Roland-Garros 2015: Timea Bacsinszky: au bout de l'exploit, le mythe

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Roland-Garros 2015Timea Bacsinszky: au bout de l'exploit, le mythe

Toujours aussi emballante, la Suissesse jouera tout à l'heure sa première demi-finale en Grand Chelem (vers 16 h 30). En face d'elle: la reine Serena Williams. Trajectoire en 5 points.

par
Mathieu Aeschmann
Toujours aussi emballante, la Suissesse jouera tout à l'heure sa première demi-finale en Grand Chelem

Toujours aussi emballante, la Suissesse jouera tout à l'heure sa première demi-finale en Grand Chelem

Reuters

Son quart de finale Deux pièges, au moins, se dressaient hier entre Timea Bacsinszky et son rêve de «dernier carré». La qualité des frappes d'Alyson Van Uytvanck et le paradoxe émotionnel d'être favorite de son bizutage. Le premier écueil, «Timi» l'esquiva en faisant suffisamment bouger la Belge. Et, comme cette dernière s'obstina à servir le revers de la Vaudoise dans les moments chauds, l'affaire fut conclue sans trop de frayeurs (6-4 7-5). Quant au second, ce n'était qu'une vue de l'esprit. «Je ne me sentais pas favorite. Pour moi, en entrant sur le court, les deux joueuses ont toujours la même valeur.» Une posture qu'il s'agira de tenir tout à l'heure, lorsque Serena Williams la suivra dans le tunnel du Chatrier.

Sa routine L'impression est tenace et fascinante. Timea Bacsinszky traverse le tournoi en apesanteur. Chacune de ses frappes, chacune de ses phrases claque comme une évidence. Un petit miracle qu'il convient d'entretenir. «L'idée, c'est de ne jamais me projeter. Après un match, je fais la presse, les soins et le débriefing en soirée. Le jour de repos, je me lève tard, prends des photos de mon petit-déjeuner, et puis je vais m'entraîner. Après on mange près de l'hôtel, souvent dans le même restaurant italien.» C'est juste avant, ou juste après, qu'elle «met deux ou trois tactiques en place» avec Dimitri Zavialoff. Et dans son casque, qui sonne la révolte? «Queen, Matoma, Imagine Dragons et Massive Attack.»

Ses chances Même si elles sont minces, elles existent. D'abord parce que Timea Bacsinszky vit un rêve éveillé. «Je ne serai pas en demi-finales d'un Grand Chelem tous les jours, donc je vais l'apprécier.» Ensuite parce que Serena Williams ne se sent pas toujours en sécurité à Roland-Garros. Depuis quinze ans, l'Américaine y a perdu trop de matches qu'elle contrôlait largement (Henin 2003, Stosur 2010, Razano 2012). «Je vais essayer de trouver une faille, de l'emmener dans des zones qu'elle n'aime pas.» En usant de l'amortie? «Je suis spontanée, on verra si ce coup m'inspire.» Peu importe, au fond. Car le but sera d'insérer le doute dans l'esprit du mythe. Juste un petit doute. Pour croire à l'impossible.

Leur passé commun Deux fois, «Timi» a croisé la route de la No 1 mondiale. «A Rome, en 2010, mes souvenirs ne sont pas très précis.» Vraiment? Aucun flash de cet échange sympa, lors de la poignée de main? «Il faut que tu m'apprennes tes retours-amorties», avait lâché Serena Williams. «D'accord, mais tu m'apprends tout le reste.» En mars, les deux jeunes femmes se sont retrouvées à Indian Wells. «Un match serré dans un environnement nouveau et avec la fatigue à gérer (16e match de suite). Je n'ai pas su exploiter les rares fois où elle m'a entrouvert la porte.» Reste ce constat plutôt rassurant: à Rome (6-7 1-6) comme en Californie (5-7 3-6), «Timi» avait secoué la statue au moins un set.

Sa vision du mythe «Elle a gagné dix-neuf titres en Grand Chelem, ça veut dire qu'elle ne joue pas trop mal au tennis.» La Vaudoise camoufla, hier, son admiration pour Serena Williams derrière un trait d'humour. Bien vu. Car la reine Serena en impose tellement sur et hors du court qu'il vaut mieux ne pas trop entretenir son mythe. «C'est une immense championne, une source d'inspiration. Mais j'entre toujours sur un terrain pour marquer le dernier point.» Voilà qui est à la fois une évidence et la bonne approche. Surtout que l'Américaine, elle, joue toujours un peu plus gros. N'est-elle pas à deux victoires d'un 20e majeur, si près de Steffi Graf (22) et de Margaret Court (24)? Impressionnant. Et parfois vertigineux.

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