12.11.2020 à 06:43

Jeux vidéoTest de la PlayStation 5: tour vertigineuse ou baleine échouée?

Elle est énorme, elle est silencieuse et elle fait tourner les jeux de la génération actuelle et ceux de la prochaine vague. Lancée en pleine pandémie, la PlayStation 5 nous a montré ce qu’elle a dans son ventre.

par
Jean-Charles Canet
1 / 3
La PS5, placée à la verticale et branchée ici sur un écran 1080p, dévoile une interface remaniée.

La PS5, placée à la verticale et branchée ici sur un écran 1080p, dévoile une interface remaniée.

DR
La PS5 et sa manette DualSense en position horizontale. 

La PS5 et sa manette DualSense en position horizontale.

S’intègre-t-elle mieux dans le paysage couchée? Là est la question.

S’intègre-t-elle mieux dans le paysage couchée? Là est la question.

La PlayStation 5 est bientôt là. Enfin presque. Elle sort officiellement en Suisse le 19 novembre mais on ne la trouvera pas dans les magasins. Il serait en effet malvenu, pandémie oblige, de créer des attroupements et effets de foule pour les quelques malheureux exemplaires qui auraient pu se frayer vers les points de vente restés ouverts. Courageux mais pas téméraire, Sony a donc décidé d’imposer au niveau mondial une distribution par internet et services postaux.

Mais ceux qui pensent trouver le salut par le tout en ligne ne sont pas mieux lotis: les précommandes sont saturées depuis belle lurette. Sur toutes les plateformes que nous avons consultées, il n’est même pas possible de se mettre en file d’attente tant «la demande est forte» et les «stocks sont épuisés». Même l’exemplaire que nous avons précommandé aux premières heures du possible, le 22 septembre dernier, n’arrivera pas le jour «J», nous a indiqués laconiquement le commerce sans même pouvoir préciser s’il y aura une seconde vague encore cette année. Le site affiche encore à ce jour un inquiétant «aucune donnée disponible» à côté de la commande.

Tout cela pour dire que la PlayStation 5 sort certes le 19, mais – sauf restockage miraculeux – cela ressemble plus à une date symbolique qu’à un lancement plein pot. Sur la base d’un exemplaire fourni par Sony, que nous remercions au passage, «LeMatin.ch» a néanmoins pu tester la bête, voici nos impressions.

Un bébé joufflu

On avait beau s’y attendre, la PlayStation 5 est un bébé… joufflu. Avec ses 4,5 kilos, jamais une console de jeu ne nous avait paru aussi imposante. Pas même la toute première Xbox en 2001. Pour assurer que la machine soit correctement ventilée avec des nuisances sonores réduites au plus bas, les ingénieurs de Sony ont choisi, ou plutôt se sont trouvés contraints, d’accorder de l’espace aux composants de la machine. Ils n’ont pas pour autant renoncé aux audaces esthétiques qui font la personnalité des produits de la marque: nous déballons ainsi une tour futuriste blanche en surface, noire en son cœur, aux courbes directrices concaves. Gratte-ciel à la verticale, elle prend l’apparence d’une baleine échouée à l’horizontale. Un astucieux socle amovible assure la stabilité en toutes circonstances.

Déballage et premier branchement de la PS5, le jeudi 5 novembre 2020.

DR

La trouvons-nous belle, digne d’être mise en valeur tout près de l’écran du salon ou d’un équipement de home cinéma? Oui… plutôt. Sans pour autant être fermement convaincu: d’abord parce que le renflement concédé pour l’emplacement du lecteur de disque Blu-ray (Ultra haute définition) du modèle le plus complet déséquilibre la ligne basse. Un renflement, soit dit en passant, absent du modèle dépourvu de lecteur (à 399 francs soit 100 francs moins cher). Mais ensuite parce que la hauteur et la profondeur de l’objet rendent l’intégration compliquée. Et là, cela vaut pour les deux modèles. On est à peu près sûr qu’au moins un des membres du ménage y trouvera à redire.

Installation sur du velours

L’installation de la PS5 a été du type «sans histoire. Quelques instructions sur l’écran à suivre pas à pas, un petit branchement sur le réseau wi-fi, deux données de notre compte personnel. C’est tout. Les gens heureux n’ont pas d’histoires. Relevons que nous avons branché la PS5 via son câble HDMI 2.1 fourni sur un téléviseur standard 1080P et aussi sur un projecteur 4K HDR, histoire de vérifier si par hasard nous ne serions pas un homme du XXIe siècle. Dans les deux cas, la console s’est adaptée se configurant automatiquement au maximum des capacités de chacun des diffuseurs.

Navigation différente et familière

1 / 5
«Spider-Man –  Miles Morales», un des  jeux maison  les plus porteur sur PS5. Aussi disponible sur PS4. 

«Spider-Man – Miles Morales», un des jeux maison les plus porteur sur PS5. Aussi disponible sur PS4.

DR
Les fonds d’écran de l’interface de la PS5 changent en fonction des jeux sélectionnés.

Les fonds d’écran de l’interface de la PS5 changent en fonction des jeux sélectionnés.

