Chronique - Théo Gmür: «Maîtriser la douleur»
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ChroniqueThéo Gmür: «Maîtriser la douleur»

Retrouvez la chronique que le champion valaisan de ski handisport tient dans «Le Matin Dimanche».

par
Théo Gmür
Freshfocus

Qui dit fin de saison dit cap sur la suivante! Et quelle saison ce sera! Un programme mammouth pour une saison des plus spéciales. Championnats du monde et Jeux olympiques en l’espace de deux mois! Je dois vous l’avouer: ma tête est déjà tournée vers l’Est, une semaine après le dernier camp à Anzère avec l’équipe nationale. Désormais le devoir m’appelle, sous différentes formes.

Après cette saison de retour à la compétition, la coupure sera plus courte que les années précédentes avant de repartir dans les «mines»: celle de Macolin pour des échéances scolaires au mois de juin et septembre et celle de la «bonne cause», comme je la nomme.

Aussi je prends le temps, actuellement, de répondre aux demandes de mes sponsors et celles des médias. Toutes ces activités forment la partie immergée de l’iceberg. Celle qu’on ne voit et ne s’imagine pas forcément en nous voyant, l’hiver, descendre les pistes de ski, monter sur un podium ou répondre à des interviews. Durant les mois à venir, nous serons en plein dedans. C’est vrai que, quand on m’a parlé pour la première fois de ce fameux iceberg, je voyais ça comme un dessin superficiel, surtout pour ce qui touchait à la préparation physique.

D’ailleurs, cette mine de la bonne cause, parlons-en! Je me souviens encore d’il y a quelques années, à mes débuts en équipe de Suisse, quand mon frère m’aidait à créer des plans de préparation physique. Je voyais peu d’importance en la douleur, à repousser mes limites. Mais, gentiment, j’ai compris.

On ne s’habitue jamais vraiment à la douleur, mais si je veux être meilleur, je dois ressentir la douleur aussi souvent que possible, afin de connaître son fonctionnement. Comprendre les phases de la douleur, et comment y faire face. Maîtriser cette douleur mieux que les autres.

La première douleur que je ressens lors d’intervalles, par exemple, dans les jambes, c’est celle que tout un chacun ressent lorsque la fatigue survient. Mais je me dois de la dépasser, de la repousser plus loin. Jusqu’à ce qu’elle prenne une forme sombre comme je n’en ai jamais eu auparavant. C’est à ce moment que je pousse encore plus loin, jusqu’à ce que je ressente le pic de douleur, celui où mon corps commence à m’envoyer des alarmes. Comme lorsque vous êtes sous l’eau et que votre corps réclame de l’oxygène et vous demande de remonter à la surface.

Quand la douleur devient aussi intense, tous mes sens disparaissent. Tout ce que je peux entendre, sentir, voir et ressentir, c’est la douleur. L’une des choses qui créent cette petite différence est la façon dont je gère celle-ci, comment je fais quand elle est à son summum. Quand j’ai tellement mal que je ne peux plus entendre les battements de mon corps, les jambes qui tournent sur ce vélo ou la musique entraînante dans mes oreilles. Quand ça me fait tellement mal que j’arrête de penser.

Je ne sais pas ce que font mes concurrents, mais je sais ce que je dois comprendre. Je dois aller jusqu’au bout. Quand le corps commence à ne plus me répondre, c’est ma tête qui prend le relais. Jusqu’à ce que j’arrive à un point où la douleur quitte ma tête et mon corps pour m’envelopper. Où elle devient si intense que je ne la sens presque plus. C’est à ce moment-là que j’ai l’impression de la contrôler. Pour moi, c’est aussi une façon de me sentir prêt dans ma tête pour les échéances à venir. Oui, ça va vous paraître fou! Mais, inconsciemment, je m’en réjouis.

Cette chronique est assurée en alternance par Julien Wanders, Théo Gmür, Alan Roura et Stefan Küng.

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