Actualisé 07.10.2020 à 09:02

ChroniqueThéo Gmür: «De l’or, et après?»

Retrouvez la chronique que le champion valaisan de ski handi-sport tient dans «Le Matin Dimanche».

von
Théo Gmür
Keystone

J’ai été à la fois embarrassé et heureux de la proposition qui m’a été faite de tenir une chronique sur ce site. Embarrassé parce qu’à l’école, le français était un peu mon pire ennemi. Cet exercice sera donc un beau challenge. Heureux, car la médiatisation du sport handicap, en dehors des Jeux paralympiques, est quasi inexistante. J’essaierai donc de faire connaître un peu le quotidien de nos saisons particulières.

Pour commencer, j’aimerais revenir sur ma première participation aux Jeux paralympiques et le chamboulement qui a suivi: le boom, les doutes, la démotivation. En quelques jours, ma vie a changé du tout au tout. Ce succès a dépassé mes rêves les plus fous. Derrière, par contre, a suivi un grand vide. Il m’a été difficile de retrouver la motivation et de fournir le travail nécessaire pour atteindre d’autres objectifs alors qu’on m’attendait au tournant. Heureusement, il y a eu les championnats du monde un an après, et j’ai pu confirmer avec deux médailles d’or en vitesse. Mais au fond de moi, ce n’était plus pareil. J’avais l’impression d’avoir perdu mon identité et mes repères. Je n’arrivais plus à gérer mon temps entre les sollicitations très nombreuses et mes obligations en tant qu’étudiant.

«Au fond de moi, ce n’était plus pareil. J’avais l’impression d’avoir perdu mon identité et mes repères»

Théo Gmür

Les athlètes valides, eux, suivent une évolution constante, ils se font connaître petit à petit et ils passent des caps. Moi, ma vie a basculé en quelques semaines. Je n’étais pas du tout préparé à ça. Avant ces Jeux en Corée, il y avait peut-être eu deux interviews de moi dans toute la presse. Je suis devenu un personnage public du jour au lendemain. Au début, ça s’est bien passé, je l’ai vécu comme une chance.

Jusque-là, j’avais pratiqué mon sport dans un milieu de compétition très confidentiel, sans médiatisation, avec des remises de prix suivies uniquement par quelques parents. Tout à coup, je me suis retrouvé médiatisé en quelques semaines, comme les idoles que j’admirais devant la télévision. J’ai compris dans ces moments-là qu’il y avait un fossé entre les valides et les athlètes paralympiques. On ne s’en rend pas du tout compte. J’ai trouvé intéressant d’en parler avec les membres de mon staff, qui travaillent également avec des valides. Comme ma famille, ils m’ont aidé à reconnaître et à apprécier les particularités d’une pratique sportive avec handicap et à apprendre du professionnalisme des athlètes valides.

Peu après, j’ai eu une grave blessure et j’ai vécu une saison blanche. J’ai alors remis en question tout mon investissement. Est-ce que je voulais vraiment mettre autant d’énergie là-dedans, cravacher autant pour revenir à mon meilleur niveau? Finalement, avec le recul, cette blessure m’a fait du bien. Elle m’a aidé à poser les choses. À remettre du sens et de la structure dans ma vie. Elle m’a permis d’aller de l’avant. Quand j’ai rechaussé les skis en mars, j’ai vite retrouvé le plaisir d’avant, ces sensations que je n’avais plus jamais ressenties depuis mon retour de Corée.

En ce mois d’août, je vous écris de Saas-Fee, où j’ai repris l’entraînement sur le glacier. Je me régale. Comme tous les athlètes du monde, je ne sais pas ce qu’il va advenir du sport de compétition, avec le Covid et les changements de calendrier. Mais c’est aussi une chance inédite de se fixer de nouveaux challenges. Je le vois comme ça. Et je me réjouis de vous le raconter.

Cette chronique est assurée en alternance par Julien Wanders, Théo Gmür, Alan Roura, Ana-Maria Crnogorcevic, Stefan Küng et Jolanda Neff.

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