Actualisé 16.11.2018 à 04:01

BrexitTheresa May: «Est-ce que j'irai jusqu'au bout? Oui»

Jeudi, la Première ministre britannique a poursuivi sur la ligne qu'elle s'est tracée, malgré les diverses démissions.

La Première ministre britannique Theresa May reste déterminée à faire passer son projet d'accord sur le Brexit malgré une série de démissions de ministres et une rébellion au sein de son parti. «Je crois, avec chaque fibre de mon être, que le chemin que j'ai suivi est le meilleur pour mon pays», a déclaré Mme May devant la presse, assurant agir dans «l'intérêt national».

Elle parlait à l'issue d'une journée où elle avait défendu farouchement son projet d'accord de divorce avec l'Union européenne, faisant planer la menace d'un retour en arrière sur le Brexit si elle n'obtenait pas de soutien.

Ses propos ne semblent pas avoir convaincu le petit parti unioniste nord-irlandais DUP, dont les dix députés lui sont indispensables pour avoir une majorité absolue. Le Daily Telegraph croit savoir que le DUP se considèrera comme délié de son accord politique avec le Parti conservateur sauf si Mme May est remplacée par un autre dirigeant. Selon des sources citées par le quotidien, le DUP votera au Parlement contre l'accord sur le Brexit, et son soutien aux Tories «dépend de qui est le leader du Parti conservateur».

Appels à la démission

Jeudi matin, Theresa May a affronté pendant trois heures des députés vent debout contre l'accord, tentant de les convaincre de soutenir le texte de près de 600 pages qui avait provoqué plus tôt la démission de quatre membres de son gouvernement, dont son ministre en charge du Brexit, Dominic Raab.

«Le choix est clair: nous pouvons choisir de partir sans accord, risquer qu'il n'y ait pas de Brexit du tout, ou choisir de nous unir et soutenir le meilleur accord que nous pouvions négocier, cet accord», a prévenu Mme May.

Des députés de divers bords lui ont déclaré qu'il n'y avait aucune chance que le plan ait leur approbation, mais Mme May a rejeté les appels à la démission qui lui étaient adressés. Outre l'hostilité prévisible de l'opposition, la cheffe du gouvernement est en butte à celle de bon nombre de députés de son propre parti, dont plusieurs tentent d'organiser un vote de défiance pour l'évincer.

Besoin de 48 députés

C'est le député conservateur pro-Brexit Jacob Rees-Mogg, à la tête du puissant groupe parlementaire eurosceptique European Research Group (ERG), qui est à la manoeuvre, l'accusant d'avoir trahi les promesses faites au peuple britannique. M. Rees-Mogg a déposé une lettre de défiance contre la Première ministre et a déclaré: «Ce serait dans l'intérêt du parti et du pays qu'elle démissionne».

L'appui de 48 députés, soit 15% du groupe conservateur aux Communes, est toutefois nécessaire pour organiser un vote de défiance, et il faudrait ensuite qu'une majorité de députés conservateurs votent contre Theresa May. Le député europhile Kenneth Clarke s'est dit sceptique et a estimé que Mme May remporterait un vote sur la confiance. «Il n'y a pas d'alternative», a-t-il déclaré à Sky News.

Alors que mercredi soir la Première ministre se targuait d'avoir obtenu le soutien de son cabinet, les démissions se sont enchaînées jeudi avec, outre le départ de Dominic Raab, ceux de la secrétaire d'Etat du Brexit Suella Braverman, du secrétaire d'Etat à l'Irlande du Nord Shailesh Vara, et de la ministre du Travail Esther McVey, inquiets notamment du sort réservé à la province britannique d'Irlande du Nord après le Brexit.

«Filet de sécurité»

Ces démissions ont conforté les partisans d'une sortie sans accord avec l'UE dans le propre camp de Mme May. Elles ont aussi ragaillardi les partisans d'un second référendum sur le Brexit, une idée qui gagne du terrain même si Theresa May a répété jeudi qu'elle n'y recourrait pas.

Le projet d'accord prévoit un «filet de sécurité» («backstop» en anglais), solution de dernier recours prévoyant le maintien de l'ensemble du Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE ainsi qu'un alignement réglementaire plus poussé pour l'Irlande du Nord, si aucun accord sur la future relation entre Bruxelles et Londres n'était conclu à l'issue d'une période de transition de 21 mois après le Brexit, prévu le 29 mars 2019, et prolongeable une fois.

Pour Dominic Raab, «le régime réglementaire proposé pour l'Irlande du Nord présente une menace très réelle pour l'intégrité du Royaume-Uni». Theresa May doit à présent convaincre les parlementaires de voter le projet d'accord en décembre, une fois qu'il sera entériné lors d'un sommet européen le 25 novembre à Bruxelles.

Outre l'opposition du DUP, le Parti travailliste a laissé entendre qu'il ne voterait pas le texte. Son leader Jeremy Corbyn a déclaré à Mme May: «Le gouvernement doit maintenant retirer cet accord bancal». «Le gouvernement est en plein chaos», a-t-il dit.

La cacophonie régnant au Royaume-Uni, qui a fait chuter la livre sterling de près de 2% face à l'euro et au dollar, contrastait avec la satisfaction du Parlement européen, selon lequel l'accord est «le meilleur» possible pour l'UE. Et le président du Conseil européen Donald Tusk a assuré que l'UE était prête pour un «accord final» avec le Royaume-Uni en novembre.

(ats)

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