19.09.2019 à 13:29

SuisseTir du loup: «le travail législatif a été mal fait»

Les Chambres ont assoupli plus que prévu les conditions permettant d'abattre des espèces menacées. Un référendum sera lancé. Explications avec Océane Dayer, du WWF.

par
Christine Talos

Le peuple devra sans doute se prononcer sur la révision de la loi sur la chasse. Jeudi, le Conseil national et le Conseil des Etats ont trouvé un accord sur les derniers points controversés du texte.

Ils ont finalement assoupli plus que ne le proposait le Conseil fédéral les conditions permettant d'abattre un loup, un lynx ou un ours. Du coup Pro Natura, BirdLife Suisse, Groupe Loup Suisse ainsi que le WWF vont lancer un référendum. Explications avec Océane Dayer, responsable politique au WWF.

Redaktion Tamedia: Vous êtes en colère contre les Chambres qui se sont entendues pour tirer plus facilement le loup et d'autres espèces menacées. Pourquoi?

Océane Dayer: Car elles se sont mises d’accord pour une loi qui remet en question d’une manière générale la protection des espèces protégées. La loi en vigueur actuellement est un bon équilibre entre la protection, la régulation et la chasse. Ce triangle fonctionne bien et aujourd’hui avec cette révision, on n’a plus d’équilibre. La protection des espèces n’a plus du tout sa place dans cette loi qui s’appelle pourtant à la base Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages.

Comment expliquez cette décision?

C’est difficile à comprendre. Ce qui est clair, c’est que le travail législatif a été mal fait. La preuve en est qu’il a fallu aller jusqu’en conférence de conciliation pour le faire adopter car plus personne n’était convaincu par cette loi. Celle-ci est donc mal ficelée et inacceptable dans sa forme actuelle. Le «pompon» étant la décision autour des dernières divergences, à savoir que le loup par exemple pourra être chassé dans les zones de protection de la faune sauvage et que l'on pourra même décider de décimer des espèces protégées si on estime qu’il n’y a plus assez de gibier pour les chasseurs. On remet donc en question la définition de l’espèce protégée.

Quels sont les principaux points que vous reprochez à cette révision?

Le problème majeur, c’est qu’avec cette nouvelle loi, un certain nombre d’espèces protégées pourront être régulées alors qu’elles n’ont jamais commis de dégâts, et sans même que des mesures de protection aient été mises en place au préalable. Et ces décisions, les cantons pourront les prendre seuls, car il n’y aura plus besoin de l’assentiment de la Confédération, alors que la protection des espèces est une compétence fédérale! Jusqu’à présent, il fallait l’accord de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) pour abattre des animaux protégés, un point particulièrement important car ceux-ci ne connaissent pas les frontières cantonales. La Confédération pouvait ainsi remplir son mandat constitutionnel en coordonnant la protection des espèces au-delà des frontières cantonales, voire internationales. Mais avec la nouvelle loi, les cantons n’auront plus besoin de l’accord de l’OFEV.

Mais certaines espèces causent des dégâts. Le loup tue ainsi des moutons, les castors provoquent des destructions parfois conséquentes et les ours rôdent près des maisons...

Premièrement, avec la loi actuelle, les cantons peuvent déjà décider seuls, sans l’assentiment de Berne, d’éliminer les individus problématiques parmi ces espèces. C’est-à-dire qu’un ours qui s’approche trop près des maisons peut déjà être abattu. Deuxièmement, les dégâts peuvent déjà aujourd’hui être compensés. Il y a de l’argent à disposition auprès de la Confédération pour ces dommages-là.

Mais on sait par exemple dans le cas du loup, que toujours plus des meutes se forment en Suisse. N’est-ce donc pas une bonne idée de réguler l’espèce?

Les organisations environnementales ne se sont jamais opposées fondamentalement à la régulation du loup. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avions soutenu la motion qui était à la base de cette révision avant que celle-ci n'explose et soit remplie des lubies d’absolument tout le monde. Nous avions soutenu cette motion pour trouver ensemble des solutions pragmatiques au retour du loup en Suisse. Par ailleurs, il faut rappeler que la régulation est déjà possible actuellement et que les cantons peuvent éliminer les individus à problèmes. Donc les instruments existent.

Dans votre campagne, vous allez devoir convaincre les Suisses qui voient régulièrement des moutons égorgés par le loup et des éleveurs en détresse. Y parviendrez-vous?

Il faudra montrer ce que la loi actuelle permet et là où il existe des chemins possibles pour améliorer les choses. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas celui de mettre en danger de manière globale la protection des espèces. Il y a des voies médianes qui peuvent être explorées. Ensuite je pense que les gens ont conscience de la crise de la biodiversité que nous traversons mondialement. Aujourd’hui la biodiversité s’effrite et avec elle, les services biosystémiques qu’elle nous rend. Je pense que le peuple se rend compte de notre responsabilité face à la protection des espèces et il sera prêt à trouver des moyens pour protéger la nature tout en respectant les activités humaines propres à la Suisse.

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