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Cannes 2018Terry Gilliam: «Il faut que je me ménage»

La malédiction prend fin. «L'homme qui tua Don Quichotte» sort enfin en salle.

par
Laurent Vidal et Henry Arnaud
Cannes

Interview d'Adam Driver, Olga Kurylenko et de Jonathan Pryce.

Il aura mis plus de vingt ans à concrétiser sa vision, mais c'est chose faite. Après deux tournages ajournés, un bras de fer homérique avec le producteur Paulo Branco et deux AVC, Terry Gilliam a gagné. Un triomphe attendait le réalisateur lors de la projection hors compétition en clôture du Festival de Cannes samedi soir. L'ex-Monty Python rayonnait de bonheur et a même dansé sur les marches.

Comment vous sentez-vous maintenant que le film sort enfin?

J'ai encore un peu de mal à y croire car j'avais fini par penser que «Don Quichotte» était maudit. C'est un soulagement incroyable de voir que le film est si chaleureusement accueilli et que je vais pouvoir, enfin, passer à autre chose.

Votre conflit avec Paulo Branco vous a-t-il affecté?

C'était terrible de le voir revenir à la charge après chacune de nos victoires juridiques. Je me demande vraiment ce qui a pu déclencher une telle haine à mon égard! J'ai fait deux AVC, mais c'est lui qui aurait besoin d'un bon médecin.

Regrettez-vous la première version du film que vous auriez dû tourner avec Jean Rochefort et Johnny Depp?

Le décès de Jean Rochefort me rend triste tout comme celui de John Hurt, qui aurait dû reprendre le rôle. Je pense cependant que le film a gagné en maturité au fil des années. Il s'est considérablement amélioré.

Vous êtes donc fier du résultat?

Peut-être est-ce parce que j'en ai tant bavé mais je crois que c'est mon meilleur film. J'y ai mis beaucoup de moi-même. J'espère que les gens l'adopteront et ne seront pas déçus après une aussi longue attente.

Sur les réseaux sociaux, on vous accuse d'avoir causé la mort d'un cheval pendant le tournage avec Jean Rochefort. C'est vrai?

C'est absolument faux, je n'ai jamais maltraité le moindre animal! Le cheval était pris en charge par un dresseur. J'ai entendu dire que l'animal était mort, mais c'est arrivé longtemps après que le tournage a été interrompu.

Comment voyez-vous votre avenir?

Un peu de repos pour me remettre de toutes ces émotions. Il faut que je me ménage sinon ma femme va me tuer! Ensuite, je me remettrai au boulot car je ne peux imaginer ne plus faire de films. La retraite, ce sera après ma mort.

Que conseillez-vous aux jeunes qui se lancent dans la réalisation?

De persévérer. De ne rien lâcher! C'est un métier de fou qui apporte autant de joies que de douleurs. Il faut être passionné pour l'exercer. Sinon mieux vaut être banquier! On s'ennuie davantage, mais on souffre sans doute moins.

Vous ne regrettez rien?

Si, de ne pas avoir trente ans de moins et le temps de faire encore plein de films! Pour le reste, j'estime être un homme comblé par la vie et par le cinéma. Ce Festival de Cannes m'a rappelé à quel point la vie peut être belle et pleine de bonnes surprises.

ADAM DRIVER, LE RÉALISATEUR MÉGALO

L'acteur incarne un cinéaste prétentieux qui découvre que la vie ne tourne pas autour de son nombril.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez été approché pour «Don Quichotte»?

J'étais à l'école quand j'ai entendu parler de ce film la première fois. Lorsque Terry Gilliam m'a contacté, je me suis dit qu'il y avait quelque chose de surréel à me retrouver au générique.

Est-ce important d'alterner entre films d'auteur et rôles comme celui de Kylo Ren dans les nouveaux «Star Wars»?

C'est capital. Je choisis mes projets en fonction du réalisateur. J'avais vu le documentaire «Lost in la Mancha» sur l'échec du tournage de «Don Quichotte», mais ça ne m'a pas empêché d'être enthousiaste à l'idée de bosser avec Terry.

Comment définiriez-vous votre personnage?

Il se prend très au sérieux et pense que tout lui est dû. On rencontre beaucoup de gens comme lui dans le milieu du septième art. Terry l'a bien cerné!

OLGA KURYLENKO LA BELLE MÉCHANTE

La comédienne incarne une nymphomane d'anthologie, petite amie d'un mafieux russe.

Avez-vous hésité avant d'accepter ce projet que l'on présente comme un film maudit?

Non. Je ne crois pas en cette idée de film maudit. Certains projets mettent des années avant de trouver le financement ou la bonne équipe. C'est ça, le showbiz.

Quelle est la différence entre une production comme «Don Quichotte» et un film de James Bond?

Le budget et donc le luxe du tournage. J'aime la méthode européenne de travail car on déjeune tous ensemble. Quand j'ai tourné «Oblivion» avec Tom Cruise, chacun repartait dans sa loge entre deux séquences. Avec Terry, on a vraiment cette notion de famille du septième art.

JONATHAN PRYCE DON QUICHOTTE OU PRESQUE

L'acteur incarne un cordonnier qui se prend pour Don Quichotte après l'avoir joué dans un film.

Comment définiriez-vous Terry Gilliam?

Il est toujours aussi fou que lorsque nous nous sommes rencontrés sur «Brazil». Je l'adore et je me félicite à l'idée qu'il n'a pas changé.

Comment définiriez-vous votre personnage?

Il vit dans son monde et il a sans doute raison. J'envierais presque la façon dont il se laisse emporter dans son illusion.

Comment définiriez-vous le film?

Un poème délirant qui ne ressemble à rien d'autre. Cela valait le coup d'attendre pour le voir enfin exister.

La critique du film par Laurent Vidal

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