09.07.2018 à 18:34

Royaume-UniTheresa May perd deux poids lourds en 24 heures

Après David Davis, le ministre en charge du Brexit qui a jeté l'éponge, c'est au tour du ministre des Affaires étrangères Boris Johnson de démissionner.

1 / 150
Dans son discours, Boris Johnson a promis de donner plus de pouvoirs aux communautés locales et de renforcer les infrastructures de télécommunications et de transport. (Samedi 27 juillet 2019)

Dans son discours, Boris Johnson a promis de donner plus de pouvoirs aux communautés locales et de renforcer les infrastructures de télécommunications et de transport. (Samedi 27 juillet 2019)

Keystone
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, s'est attiré des critiques du monde diplomatique, pour avoir comparé l'Union européenne à l'Union soviétique. (1er octobre 2018)

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, s'est attiré des critiques du monde diplomatique, pour avoir comparé l'Union européenne à l'Union soviétique. (1er octobre 2018)

AFP
La chancelière allemande a lancé une pique à l'intention de Theresa May devant des industriels allemands. «Il ne reste que «six à huit semaines pour trouver un accord», a noté la chancelière allemande. (25 septembre 2018)

La chancelière allemande a lancé une pique à l'intention de Theresa May devant des industriels allemands. «Il ne reste que «six à huit semaines pour trouver un accord», a noté la chancelière allemande. (25 septembre 2018)

AFP

La Première ministre Theresa May faisait face lundi à un double revers avec la démission de deux poids lourds de son gouvernement, signe des désaccords sur l'avenir de la relation du Royaume-Uni avec l'Union européenne après le Brexit.

Le ministre du Brexit, l'eurosceptique David Davis, a démissionné dimanche soir, en signe de protestation contre le plan de Mme May de maintenir des relations économiques étroites avec Bruxelles après le Brexit, prévu le 29 mars 2019. Une option qualifiée de «Brexit doux» par opposition au «Brexit dur» souhaité par les partisans d'une rupture nette avec Bruxelles.

Lundi après-midi, le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson a suivi la même voie, peu avant que Mme May ne prenne la parole devant les députés britanniques pour exposer son plan adopté vendredi soir lors d'une réunion de son gouvernement dans sa résidence de campagne de Chequers, à 70 km au nord-ouest de Londres.

«Nous sommes en désaccord sur la meilleure manière de mettre à exécution notre engagement commun d'honorer le résultat du référendum» de juin 2016, au cours duquel les Britanniques s'étaient prononcés à 52% en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, a expliqué Mme May devant les députés, tout en défendant sa stratégie comme la meilleure pour l'avenir du pays.

Le départ de David Davis laisse «un trou béant au sommet du ministère mis en place par Theresa May pour planifier et négocier la sortie du Royaume-Uni de l'UE», a souligné le journaliste Jack Blanchard, du site «Politico».

«Et plus inquiétant encore pour Downing Street, (sa démission) place Theresa May en position de vulnérabilité alors que d'autres ministres pro-Brexit se demandent s'il faut lui emboîter le pas et tenter de la faire tomber», a-t-il ajouté.

«L'illusion d'unité n'aura duré que 48 heures»

Après des mois de divisions de sa majorité conservatrice sur les futures liens avec Bruxelles, la dirigeante pensait être parvenue à un consensus et avoir obtenu les coudées franches à Chequers pour aller proposer son projet à Bruxelles.

«Mais l'illusion d'unité n'aura duré que 48 heures», a dénoncé le chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn devant le Parlement, critiquant deux ans d'atermoiements et «les occasions manquées». «L'avenir des emplois et des investissements est en jeu», a-t-il averti, appelant le gouvernement à agir ou à laisser la place.

Les rumeurs allaient bon train depuis des mois sur le départ de M. Davis, 69 ans, visiblement mécontent du chemin que prenaient les négociations, même si en public il se montrait loyal avec Mme May.

En revanche, le flamboyant Boris Johnson, 54 ans, l'un des leaders de la campagne pour sortir de l'UE, ne s'est jamais privé de miner le terrain de la Première ministre, critiquant ouvertement ses choix sans être sanctionné.

Marchés inquiets

Son départ accroît les risques de voir Mme May affronter un vote de défiance au sein de son parti, auquel elle devait s'adresser en fin d'après-midi dans une atmosphère jugée fébrile par les médias britanniques.

Ses soutiens estiment qu'elle remporterait un tel vote, personne ne semblant actuellement capable de rassembler les Tories autour d'une position commune. Mais si elle perdait, Boris Johnson est l'un de ceux sur les rangs pour lui succéder.

Son successeur à la tête du ministère des Affaires étrangères sera désigné rapidement, a annoncé Downing Street. Celui de David Davis est déjà connu: il s'agit de Dominic Raab, jusque-là secrétaire d'Etat au Logement.

Ce député eurosceptique de 44 ans aura la lourde tâche de ferrailler avec des dirigeants européens qui s'impatientent de plus en plus de voir les négociations patiner à moins de neuf mois du Brexit.

La Commission européenne a affirmé lundi que la démission de David Davis ne constituait pas pour elle un problème pour les négociations. «Nous continuerons à négocier de bonne volonté avec la Première ministre May et les négociateurs britanniques», a déclaré son porte-parole Margaritis Schinas, avant la démission de M. Johnson.

Le secrétaire d'État au Brexit Steve Baker a également démissionné pour protester contre le plan dévoilé vendredi soir par Mme May et qui prévoit de mettre en place une zone de libre échange et un nouveau modèle douanier avec les 27, afin de maintenir un commerce «sans friction» avec le continent.

Les milieux économiques et financiers l'ont eux plutôt bien accueilli, y voyant une légère inflexion en direction du «Brexit doux» qu'ils appellent de leurs voeux. Mais les marchés britanniques se sont inquiétés après la démission de Boris Johnson, craignant la chute du gouvernement, ce qui a fait nettement baisser la livre.

Le rêve du Brexit «est en train de mourir»

Boris Johnson, qui a démissionné lundi de son poste de ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, a estimé lundi que le rêve du Brexit était «en train de mourir».

«Nous nous dirigeons vraiment vers le statut de colonie» de l'UE, a écrit M. Johnson dans sa lettre de démission adressée à la Première ministre Theresa May, critiquant son projet de maintenir des relations économiques étroites avec Bruxelles après le Brexit. Partisan d'un Brexit dur, l'ex-ministre a déploré que «ce rêve est en train de mourir».

La réaction de l'UE

La démission du ministre du Brexit David Davis n'est pas un problème pour l'Union européenne, a affirmé lundi le porte-parole de la Commission européenne. «Nous continuerons à négocier de bonne volonté avec la Première ministre May et les négociateurs britanniques», a dit au cours d'un point de presse le porte-parole en chef de l'exécutif européen Margaritis Schinas.

(AFP)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!