26.08.2020 à 04:36

Cinéma«Tenet»: c’est bon mais c’est flou

Le nouveau Christopher Nolan est le film le plus attendu de l’été. C’est dingue visuellement. Mais il nous manque la sensation de vertige. À voir en salle dès le mercredi 26 août.

par
Laurent Flückiger
John David Washington doit empêcher une Troisième Guerre mondiale causée par un méchant qui modifie la linéarité du temps. Bonne chance.

John David Washington doit empêcher une Troisième Guerre mondiale causée par un méchant qui modifie la linéarité du temps. Bonne chance.

Warner Bros.

Mercredi 26 août, c’est le grand jour: la sortie de «Tenet», nouveau film de Christopher Nolan (la trilogie «Dark Knight», «Dunkerque», «Inception») censé sauver l’été des cinémas. Beaucoup de choses ont été dites: que le réalisateur travaille dessus depuis six, sept ans, qu’il y aura des scènes de combat comme on en n’a jamais vu à l’écran, que notre cerveau en prendra un coup, que ça sera dingue. Et qu’on ne comprendra pas tout la première fois.

À la fin de la projection en IMAX, lundi à Genève, on tente le résumé avec quelques camarades. Cette première étape, qui semble simple ne l’est pourtant pas. On se met d’accord sur: «Un espion doit sauver le monde des griffes d’un méchant qui modifie la linéarité du temps.» À préciser que l’espion est John David Washington – une bonne surprise – et le méchant Kenneth Branagh, convainquant avec son accent russe étrenné dans «The Ryan Initiative» (2014). Maintenant, celui qui a TOUT compris de «Tenet» lève la main. Personne? Personne.

Inversion du temps

Le film s’ouvre sur une attaque terroriste d’opéra en Ukraine. L’action est rapide, maîtrisée et chorégraphiée sur la musique de rave symphonique signée Ludwig Göransson («The Mandalorian»). L’action n’aurait pas fait tache dans un «James Bond», s’il n’y avait pas quelques effets inhabituels, des mouvements inversés.

Cela devient plus net quand, plus tard, John David Washington tire une balle, et cette balle part de son point d’impact pour rentrer dans le canon. Il ne s’agit pas de voyage dans le temps, comme dans les récits classiques du fantastique, mais d’inversion du temps. On fait mine de saisir quand, à l’écran, Clémence Poésy explique cette technologie en quelques mots compliqués et sans les répéter. Et Robert Pattinson, excellent en coéquipier de Washington, de dire avoir tout compris parce qu’il a étudié la physique quantique… Fayot.

Alors que c’est un casse-tête temporel, Robert Pattinson prétend qu’il a tout pigé parce qu’il a étudié la physique quantique. Fayot!

Alors que c’est un casse-tête temporel, Robert Pattinson prétend qu’il a tout pigé parce qu’il a étudié la physique quantique. Fayot!

Warner Bros.

Le fameux «paradoxe du grand-père»

À mesure que le film avance, les scènes d’action se font plus spectaculaires. Nolan casse un Boeing à Oslo et, surtout, crée un embouteillage monstre à Tallinn. Là, on est soufflé par une scène avec plusieurs camions, captée notamment au drone, alors qu’il y a toujours cette musique de Göransson pour garder la tension à son comble. Dans le même temps, les inversions se font toujours plus courantes et visuellement toujours plus bluffantes. Sur cette même autoroute de Tallinn, une BMW grise se remet sur ses roues – un accident monté à l’envers. À partir de là, après 80 minutes d’images («Tenet» en fait 150), cela devient un tel casse-tête qu’on est perdu. Et ce n’est pas les concepts de «tenailles temporelles» ou de «paradoxe du grand-père» qui vont nous aider.

Christopher Nolan est fasciné par le temps et la narration. Ses fans le savent. Mais ce qui marchait dans «Memento» et «Inception» ne fonctionne pas aussi bien dans «Tenet». On doit voir le monde autrement, pas le comprendre mais le sentir, entend-on dans le film. On veut bien. Les théories physiques se tiennent probablement – on n’est pas Sheldon Cooper pour les vérifier – mais, quand on s’y plonge, il nous manque malheureusement cette sensation de vertige. Celle quand tout s’imbrique et tout s’éclaire. Et pas sûr qu’elle existe au bout de la deuxième ou troisième séance.

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1 commentaire
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Etasseur

26.08.2020 à 05:30

Dans le précédent article consacré à l'événement on lisait : "un espion tente de sauver le monde d’un terrifiant marchand d’armes russe". Je me demande si ça aurait fait le même buzz si l'espion en question avait été juif et si le film aurait pu être financé à hauteur de 225 millions de dollars si le héros était chinois et le méchant américain