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ConsultationTirs à boulets rouges sur la réforme de l'armée

Le projet de réforme de l'armée ne provoque que du mécontentement. Il s'attire des critiques de tous bords et, en l'état, il n'a aucune chance devant le Parlement.

Keystone

Soumis en consultation jusqu'à ce jeudi 17 octobre, le projet de réforme de l'armée suisse ne fait de loin pas l'unanimité. Baptisé «Développement de l'armée» (DEVA), il met légalement en pratique le rapport Armée 2010. La réforme prévoit plusieurs mesures d'économies.

Ainsi, les effectifs devraient être réduits de moitié, à 100'000 hommes, et la réserve supprimée. Les écoles de recrue ne seraient plus qu'au nombre de deux par année au lieu de trois et elles seraient raccourcies à 18 semaines au lieu de 21.

Des aérodromes militaires et des places d'armes devraient également subir les effets de ce redimensionnement, même si l'on ignore encore lesquels. Ce n'est que lorsque l'on saura si l'armée disposera à l'avenir de 4,7 ou de 5 milliards de francs que le Conseil fédéral présentera ses idées concrètes aux cantons.

Budget contesté

C'est exactement contre ces plans budgétaires que proteste l'UDC. Le parti demande 5,4 milliards de francs par an, soit 700 millions de plus que ce que le Conseil fédéral veut à l'avenir allouer à l'armée. Un minimum de 5 milliards est indispensable, un montant sur lequel s'est mis d'accord le Parlement. Le PDC et le PLR soutiennent également ce plafond de dépenses en consultation.

La réduction du nombre de militaires va également trop loin pour l'UDC, qui juge adéquat un effectif réglementaire de 120'000 hommes. Ce n'est qu'ainsi que l'armée pourra remplir son mandat constitutionnel. Le PLR et le PDC sont eux d'accord avec les 100'000 militaires prévus par le gouvernement.

Les Vert'libéraux veulent des réformes plus profondes encore. Au lieu d'une obligation militaire généralisée, ils souhaitent une obligation de servir, avec le choix entre le service militaire ou civil et la protection civile.

Les partis sont en revanche d'accord pour refuser à l'unisson le projet de raccourcir les cours de répétition de trois à deux semaines. UDC, PS, PDC et PLR argumentent que quinze jours suffisent à peine pour former des soldats. De plus, ce laps de temps ne permet pas des exercices d'envergure.

Il y a en revanche peu de résistance à l'idée d'améliorer la préparation de la troupe. Une partie des hommes doivent ainsi à nouveau pouvoir être mobilisés. Les partis bourgeois admettent en effet avec le gouvernement qu'au vu des ressources actuelles, l'armée n'est pas en mesure de réagir à un événement inattendu.

Officiers mitigés

A l'instar de plusieurs milieux proches du monde militaire, les officiers se montrent mitigés. Selon eux, le financement, l'effectif et la mission même de l'armée sont problématiques et nécessitent d'être corrigés.

De manière générale, la Société suisse des officiers (SSO) estime douteux de lancer ce projet intitulé alors que le gouvernement et le Parlement ne se sont pas encore mis d'accord sur le financement de celle-ci dès 2016.

Pour les officiers, il est absolument clair que 5 milliards par an constituent un seuil en dessous duquel il n'est pas question d'aller, ont-ils fait savoir jeudi, lors d'une conférence de presse à Berne, alors que la consultation prenait fin.

«A moyen et long terme, soit 2020, le financement de l'armée doit se calculer sur la base de 1% du PIB, sans quoi le rapport entre le fonctionnement et l'investissement ne pourra pas atteindre l'équilibre», écrit la SSO dans un communiqué. En outre, s'il n'y a pas d'augmentation de ce montant, la modernisation des équipements sera impossible.

120'000 hommes

D'autres points mécontentent les officiers. L'armée devrait pouvoir compter sur un «effectif cible» de 120'000 hommes, tout en se réservant une flexibilité en fonction de la menace. Le nombre de militaires pourrait ainsi baisser à un minimum de 100'000 sans devoir changer pour autant la loi. La réforme prévoit une armée à 100'000 personnes.

La SSO milite aussi pour des cours de répétition de trois semaines et non deux, tout en assurant une certaine flexibilité. Il s'agit aussi de mieux reconnaître les compétences acquises sous les drapeaux afin que les Suisses se rendent compte des avantages qu'ils pourraient en retirer. D'autres points plus techniques, liés à la composition de la milice, sont également mentionnés.

Pour les officiers, ces demandes doivent garantir le rôle premier de l'armée qui est d'assurer la souveraineté et l'indépendance du pays. L'armée doit en conséquence être capable de réagir en tout temps sur terre, dans les airs et dans le cyber-espace, un ordre de priorités que l'on ne trouve pas dans le projet de réforme, déplore la SSO.

(ats)

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