DR
DR

Nous découvrons alors pour la première fois la nouvelle interface du monstre. Cette dernière est à la fois nouvelle et étrangement familière. Si vous avez pratiqué la PS3 et la PS4, vous retrouverez rapidement vos habitudes. Parmi les nouveautés, on note une séparation claire entre l’univers «Jeux» et celui des «Contenus multimédias» destinés aux applications du type Netflix, Disney+, Prime vidéo, et, un petit nouveau: Apple TV. La navigation en croix est conservée en plus structurée. Les jeux que vous pratiquez le plus (9 au maximum) restent en premier plan, accessible immédiatement, les délaissés rejoignent le dossier «Bibliothèque» ne demandant qu’à ressurgir dès que sollicité. On ne croule pas sous les possibilités de personnalisation, mais les automatismes sont soignés. Les tuiles sur lesquelles on navigue modifient les fonds d’écran et les fonds musicaux, apportant une agréable touche de variété. Après quelques jours de manipulation, notre verdict tombe: cette interface-là, elle est terrible (dans le sens Johnny Hallyday pas l’anglo-saxon)

Un stockage de la mort

Par rapport à la PS4, la PS5 offre une puissance de calcul démultipliée qui la met au niveau (et dépasse sur certains points) les PC «gaming» les mieux outillés. Elle introduit ainsi la gestion du «ray tracing», soit la gestion matérielle d’effets de lumières et de reflets que seuls les possesseurs de cartes graphiques PC hors de prix peuvent se permettre. Elle est rétro compatible mais uniquement sur une génération (les jeux PS4 tournent sur la PS5 mais pas les jeux PS3, PS2 ou PS). Elle introduit aussi pour le stockage un SSD (solid-state drive) qui remplace le disque dur mécanique fournit sur les consoles jusqu’ici.

Le résultat, vérifié par nos soins, c’est que les jeux stockés sur SSD se chargent à très grande vitesse. Voir un jeu triple A, donc généralement obèse, être praticable en moins de dix secondes à quelque chose de magique quand on est habitué aux blockbusters qui nous infligent un écran fixe d’une à deux minutes. Le problème du SSD est qu’il reste un composant neuf, donc cher, avec un rapport prix/contenance très défavorable par rapport à un disque dur standard. La PS5 ne propose ainsi qu’un SSD de 800 Go (dont 667,2 Go exploitables pour les jeux et applications). Résultat des courses, la surface de stockage est très rapidement saturée. Quand Activision dévoile que son prochain «Call of Duty» pèse largement plus de 100 Go, on a de quoi s’inquiéter.

C’est pourquoi, pour laisser la place sur SSD aux jeux PS5 qui réclament et imposent une surface de stockage à très haute vitesse, nous avons greffé à notre engin un disque dur externe contenant tous nos vieux jeux PS4 qui, contrairement aux jeux spécifiquement PS5, peuvent être lancés depuis le périphérique. Nous avons ainsi appris à jongler entre les disques durs en transférant les jeux PS4 du stockage le plus lent au plus rapide pour constater que les quelques secondes grappillées n’étaient pas assez creusées pour persister. Nous avons aussi remarqué que le système d’exploitation de Sony ne permet pour l’heure pas d’exporter les jeux PS5 sur un disque dur externe, pas même pour faire de la place sur le SSD.

Autrement dit, si le SSD sature, il faut sacrifier le jeu PS5 auquel vous jouez le moins et retélécharger un ou plusieurs gros fichiers si l’envie vous prend de vous y remettre. Une opération très fastidieuse pour ceux et celles qui ne disposent pas d’une connexion internet à très haut débit. Mais pour les biens nantis, lumière au bout du tunnel, on a constaté que par rapport à la PS4, les temps de chargement sont sensiblement optimisés. Ces derniers jours, la PS5 ramenait au bercail un gros jeu de 50 Go en moins de 45 minutes (ce qui est très bien sur l’échelle des consoles) alors que, sur le même réseau, une console concurrente affichait un décompte en heures.

Une manette bardée d’innovations

La manette DualSense.

La manette DualSense.

DR

Avec la PS5, Sony introduit une nouvelle manette, la «DualSense». Dotée d’une batterie inamovible, rechargeable par un câble USB-A d’un côté et USB-C de l’autre, elle conserve le micro, le pavé tactile et le petit haut-parleur de son prédécesseur. Elle introduit cependant un régiment de petits moteurs et autre vibrateurs, proposant ainsi de très subtils effets dits de retour haptique, censés reproduire au plus près la sensation du toucher. Conscient que cela reste très théorique, Sony offre un jeu gratuit, pré-installé par défaut sur toutes les PS5, «Astro’s Playroom» qui, en plus d’être un excellent jeu de plateforme, exploite tous les effets possibles avec le potentiomètre placé sur 11. Il faut le ressentir pour le croire mais c’est très convaincant.

