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Biographie contestéeTollé après la lettre de Hollande au tribunal

L'envoi à la justice par François Hollande d'une lettre de soutien à sa compagne Valérie Trierweiler, dans un procès en diffamation, a déclenché lundi un malaise en France.

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La biographie à l'origine de la plainte de Valérie Trierweiler.

La biographie à l'origine de la plainte de Valérie Trierweiler.

AFP
La lettre de François Hollande en soutien à sa compagne a déclenché les critiques de nombreux médias français.

La lettre de François Hollande en soutien à sa compagne a déclenché les critiques de nombreux médias français.

AFP

Cette lettre du président socialiste, doublée d'une autre missive de son ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, allant dans le même sens, a provoqué la colère de la défense et la "stupéfaction" de l'opposition de droite.

Ces deux pièces ont été versées ce week-end au dossier d'une plainte de la Première dame contre les deux auteurs d'une biographie, "La Frondeuse", examinée lundi par le tribunal de grande instance de Paris et qui rendra le 28 janvier une première décision sur une question de procédure.

Dans sa lettre, François Hollande dément un passage du livre selon lequel il aurait écrit en 1994-1995 au Premier ministre de droite Edouard Balladur, favori alors d'une présidentielle finalement remportée par Jacques Chirac.

"Je tiens à dénoncer comme pure affabulation les passages (...) concernant une prétendue lettre jamais écrite et donc jamais parvenue à son prétendu destinataire. L'invention ne peut être un procédé dans un essai politique sauf à être présenté comme un roman", a écrit François Hollande. Sans en-tête de la présidence, ce courrier est doté de son adresse privée.

Selon les auteurs, il tentait à l'époque d'approcher Edouard Balladur par l'intermédiaire d'un élu de droite, Patrick Devedjian, à qui ils prêtent une relation ancienne avec Valérie Trierweiler.

Dans une deuxième lettre avec cette fois l'en-tête du ministère de l'Intérieur, Manuel Valls dénonce les propos qui lui sont prêtés dans le livre, "souvent approximatifs, partiels et sortis de leur contexte".

Séparation des pouvoirs

"La séparation des pouvoirs a été violée. Le président de la République est garant de l'indépendance de la magistrature. C'est absolument incroyable!", a réagi l'avocat des deux auteurs du livre, Me Olivier Pardo. "Si on voulait impressionner votre tribunal en faisant intervenir les plus hautes autorités de l'Etat, on ne s'y serait pas pris autrement", a-t-il dit.

"Il ne s'agit en aucun cas de propos de nature à influencer le jugement étant donné la transparence totale de ce témoignage", a rétorqué, sous couvert d'anonymat, un proche de François Hollande.

Il n'y a pas de "pression", "puisqu'il n'est pas partie à la procédure", a renchéri l'avocate de Valérie Trierweiler, Me Frédérique Giffard. Il a "jugé bon" d'écrire "pour la pleine information de la justice". "Si Valérie Trierweiler avait parlé à sa place, on le lui aurait reproché", a-t-elle dit. L'opposition de droite a exprimé sa surprise, voire son ironie.

Réaction du PS

François Hollande "respecte la séparation des pouvoirs", a assuré lundi la co-porte-parole du PS, Frédérique Espagnac, soulignant qu'"en aucun cas", le président "n'interviendrait dans la justice de son pays"

François Hollande "respecte la séparation des pouvoirs", la question "ne se pose pas", a déclaré la porte-parole lors d'un point de presse.

"Je crois qu'il ne faut pas le voir comme une intervention, il faut le voir comme un témoignage. Cela ne va pas plus loin", a-t-elle poursuivi."S'il a jugé bon de faire (une lettre à la justice), c'est (...) qu'il avait quelque chose à dire. Il faut le prendre pour ce que c'est. C'est-à-dire une lettre qu'il a décidé de faire. Pas plus, pas moins", a ajouté Mme Espagnac.

Surprise de l'UMP

"Je suis quand même très, très surpris de voir qu'un président socialiste qui nous avait donné beaucoup de leçons de morale par le passé" soit "engagé dans une procédure" judiciaire, "comme l'est également Manuel Valls, au titre de ses fonctions de ministre de l'Intérieur", a dit le président proclamé de la première formation de droite (UMP), Jean-François Copé.

La démarche du président est "surprenante", convient Dorothée Moisan, auteur d'un livre sur les relations entre l'ex-président Nicolas Sarkozy et la justice. Contrairement à ce dernier, qui avait multiplié les actions en justice dans sa première année de mandat, "François Hollande n'a encore été jamais partie civile en tant que président", note-t-elle toutefois.

80'000 euros

Valérie Trierweiler réclame 80'000 euros (96'600 francs suisses) de dommages et intérêts et 5000 euros (6040 francs suisses) de frais de justice aux auteurs, Christophe Jakubyszyn, en charge du service politique de TF1-LCI, et Alix Bouilhaguet, grand reporter au service politique de France 2, et à leur éditeur Yves Derai (Editions du Moment).

Elle demande également devant la 17e chambre civile 70'000 euros (84'500 francs suisses) de dommages et intérêts au magazine Point de Vue, qui avait publié début octobre un entretien avec les auteurs de la biographie.

L'ouvrage s'est selon l'éditeur vendu "autour de 20'000 exemplaires". Les auteurs y évoquent une relation intime qu'auraient eue dans le passé Valérie Trierweiler et le président UMP du conseil général des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian.

(AFP)

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