Yemen: Téhéran accuse Ryad d'avoir bombardé son ambassade

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YemenTéhéran accuse Ryad d'avoir bombardé son ambassade

L'Iran parle d'«action délibérée de l'Arabie saoudite», alors qu'il semble que le bâtiment n'ait pas été touché à Sanaa.

Deux F-15 de l'Arabie saoudite le 16 novembre 2015.

Deux F-15 de l'Arabie saoudite le 16 novembre 2015.

AFP

L'Iran a accusé jeudi l'aviation saoudienne d'avoir attaqué son ambassade au Yémen. Téhéran a par ailleurs interdit l'entrée de tous les produits saoudiens. Il s'agit des deux derniers épisodes dans la flambée de tension entre les deux pays, après l'exécution par Ryad d'un religieux chiite saoudien.

Selon Téhéran, l'attaque est «une action délibérée de l'Arabie saoudite». Elle viole «les conventions internationales pour protéger les missions diplomatiques (...)». L'Iran a également informé le Conseil de sécurité de l'ONU de ce bombardement.

«Le gouvernement saoudien est responsable des dégâts causés et de la situation des membres du personnel qui ont été blessés», a accusé le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Hossein Jaber Ansari, cité par la télévision d'État. «La République islamique d'Iran se réserve le droit de défendre ses droits dans cette affaire», a-t-il ajouté.

Enquête ouverte

La coalition conduite par l'Arabie saoudite au Yémen a affirmé jeudi soir ne pas avoir visé l'ambassade d'Iran à Sanaa, contrairement aux affirmations de Téhéran. Après enquête «la coalition peut affirmer que le bâtiment de l'ambassade est intact», a-t-elle dit en mettant en garde les représentations diplomatiques à Sanaa de ne pas permettre aux «milices de s'y abriter».

Selon des habitants, les bâtiments de l'ambassade n'auraient en effet subi aucun dégât. Une frappe aérienne a touché une place à 700 mètres de là et des pierres et des éclats d'obus se sont abattus dans l'enceinte de l'ambassade.

Le général Ahmed Asseri, porte-parole de la coalition arabe formée par l'Arabie saoudite au Yémen, a déclaré qu'une enquête avait été ouverte. Il a souligné que les miliciens houthis, qui contrôlent Sanaa, utilisaient certaines enceintes diplomatiques désaffectées à des fins militaires.

Pèlerinage interdit

Dans le même temps, Téhéran a annoncé l'interdiction de l'entrée de tous les produits saoudiens ou en transit depuis l'Arabie saoudite. L'interdiction du petit pèlerinage de La Mecque (omra), auquel se rendaient d'habitude quelque 500'000 pèlerins iraniens et parfois jusqu'à 850'000, est également «maintenue jusqu'à nouvel ordre».

L'Arabie saoudite se trouve à la tête d'une coalition arabe. Cette dernière intervient au Yémen en soutien au président, Mansour Abd Rabbo Mansour Hadi, contre des rebelles chiites appuyés par l'Iran.

Déjà tendues, les relations entre l'Iran chiite et l'Arabie saoudite sunnite se sont encore détériorées début janvier.

Ces tensions entre les deux poids lourds de la région qui s'opposent depuis des années sur de nombreux dossiers de l'Irak au Liban en passant par les guerres au Yémen et en Syrie inquiètent la communauté internationale. Cette dernière a appelé à l'apaisement.

Plus de 40 arrestations

Ryad a rompu dimanche ses relations avec l'Iran à la suite de l'attaque de ses missions diplomatiques samedi à Téhéran et à Machhad par des manifestants en colère. Ceux-ci protestaient contre l'exécution du dignitaire religieux chiite saoudien, cheikh Nimr al-Baqer al-Nimr.

L'exécution de ce critique du régime de Ryad a provoqué l'indignation au sein des communautés chiites dans plusieurs pays de la région.

Le gouvernement iranien a condamné l'attaque de l'ambassade et du consulat saoudiens. Plus de 40 personnes ont été arrêtées. Mais cela n'a pas suffi pour calmer la colère de l'Arabie saoudite.

Aucun vainqueur

La décision de Ryad de rompre ses relations avec l'Iran a été suivie par Bahreïn, le Soudan, Djibouti puis la Somalie jeudi. «Les diplomates iraniens ont 72 heures pour quitter la Somalie», a précisé le ministère des Affaires étrangères. L'Iran était un des rares pays à disposer d'une ambassade à Mogadiscio.

Les Émirats arabes unis ont eux réduit leurs relations diplomatiques avec Téhéran. Le Koweït et le Qatar ont, eux, rappelé leur ambassadeur en Iran, comme les Comores jeudi.

L'Irak, majoritairement chiite comme l'Iran, a proposé d'oeuvrer à faire baisser la tension. Son but est de ne «pas entraîner la région dans une guerre qui ne pourrait pas avoir de vainqueur».

De nouvelles manifestations contre l'exécution du cheikh Nimr ont toutefois été annoncées en Iran. Elles se dérouleront à l'occasion de la prière vendredi soir.

(ats)

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