Rencontre: Thomas Hirschhorn: «Bienne, une ville à aimer!»
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RencontreThomas Hirschhorn: «Bienne, une ville à aimer!»

L'artiste controversé est dingue de la cité bilingue qu'il met sur palettes. Explications.

par
Vincent Donzé
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Pièce essentielle de l'installation de l'artiste Thomas Hirsschorn, une passerelle double a été posée ce matin devant la gare de Bienne, selon le principe Da Vinci.

Pièce essentielle de l'installation de l'artiste Thomas Hirsschorn, une passerelle double a été posée ce matin devant la gare de Bienne, selon le principe Da Vinci.

Le Matin
Pièce essentielle de l'installation de l'artiste Thomas Hirsschorn, une passerelle double a été posée ce matin devant la gare de Bienne, selon le principe Da Vinci.

Pièce essentielle de l'installation de l'artiste Thomas Hirsschorn, une passerelle double a été posée ce matin devant la gare de Bienne, selon le principe Da Vinci.

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Pièce essentielle de l'installation de l'artiste Thomas Hirsschorn, une passerelle double a été posée ce matin devant la gare de Bienne, selon le principe Da Vinci.

Pièce essentielle de l'installation de l'artiste Thomas Hirsschorn, une passerelle double a été posée ce matin devant la gare de Bienne, selon le principe Da Vinci.

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L'amas de palettes entassées sur la place de la Gare de Bienne, pour l'artiste suisse Thomas Hirschhorn, c'est la concrétisation de trois ans de réflexions et de rencontres. La phase II de la «Robert Walser-Sculpture», dont le montage a débuté il y a deux semaines, bat son plein.

La vision de l'artiste est matérialisée par une équipe de 16 monteurs. En bas, le forum. En haut, le bar. Deux colonnes de palettes préfigurent la passerelle qui enjambera le flux des voyageurs et la sculpture en bronze de Schang Hutter, acquise par la Ville et le Canton en 1980, lors d'une précédente édition de l'Exposition suisse de sculpture.

Un seul artiste

Pour l'édition 2019, après un report d'un an, cette institution a donné les clefs de sa manifestation à un seul artiste: Thomas Hirschhorn. Démarche inédite et pari risqué, marqué par la démission du président de la manifestation.

«Comment peut-on travailler avec quelqu'un comme moi?», admet Thomas Hirschhorn, conscient d'être «obtus, téméraire et dingue... de Robert Walser». Lui se bat «comme un chien pour chaque chose», selon ses propres termes. Son attachée de presse acquiesce: «On reçoit des messages à trois heures du matin».

Financement participatif

La couverture du budget dépend encore d'un financement participatif, mais le temps de la contestation est passé: l'équipe des monteurs s'active depuis deux semaines.

«On peut ne pas aimer la Joconde, dire que c'est de la merde, mais on ne peut pas s'y opposer. Qui peut prétendre arrêter une mission artistique?», clame l'artiste traité de profiteur et de provocateur.

Sa réflexion découle de sa méthode: avoir surmonté les oppositions! Les taxis mécontents, l'artiste les a écoutés, avant de les intégrer à sa sculpture vivante.

La vie et l'oeuvre

Au coeur de son travail: la démocratie et la manière de l'aborder. L'accès à l'oeuvre articulée autour de la vie et de l'œuvre de l'écrivain biennois Robert Walser sera gratuit, du 15 juin au 8 septembre prochains.

S'y produiront tous ceux qui font la marque de Bienne: l'écrivain-paysan Jean-Pierre Rochat, le chantre de l'espéranto Parzival ou le rappeur Ivory MC. Des hommes et des femmes qui ont «donné une forme à leurs idées», selon celui qui les a rassemblés..

Être Biennois

«Ce qui relie les 180 intervenants, c'est d'être Biennois!», explique Thomas Hirschhorn. Les marginaux sont représentés, parce qu'ils sont «dans la vraie vie» avec leurs rêves qui «entrechoquent la pensée mainstream». Les marginaux, les exclus et les immigrés auront la parole, mais aussi le président de la section locale du TCS.

«Bienne, c'est une ville à aimer», clame l'artiste. Une ville à aimer pour sa modestie, alors que tant d'autres sont prétentieuses sans avoir grand chose à offrir.

Dans une ville où il a participé en 1997 à une exposition collective au Centre Pasquart, l'artiste établi à Paris cite le Café Brésil comme l'illustration d'un état d'esprit sans prétention. «Le client y est accueilli et respecté, alors qu'il est regardé de travers à Paris quand il n'est pas bien habillé ou carrément jeté dehors à New York s'il ne consomme pas».

Comme un ouragan

Thomas Hirschhorn parle de son oeuvre comme d'un ouragan susceptible de rentrer dans l'histoire de l'art. L'artiste, qui posera par ailleurs une oeuvre dans le nouveau Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, en est convaincu: s'il abandonne son travail, aucun autre artiste ne prendra le relais.

L'oeuvre biennoise s'est mise en mouvement avant son ouverture au public, dès lors que Thomas Hirschhorn a reçu les doléances de gens dont il comprend qu'«ils ont du mal à vivre». Dans son pays, l'artiste est inquiet pour la vision suisse du vivre-ensemble, contrariée par l'obsession de l'argent.

«Une toute petite chose»

Conscient que son oeuvre est une «toute petite chose», Thomas Hirschhorn reste persuadé que l'art peut transformer chaque être humain. Les gens se sentiront-ils inclus ou exclus dans son travail? «C'est ma seule crainte. Je suis là pour les impliquer dans mon travail», avoue-t-il.

Ce ne sont pas les palettes qui comptent pour lui, mais le public qui les foulera. Ce bois aggloméré ne formera pas une figure humaine, comme l'a cru une passante pour qui une sculpture est figée: «Ce n'est pas l'objet qui compte, mais le temps qui passe avec ses rencontres», lui a expliqué l'artiste. Une nouvelle forme de sculpture naît à Bienne.

Des palettes, encore des palettes...

Jusqu'à 17 palettes empilées: ainsi se présente la sculpture de Thomas Hirschhorn. Son commentaire: «Plus qu'un symbole, c'est du vrai travail: on doit monter cette plate-forme, c'est la deuxième étape de mon oeuvre. Une palette, c'est un magnifique matériau de construction que j'ai utilisé dans toutes mes interventions dans l'espace public. C'est stable, avec une forme claire, définie. Elle est quasiment universelle. Ce qui importe pour moi c'est qu'un être humain peut la manier. Si ça brûle? Pourquoi ça brûlerait? Pourquoi pas ce bus, cette maison ou cette personne remplie de colère? Pourquoi cet arbre ne brûlerait-il pas sous l'effet de la chaleur? Je ne pense pas qu'une palette brûle davantage qu'autre chose.» Pour un spécialiste, une seule palette représente un potentiel inflammable de 380 MJ/m2.

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