'Afonso: «Mon frère est mort pour toi.»

Réquisitoire et plaidoiries ce matin.

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