Chronique: Théo Gmür: «Enfin de l’adrénaline!»
Publié

ChroniqueThéo Gmür: «Enfin de l’adrénaline!»

Retrouvez la chronique que le champion valaisan de ski handisport tient dans «Le Matin Dimanche».

par
Théo Gmür
Théo Gmür.

Théo Gmür.

Instagram 

Enfiler un dossard de Coupe du monde… Quelle joie! Fin janvier, à Veysonnaz, j’ai enfin pu refaire ce geste de vie pour un skieur de compétition. J’en avais été privé durant plus de 650 jours. Une éternité. En plus, cela s’est passé chez moi, en Valais, sur une piste que je connais par cœur. Quelque part, j’avais comme l’impression d’exister à nouveau, aussi par la médiatisation qui a redonné une visibilité à notre sport.

Du bonheur, il y en avait beaucoup! Mais, j’avoue que ce n’était pas mon unique sentiment. Pour moi, vivre une saison blanche est une situation inédite. Il faut désormais tout reconstruire. Une anecdote? La veille de la première course, je n’avais plus aucun repère. J’avais le sentiment de ne plus savoir skier. J’avais la sensation d’être totalement perdu. Et ce n’était pas seulement en raison de la pression. J’ai mesuré une fois encore le fossé qu’il existe entre l’entraînement et la compétition. Sauf qu’en cette période, tout est accentué.

Avant mon indisponibilité et la pandémie, j’étais toujours attendu sur la plus haute marche du podium. Puis ce fut le vide. Plus rien. Raison pour laquelle l’appréhension était immense. Quand on a pris l’habitude de servir du caviar aux gens, comment vont-ils réagir si on leur propose des œufs de saumon? Je dois avouer que cela me faisait un peu peur. D’autant que nous n’avions pratiquement aucun repère chronométrique. Est-ce que tout mon travail, cette énorme préparation physique, serait suffisant? La question tournait en boucle dans ma tête. Le «cocktail» était psychiquement violent. Mais je n’étais pas le seul à le subir. J’ai très vite compris que nous étions tous dans le même «mood».

Pour relativiser, je me suis replongé dans le passé. J’ai scruté tout le chemin accompli. Et je me suis accroché au bonheur d’être envahi à nouveau par l’adrénaline. L’adrénaline, c’est le fondement. C’est plus qu’un moteur, c’est toute une voiture! Une fois qu’on y a goûté, on ne pense qu’à revivre ces effluves.

L’adrénaline est liée à la compétition, à ce stress du chronomètre qui tourne. Elle me permet de me sentir bien. Cette hormone influence aussi le feeling que l’on ressent sur les skis. Elle procure un sentiment de légèreté, nourrit la sensation que rien ne peut nous arriver. Durant les saisons 2016-2017 et 2017-2018 avec les Jeux olympiques, j’ai vécu une période incroyable. J’étais porté par ce sentiment d’invincibilité. Peu importe que je commette une faute. Je savais que j’allais la rattraper, car les skis continuaient à aller vite. Aujourd’hui, c’est différent. Je suis encore à la recherche de ces sensations et j’espère les retrouver au plus vite. C’est un défi. Mais je sais que ce combat va forger mon caractère.

La suite? Après une belle semaine de vitesse du côté de Saalbach et une victoire en descente, nous nous rendrons à nouveau en Autriche dans quelques jours, avant de terminer la saison avec les finales quelque part en Europe, dans un lieu encore à déterminer après l’annulation des courses en Russie.

Peu de nations seront présentes pour ces finales de Coupe du monde. Et nous aussi, nous avons réfléchi à y aller ou pas. Le dilemme était d’essayer de lutter pour le Globe de cristal jusqu’au bout ou alors de rester ici pour préparer la saison prochaine. Malgré les incertitudes, nous avons choisi l’option de la compétition. Pour l’adrénaline et le sport. Mais aussi parce que ce sera une magnifique compétition.

Cette chronique est assurée en alternance par Julien Wanders, Théo Gmür, Alan Roura et Stefan Küng.

Votre opinion