On craint cependant que comme pour la 3D au cinéma, nos mains s’habituent aux effets et que les informations cessent d’arriver au cerveau comme elles devraient. Surtout si les jeux suivants ne prennent pas la peine de régler les vibrations et les résistances des gâchettes L2/R2 aux petits oignons. En résumé, si «Astro’s Playroom» est au retour haptique ce qu’«Avatar» a été à la 3D, on ne donne pas cher de cette innovation sur la longueur. Et si ces effets ont pour principales conséquences de drainer trop vite la batterie, on aura tôt fait de les désactiver. On souhaite bien évidemment se tromper. Mais quoi qu’il en soit, la DualSense reste bien la manette la plus innovante de cette génération et la meilleure conçue pas Sony à ce jour.

Silence, puissance…

Vite fait en passant: malgré un usage intensif et concentré, jamais nous n’avons été gênés par la ventilation de la PS5 ou inquiété par son dégagement de chaleur. Compte tenu de la carrure du bestiau, le contraire aurait été très contrariant. Un souffle se fait certes entendre dans une pièce complètement silencieuse (sur ce registre, on est en mesure d’affirmer que la Xbox Series X, la principale concurrente de la PS5, est encore plus discrète) mais rien à voir avec le bruit de réacteur d’avion au décollage des premières PS4 Pro. En revanche, lorsqu’un disque est inséré, la console émet par instants un bruit de rotation à haute vitesse que l’on peut qualifier de bruyant. Étrangement, le lecteur s’emballe parfois même lorsque le jeu ou le Blu-ray UHD qu’il héberge n’est pas utilisé. Autant l’éjecter, dans ce cas.

Et les jeux?

À chaque nouvelle génération de console (jusqu’ici tous les sept ans environ), la question est posée: y a-t-il de bons jeux pour accompagner le lancement. La réponse est généralement «non» ou «meh», le lourd venant toujours bien plus tard . Pour la PS5, on dira plutôt un «meh» qui va vers le «pas trop mal».

Le seul nouveau jeu véritablement exclusif à la PS5 n’est autre qu’«Astro’s Playroom», et pour cause puis qu’il joue le rôle d’ambassadeur des nouvelles fonctionnalités de la manette DualSense. Mais, aussi sympathique soit-il, ce n’est pas à notre sens un vendeur de consoles.

Vient ensuite «Spider-Man: Miles Morales», une suite du «Spider-Man» qui avait explosé les compteurs en 2018. Il s’agit bien d’un jeu maison, car issu de l’un des studios possédés par Sony, il s’agit bien aussi d’un jeu conçu avec la PS5 en tête, mais ce n’est pas une exclusivité PS5. Miles est également proposé sur PS4 et, pour l’avoir testé sur PS4 Pro, les nouveautés propres à la version PS5 (la possibilité de jouer à 60 images par seconde et le ray tracing pour le mode «Fidélité») n’ont guère affadi le plaisir que nous avons eu à le pratiquer sur l’ancienne génération.

Il y a aussi «Sackboy – A Big Adventure», un autre jeu de plateforme, maison aussi, mais qui sort également sur PS4.

Il y a enfin «Demon’s Souls», un jeu d’action gothique pour ceux qui aiment tourner avec leur petite épée autour de boss vicieux. Là, c’est une vraie exclusivité PS5. Mais, bien que très impressionnant, c’est aussi le remake d’un jeu déjà sorti en son temps sur… PS3.

Cela dit, les temps ont changé. Contrairement à la PS4, la PS5 est rétro compatible. Elle ne vit donc pas à ses débuts d’un catalogue anémique qui n’explose généralement que douze mois plus tard. De plus, elle bénéficie des nombreuses sorties multiplateformes et «intergénérationnelles» produites par les éditeurs tiers qui prennent la peine de sortir des variantes sachant exploiter les capacités augmentées de la console. Ubisoft fait ainsi très fort cette année avec déjà deux jeux sortis récemment tout à fait recommandables: «Watch Dogs Legion» et «Assassin’s Creed – Valhalla». Il pourrait faire une triplette avec le tout prochain «Immortals Fenyx Rising». Et c’est sans parler des grosses machines annuelles du type «Call of Duty». Enfin, on oublierait presque qu’un jeu énorme se profile en décembre: «Cyberpunk 2077», par le studio qui a enfanté du très marquant «The Witcher III». N’en jetez plus, la coupe est pleine.

Alors, bon voilà

En conclusion, la PS5 nous a paru être une console digne d’être conseillée pour autant que ses dimensions ne vous posent pas un problème insurmontable. Mais le nombre restreint d’exclusivités PS5 et le fait que la plupart des gros jeux proposés dans la fenêtre de lancement sont transgénérationnels et multiplateformes en fait un achat qui peut être reporté à 2021 sans que cela soit susceptible de créer une immense frustration. Sauf si on est un incurable geek, bien évidemment. Et puis d’ici-là, à la faveur d’une mise à jour de son système d’exploitation, Sony aura sans doute activé la possibilité d’ajouter un disque SSD supplémentaire dans un emplacement bien caché sous sa coque.

Et le temps de creuser la question, on vous cause prochainement des Xbox Series X/S, les consoles nouvelles génération de Microsoft disponibles officiellement (là aussi date symbolique compte tenue de la pénurie) depuis le mardi 10 novembre.

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!