Chronique: Theo Gmür: «Quel statut?»
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ChroniqueTheo Gmür: «Quel statut?»

Retrouvez la chronique que le champion valaisan de ski handisport tient dans «Le Matin Dimanche».

par
Theo Gmür
Freshfocus

Voilà! La saison de Coupe du monde s’est terminée plus rapidement que prévu. Il n’y a pas eu de voyage en Russie pour les finales. La pandémie a une fois encore modifié nos plans. À la place, nous avons effectué un camp d’entraînement au Tessin. Il n’y aura donc eu qu’une douzaine de courses. Ma satisfaction est d’être allé chercher une victoire en descente à Saalbach, mais aussi plusieurs podiums, essentiels pour retrouver petit à petit la confiance et le ski que je veux montrer. Mais tirer un bilan est presque impossible. Jusqu’à la fin de l’hiver, nous devrions être réunis encore trois fois. Cela nous permet de nous focaliser - déjà - sur l’hiver 2021-2022. Parce que cette saison-là sera intense. En deux mois se dérouleront les Jeux paralympiques et les championnats du monde!

Cet emploi du temps nous invite aussi à réfléchir à notre statut d’athlète paralympique. On m’a souvent demandé si je me considérais comme professionnel. Ça m’a troublé et, longtemps, je n’ai pas su quoi répondre. Si l’on considère l’encadrement, le matériel ou le temps que je passe à m’entraîner, alors, oui, je me sens professionnel. Mais d’un autre côté, être professionnel, c’est se consacrer à son sport à 100%. Et, là, ça ne nous correspond pas. Tous, nous travaillons ou étudions en parallèle de notre activité sportive. Pour ma part, je suis étudiant à l’École fédérale du sport, spécialisation management du sport.

Cette double activité prouve que le sport paralympique possède encore une grosse marge de progression pour s’approcher du monde des valides. Mais qu’on ne s’y méprenne pas. Pour moi, ce statut n’est pas lié à une notion de revenu. Absolument pas. De la même manière que l’argent n’est pas le moteur de champions dans des sports peu médiatisés comme l’escrime ou le télémark, où les athlètes de pointe se dépassent sans vraiment gagner leur vie, ou alors avec des revenus qui n’ont rien en commun avec ceux qui existent dans le football ou le hockey. Il s’agit plutôt d’atteindre un optimum dans la récupération, la façon de s’entraîner ou dans les structures d’accompagnement.

La quête du professionnalisme dans le sport paralympique passe aussi par l’augmentation de la concurrence. Chez les valides, il faut parfois des années pour décrocher un top 30 de Coupe du monde. Chez nous, on peut entrer et gagner relativement rapidement. Mais ce n’est pas forcément un bien, question reconnaissance. Heureusement, cette évolution est en marche. Si je compare la situation lors de mes premiers championnats suisses, il y a dix ans, et celle d’aujourd’hui, ça me met en joie. Les adversaires sont plus coriaces. Cette émulation est motivante et donne de la valeur aux performances.

Pour ma part, je vais continuer à mener cette double vie d’étudiant et de sportif d’élite. À renoncer aux siestes après les matinées éreintantes d’entraînement. Car je sais que c’est aussi une chance. Tout ce que je vis dans le sport, les rencontres fabuleuses qu’il m’offre, me permet de constituer un réseau qui sera d’une grande valeur dans ma future vie professionnelle. Mais avant d’en arriver là mon objectif est de gagner de nouvelles médailles. Peu importe mon statut.

Cette chronique est assurée en alternance par Julien Wanders, Théo Gmür, Alan Roura, Stefan Küng et Jolanda Neff.


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