Jura: «Taxer nos plaques, c'est la mort du cirque!»
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Jura«Taxer nos plaques, c'est la mort du cirque!»

Le directeur du chapiteau Starlight ne décolère pas: en rétablissant la taxe d'immatriculation de ses roulottes, le gouvernement jurassien le pousse dans un autre canton.

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lematin.ch
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Heinrich Gasser, directeur du cirque Starlight. A partir de cette année, ce sont bien plus que les 6000 francs évoqués qui devront être déboursés pour payer la taxe sur les véhicules.

Heinrich Gasser, directeur du cirque Starlight. A partir de cette année, ce sont bien plus que les 6000 francs évoqués qui devront être déboursés pour payer la taxe sur les véhicules.

lematin.ch/Sébastien Anex
Loin du cirque des plaques, les artistes du Starlight se préparent pour la tournée qui débutera le 20 mars à Porrentruy.

Loin du cirque des plaques, les artistes du Starlight se préparent pour la tournée qui débutera le 20 mars à Porrentruy.

lematin.ch/Sébastien Anex
Au diabolo...

Au diabolo...

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Sans ses roulottes, ses camions, ses tracteurs et ses voitures, le cirque Starlight ne peut pas quitter son quartier d'hiver de Porrentruy (JU) pour partir en tournée. Problème: le gouvernement jurassien a supprimé ce qu'il considère comme un privilège: la réduction de la taxe sur les véhicules accordée le 15 septembre 2009.

«Ce n'est pas un privilège, c'était une condition posée à notre implantation», indique Heinrich Gasser, directeur du cirque Starlight, qui a posé ses roulottes dans le Jura par amour. «La réduction de 80% qui nous était accordée ne faisait pas du Jura un canton généreux», précise le directeur.

884 francs ou 24

Des chiffres? Une remorque de 12 tonnes est taxée normalement 1 040 francs, un chiffre ramené à 208 francs avec le rabais accordé depuis 2009. «Il nous en coûtera 884 francs en 2020, alors que d'autres cantons nous factureraient 70 francs, voire 24 francs», fulmine Heinrich Gasser.

Pour un cirque qui partira en tournée avec 20 caravanes, entre autres véhicules, la pilule et trop dure à avaler: «Taxer nos plaques, c'est la mort du cirque!», assène Heinrich Gasser, bien décidé à s'exiler en Valais ou à Schaffhouse si le Jura ne fait pas machine arrière.

Dimension culturelle

Une intervention parlementaire est en préparation contre la décision dictée par le ministre David Eray. «La dimension culturelle liée aux activités du cirque (...) n'est pas un motif de réduction de la taxe», soutient le gouvernement jurassien.

Le ministre David Eray assume, même si Starlight est depuis vingt ans le seul cirque jurassien: «C'est la fin d'un passe-droit». Son homologue Martial Courtet aquiesce en cherchant une autre forme de soutien, en sus des 40 000 francs déjà octroyés pour la création artistique. Heinrich Gasser s'étrangle: «L'Office de la culture va-t-il financer l'Office des véhicules?».

Symphonie lunaire

«On ne roule que dix jours sur les routes jurassiennes», reprend Heinrich Gasser. Avec vingt caravanes, la tournée 2020 s'ouvrira sur trois dates à Porrentruy avec sa «Symphonie lunaire», place du Voyeboeuf, les 20, 21 et 22 mars prochains.

«Nos véhicules ne servent pas à générer du profit comme une entreprise de transport, mais à déplacer notre propre matériel pour le montage du chapiteau», insiste Heinrich Gasser, qui emploie 30 personnes.

Si ce directeur est très remonté, c'est parce que son cirque sert de carte de visite à un canton périphérique: «Qui d'autre porte le nom de Porrentruy à Monte Carlo et à Moscou?», interroge-t-il.

Sur le chemin de son quartier d'hiver, dans une zone industrielle, le directeur du cirque passe au volant de sa vieille Mercedes devant une carrosserie: «Je donne du travail aux entreprises d'ici, j'engage des employés jurassiens à mon bureau. En guise de remerciement, on peut mieux faire qu'augmenter la taxe de mes véhicules!».

Le débat fait un drôle de numéro de cirque, mais il ne fait que commencer.

Vincent Donzé

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