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Agression sexuelleTariq Ramadan: «Toi, tu vas prendre cher»

L’islamologue suisse est accusé de viol par une deuxième plaignante. Celle-ci dénonce des abus d’une violence extrême qui seraient survenus en 2009, dans un hôtel à Lyon (F).

par
Evelyne Emeri
Automne 2009, le conférencier suisse est à Lyon. C’est dans sa suite du Hilton qu’il aurait contraint cette nouvelle victime.

Automne 2009, le conférencier suisse est à Lyon. C’est dans sa suite du Hilton qu’il aurait contraint cette nouvelle victime.

Mehdi Fedouach, AFP

C'était la première fois qu’ils se rencontraient. Nous sommes en octobre 2009, le théologien suisse, installé à Paris, donne une conférence à Lyon (F). Depuis un an, cette musulmane convertie cherche conseil auprès de Tariq Ramadan. Ils échangent, ils correspondent. Ce jour-là, il lui donne rendez-vous au bar de l’Hôtel Hilton. Une rencontre inespérée pour cette Française d’une quarantaine d’années qui s’attendait à parler spiritualité. Selon ses dires, le partage intellectuel va se muer en contrainte. Sexuelle.

Certificats médicaux accablants

Très vite, sous le couvert de sa célébrité, il lui aurait proposé de monter dans sa suite pour être à l’abri des regards et prendre le thé, affirme la quadragénaire. Elle le suit, elle marche avec des béquilles. Une fois à l’étage, il lui aurait sauté dessus et hurlé: «Toi, tu m’as fait attendre, tu vas prendre cher.» Elle sera sa proie, piégée jusqu’au petit matin, où elle parvient à s’échapper, assure-t-elle.

Son témoignage, qui accompagne sa plainte pour viol déposée jeudi, est accablant. Les extraits publiés par nos confrères du Parisien et du Monde sont révulsants. La victime présumée évoque des gifles au visage, aux bras et sur la poitrine, des coups dans le ventre, des fellations et des sodomies, y compris avec un objet: «J’ai hurlé de douleur en criant stop. Plus je hurlais, plus il tapait. Il m’a traînée par les cheveux dans toute la chambre pour m’amener dans la baignoire de la salle de bains et m’uriner dessus.» Des certificats médicaux, établis à l’époque, étaieraient encore la crédibilité de ses propos.

Pourquoi s’en ouvrir huit ans après les faits – qui ne sont pas prescrits –? Parce que cette femme, qui jure avoir été salie par Tariq Ramadan, jure aussi avoir été harcelée par la suite, menacée et suivie dans la rue durant des mois pour la contraindre au silence. L’affaire Weinstein, l’effet #balancetonporc, la parole libérée et, par-dessus tout, la plainte du 20 octobre d’une première accusatrice, Henda Ayari, ancienne salafiste devenue militante féministe et laïque, ont décidé la quadragénaire, qui tient à son anonymat.

D’autres victimes en embuscade

Le détail des violences et des humiliations extrêmes qu’aurait subies la nouvelle plaignante «sera raconté et montré aux enquêteurs. Elle ne parlera plus», commente son avocat, Me Éric Morain. Ce dernier dit avoir récolté d’autres récits de la même veine et tente de persuader cinq autres femmes de poursuivre l’islamologue de 55 ans, figure à la fois influente et controversée de l’islam.

Tariq Ramadan avait rapidement déposé une contre-plainte pour dénonciation calomnieuse à l’encontre de Henda Ayari. Pour le deuxième cas désormais révélé, il annonce vouloir en faire de même. Il s’est exprimé tard samedi soir sur Facebook: «Je suis depuis plusieurs jours la cible d’une campagne de calomnie qui fédère assez limpidement mes ennemis de toujours. Une nouvelle plainte sera déposée dans les prochains jours puisque mes adversaires ont enclenché la machine à mensonges. La calomnie est une méthode insupportable et les conjurations ne forment pas la vérité. J’ai une autre idée du combat pour nos idées et il est triste de voir nos adversaires réduits à soutenir l’imposture et la tromperie érigées en vertu. Le droit doit maintenant parler, mon avocat est chargé de ce dossier, nous nous attendons à un long et âpre combat. Je suis serein et déterminé.»

Hier après-midi, le professeur Ramadan a partagé une nouvelle fois sa propre publication. Les commentaires abondent tous dans le même sens. Ses followers – et partisans – crient au complot.

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