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CyclismeThurgovie contre le reste du monde

La délégation suisse qui jouera le titre mondial du chrono dimanche est entièrement issue de ce canton de 250’000 habitants. Hasard? Je ne pense pas.

par
Robin Carrel
(Bruges)
Les deux Stefan, Küng à gauche, Bissegger à droite.

Les deux Stefan, Küng à gauche, Bissegger à droite.

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Parmi les favoris au maillot arc-en-ciel du contre-la-montre ce dimanche, autour de Bruges, dans les Flandres, il y a une petite dizaine de coureurs. Parmi eux, deux Suisses, deux Stefan, Bissegger et Küng, qui viennent tous les deux du canton de Thurgovie. Ils habitent même à quelques kilomètres l’un de l’autre. Derrière eux, dans la voiture, ils auront le sélectionneur national, Michael Albasini, lui aussi originaire de cette terre d’un peu moins de 1000 km2.

En plus de ce groupe qui compte bien ramener une ou plusieurs médailles lors de ces deux prochaines semaines, Thurgovie a aussi produit d’autres athlètes d’exception, comme Marcel Hug par exemple. L’athlète en fauteuil roulant a rapporté la bagatelle de quatre médailles d’or des Jeux paralympiques de Tokyo, en remportant le 800m, le 1500m, le 5000m et le marathon! Incroyable, même si on s’égare…

«C'est vrai que c'est un peu particulier comme situation, sourit Stefan Küng, depuis l’hôtel des Helvètes dans une forêt flandrienne, avec quelques arbres et une gigantesque autoroute comme décor. On n'est pas seulement deux Suisses, mais on vient vraiment du même coin. On habite à trois kilomètres l'un de l'autre! On se croise des fois à l'entraînement, en plein effort.» Les deux hommes sont proches, mais ils n’évoluent pas dans la même équipe tout au long de l’année et seront aussi adversaires dimanche.

Une situation un peu ambiguë, que l'aîné des Stefan vit assez bien: «C'est clair qu'on ne partage pas tous nos secrets. Et c'est normal! A la fin, même si c'est un ami et tout, ça reste un concurrent tout de même... Pour devenir champion du monde dimanche, il faudra battre tout le monde, lui y compris. Après, si on devait être battu, on préférerait lui et moi que ce soit l'autre qui gagne plutôt qu'un étranger, ça c'est clair.»

S’il y en a un qui se frotte les mains de voir de tels talents de son canton briller au plus haut niveau et se «tirer la bourre», c’est bien Michael Albasini, lui aussi Thurgovien. Quand on lui demande comment il est possible que tant de coureurs de classe viennent de ce bout de terre, le sélectionneur national trouve de nombreuses explications, qui se terminent par le lancement d’un cercle vertueux qui n’a peut-être pas fini de tourner.

«Des fois, un tel regroupement de coureurs de haut niveau peut être simplement du hasard, analyse Albasini. Mais si vous regardez le travail fait par les quelques clubs thurgoviens... Ça dépend surtout de ça! C'est un peu parti de mon père (ndlr: Marcello Albasini, ancien sélectionneur national), qui avait commencé à organiser des initiations avec des écoliers. Stefan Bissegger est notamment passé par là. Les enfants essaient, aiment et c'est parti!»

Küng et Albasini, lors de la tournée d’adieux de ce dernier l’an passé.

Küng et Albasini, lors de la tournée d’adieux de ce dernier l’an passé.

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Mais le septuple vainqueur d’étapes sur le Tour de Romandie ne s’arrête pas en si bon chemin. «Il y a également le gros travail réalisé par le Vélo Club Fischingen et le VC Bürglen-Märwil, par exemple, pointe-t-il. Ils travaillent beaucoup avec les jeunes. Ce sont des gens qui se donnent pour le cyclisme, qui ont une incroyable passion. Des fois, tu peux entraîner dix coureurs et pas un ne sort du lot. D'autres, c'est un peu plus dense. Et puis les deux Stefan, qui sont parmi les meilleurs et originaires d'ici, ça donne aux gens envie de s'engager

Il faut le dire aussi, le coin invite volontiers à grimper sur sa bicyclette. Ce n'est pas le sélectionneur national qui dira le contraire: «C'est vraiment un beau canton pour faire du vélo! Parce que c'est assez rural, il n'y a pas énormément de trafic et beaucoup de possibilités. Si vous regardez autour du lac de Constance, côtés allemand ou autrichien, il y a aussi plein de coureurs qui viennent d'ici. C'est plus simple de rouler ici que si tu habites Andermatt, dans le canton d'Uri!»

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