Publié

CyclismeTirer l’épingle du jeu entre les cadors

Les Suisses ne seront pas parmi les favoris de la course en ligne des Mondiaux de Wollongong (Aus), face aux nombreux favoris du peloton. C'est peut-être là que réside leur chance.

par
Robin Carrel
Mauro Schmid pour une belle surprise?

Mauro Schmid pour une belle surprise?

AFP

Dans la nuit de samedi à dimanche, dans la station balnéaire du Sud-Est australien, le maillot arc-en-ciel de champion du monde reviendra forcément à une star. Le parcours (266,4 km) est long, très long, bien plus long que 99% du calendrier World Tour moderne. En prime, le tracé est parsemé d'une grande bosse peu après le départ (Mount Keira), avant de devoir grimper douze fois le Mount Pleasant (1,1 km à 7,7% et un passage à 14%), pour un dénivelé total de près de 4000 mètres.

Cette épreuve pourrait couronner tout aussi bien un coureur très endurant, qu'un sprinter qui sait s'accrocher dès que la route s'élève ou un puncher qui ferait la différence dans la répétition dans des bosses. Ainsi, ils seront nombreux à se montrer ambitieux au départ, avec des profils aussi divers et variés que Tadej Pogacar (Sln), Wout Van Aert, Remco Evenepoel (Be), Mathieu van der Poel, Dylan van Baarle (PB), Alexander Kristoff (Nor), Michael Matthews, Jai Hindley (Aus), Biniam Girmay (Ery), Sergio Higuita (Col) ou encore Joao Almeida (Por). Enfin, si certains athlètes d’un même pays ne se courent pas après les uns après les autres, pour des questions d'egos.

Toutes derrière Elise Chabbey

L'équipe de Suisse fera bloc derrière la Genevoise, dans la nuit de vendredi à samedi, pour la course en ligne féminine des Mondiaux de Wollongong (Aus).

Dans la nuit de vendredi à samedi, les Suissesses auront un rôle, au mieux, d'outsider. Le parcours australien est difficile et c'est certainement une puncheuse de très haut niveau ou une sprinteuse qui passe bien les bosses qui s'adjugera pour un an le maillot irisé de championne du monde de la course en ligne.  «Ca ressemble à une classique ardennaise», a confirmé Marlen Reusser, depuis «Down Under», où elle a déjà complété sa panoplie avec le bronze du contre-la-montre le week-end dernier et l'or par équipes en semaine.

Swiss Cycling misera donc davantage sa stratégie sur les qualités d'Elise Chabbey. La Genevoise aime quand ça monte et ça descend et a prouvé sur le dernier Tour d'Espagne que les jambes étaient là, en prenant la 2e place de la 3e étape, puis, en Australie, en arrivant à suivre la locomotive Reusser lors du relais mixte. «Nous voulons l'aider et la soutenir, a confirmé sa coéquipière bernoise âgée de 30 ans. Elle est dans la forme de sa vie. La question est de savoir si nous aurons la possibilité de le faire», quand ça commencera à compter, vers la fin des 164,3 km du parcours australien.

Elise Chabbey, lors du Tour de France.

Elise Chabbey, lors du Tour de France.

AFP

Elise Chabbey (29 ans) a beaucoup couru cette saison et le Mondial pourrait être son apothéose. «Nous avons un peu fait la fête après le succès du relais et la nuit a été courte», a-t-elle avoué. Sur le long tracé des Antipodes, la Suissesse devra se canaliser pour tenter de garder une cartouche pour le bon moment. «Parfois, je cours de manière un peu trop agressive et j'y laisse de l'énergie, a-t-elle analysé. Mais j’apprécie essayer des choses et je n'aime pas courir à l'arrière.» Elena Hartmann, Nicole Koller et Noemi Rüegg complètent un effectif de Swiss Cycling qui n'aura pas à porter le poids de la course, au vu de l'affiche présente au départ.

Annemiek van Vleuten (PB) sera bien de la fête - la gagnante des Tours d'Italie, de France et d'Espagne s'est fracturé un coude lors du chrono par équipe -, aux côtés des autres favorites Elisa Longo Borghini, Elisa Balsamo (Ita), Marianne Vos, Ellen van Dijk (PB), Evita Muzic, Juliette Labous (Fr), Lotte Kopecky (Be), Amanda Spratt (Aus) ou encore Cecilie Ludwig (Dan) et Katarzyna Niewiadoma (Pol).Dans la foulée, quasiment tout ce petit monde se retrouvera sur les routes suisses, pour la revanche lors du premier Tour de Romandie féminin au début du mois d'octobre.

Mais ce sont sans doute les Français qui ont le plus «la pancarte», comme on dit. Les Bleus ont le double titre de Julian Alaphilippe à défendre et il n'est pas sûr que le coureur de la Quick-Step - dont la saison a été compliquée et qui est tombé sur la Vuelta - soit la carte maîtresse. Le sélectionneur Thomas Voeckler a appelé en urgence Benoît Cosnefroy en début de semaine et ses qualités collent à ce qui sera demandé dimanche matin. La France peut aussi la jouer au bluff et envoyer Valentin Madouas, Romain Bardet, Pavel Sivakov ou Quentin Pacher à l'avant pour ne pas avoir à porter le poids de la course.

Du côté suisse, c'est forcément Stefan Küng, en argent sur le chrono et en or par équipes, qui sera le plus regardé. Mais les Helvètes ont d'autres atouts dans leur manche pour essayer de renverser la hiérarchie attendue. Avec Silvan Dillier, Fabian Lienhard et Simon Pellaud, qui peuvent attaquer tôt ou travailler derrière, et avec Stefan Bissegger le roule-toujours, ils ont de quoi voir venir. Küng, forcément, sera dur à décramponner. Mais il ne faut surtout pas sous-estimer Mauro Schmid, dont le punch pourra servir s'il tient la distance.

«Dans ce genre d'épreuves, seule la médaille compte, a assuré le Zurichois de 22 ans, depuis l'Australie. Je préfère attaquer et tenter ma chance et finir distancé, plutôt que de devoir me reprocher de ne pas avoir été assez actif. Je m'attends à une course difficile et à ce qu'il n'y ait plus qu'une poignée de cyclistes à l'avant quand il sera venu l'heure de se disputer le titre. Ce parcours est, je pense, adapté à mes qualités et ma forme est bonne.»

Ton opinion