Cinéma: «The Northman», les noces islandaises de Hamlet et «Game of Thrones»
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Cinéma«The Northman», les noces islandaises de Hamlet et «Game of Thrones»

La nouvelle réalisation de Robert Eggers («The Lighthouse») tente de dépoussiérer le film de Vikings. À voir en salle dès le 11 mai.

Alexander Skarsgård incarne Amleth, qui a juré de venger son père, sauver sa mère et tuer son oncle.

Alexander Skarsgård incarne Amleth, qui a juré de venger son père, sauver sa mère et tuer son oncle.

Aidan Monaghan / © 2022 Focus Features, LLC

Les grands moyens pour dépoussiérer le film de Vikings: «The Northman» célèbre les noces de «Game of Thrones» et du mythe de Hamlet, avec des témoins triés sur le volet, d’Alexander Skarsgard à Nicole Kidman, en passant par la diva pop Björk.

Film de vengeance au cœur d’une nature hostile – à la manière du «Revenant» d’Alejandro Gonzalez Inarritu – «The Northman», qui sort le 11 mai en Suisse romande, suit le parcours d’Amleth (incarné par le Suédois Alexander Skarsgard), fils du roi viking Aurvandil (Ethan Hawke) assassiné sous ses yeux d’enfant par son propre frère, Fjölnir (Claes Bang).

Ce dernier épouse la femme du défunt roi, et s’exile en Islande. Adulte, Amleth, qui a juré de venger son père, sauver sa mère et tuer son oncle, va retrouver sa trace et se faire justice, épaulé par une jeune et passionnée esclave blonde, interprétée par Anya Taylor-Joy.

Mêmes sources nordiques

L’histoire rappellera le mythe de Hamlet, quatre siècles après Shakespeare… Le film s’inspire des mêmes sources nordiques, avec une influence des sagas islandaises pour les références à la magie et au surnaturel.

Contrairement au héros shakespearien, qui bascule dans la folie, cet Amleth «n’est pas indécis, il n’y a pas de questions de bien ou de mal», explique à l’AFP le réalisateur Robert Eggers, de passage à Paris. Mais comme dans une pièce de théâtre «il y a du plaisir à ce que la personne que vous assassinez souffre longtemps!».

Le casting trois étoiles est plongé dans une vallée aussi photogénique qu’inhospitalière d’Islande – l’occasion pour l’une des artistes les plus célèbres de l’île volcanique, la musicienne Björk de retrouver (brièvement) un plateau de cinéma, dans le rôle d’une sorcière, 22 ans après «Dancer in The Dark» de Lars von Trier et son prix d’interprétation féminine à Cannes (sud-est).

«Björk a une personnalité de chamane, personnellement et dans l’inconscient du public, donc ce rôle n’était pas si éloigné d’elle», relève Robert Eggers.

Nus, fouettés par le vent

À 38 ans, ce film est un test pour ce cinéaste dont les deux premières réalisations ont été remarquées par la critique: «The Witch» (2015) puis «The Lighthouse» (2019), un huis clos poisseux, en noir en blanc, entre deux gardiens de phares, campés par Willem Dafoe et Robert Pattinson.

Avec «The Northman», il change de dimension, passant du film d’auteur quasi-intimiste au blockbuster, ambiance «Game of Thrones».

Drakkars chargés d’esclaves fendant les flots, raids sans pitié, guerriers au torse musculeux et hurlements virils: le film sacrifie aux incontournables d’un genre qui nourrit le cinéma depuis des décennies, des «Vikings» de 1958 avec Kirk Douglas et Tony Curtis, jusqu’au super-héros «Thor», en passant par les séries. Et même, sur un mode parodique, les Monty Python («Erik le Viking»).

«Être fidèle à la réalité historique n’a pas d’importance en soi, mais pour moi c’est crucial», souligne Robert Eggers, qui s’est plongé dans l’histoire de ces peuples, et a poussé pour recréer au maximum bateaux, armes et accessoires d’époque.

Parfois au grand dam des acteurs: «Claes Bang, qui joue Fjolnir n’arrêtait pas de se plaindre à propos des chaussures! Mais il faut noter que les Vikings ont fait tout ce qu’ils ont fait avec des chaussures très basiques», s’amuse-t-il.

La bande-annonce de «The Northman».

La réalisation, à coups de longs plans séquences, est extrêmement travaillée, avec une attention minutieuse aux détails. «Le film a été tourné avec une seule caméra: cela nécessite énormément de planification et de coordination», comme «une chorégraphie».

Parmi les scènes mémorables, le combat final entre Amleth et Fjölnir, sur les pentes d’un volcan en éruption. Au tournage, «c’était vraiment misérable car ironiquement, il faisait froid et il pleuvait». Alexander Skarsgard et Claes Bang «étaient nus, dans ce froid glacial, fouettés par le vent et la pluie», raconte Eggers.

«C’est le vent, la pluie, la neige et la glace qui doivent communiquer l’ambiance viking au public. On avait donc besoin de ressentir ça nous-mêmes».

(AFP)

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