Actualisé

MaliTombouctou vit entre pillages et promesses de dons

Des magasins supposés être la propriété d'«Arabes» assimilés aux islamistes ont été pillés mardi à Tombouctou par une foule en colère. Au même moment, des donateurs réunis à Addis Abeba promettaient plus de 455 millions de dollars pour aider le pays.

1 / 45
Le président français va se rendre à Tombouctou où il ira saluer les troupes franco-maliennes. (1er février 2013)

Le président français va se rendre à Tombouctou où il ira saluer les troupes franco-maliennes. (1er février 2013)

AFP
Les petits vendeurs se préparent à la venue du président français. (1er février 2013)

Les petits vendeurs se préparent à la venue du président français. (1er février 2013)

AFP
Les vendeuses de fruits prêtes à accueillir François Hollande. (1er février 2013)

Les vendeuses de fruits prêtes à accueillir François Hollande. (1er février 2013)

AFP

Des centaines de personnes, visiblement très pauvres, ont attaqué des magasins tenus selon elles par «des Arabes», «des Algériens», «des Mauritaniens», accusés d'avoir soutenu les islamistes armés liés à Al-Qaïda à Tombouctou. La ville mythique du nord du Mali a été reprise lundi par les armées française et malienne.

Dans certaines boutiques, des munitions et des radios militaires ont été découvertes, a constaté un journaliste de l'AFP sur place. Mais l'essentiel de la population était occupée à se saisir de tout ce qui traînait, télévisions, antennes satellite, nourriture, meubles, vaisselle. En milieu de matinée, des soldats maliens sont arrivés, mettant fin au pillage.

Pénuries

L'électricité, comme le réseau téléphonique, saboté par les islamistes avant leur fuite, sont coupés. La ville risque aussi des pénuries d'eau, les pompes ne fonctionnant plus, et la nourriture se fait rare. Les agences de l'ONU se sont dites prêtes à revenir dans le nord du pays pour y assister la population et aider au retour des réfugiés.

Les témoignages se sont par ailleurs multipliés sur la destruction de précieux manuscrits anciens dans cette cité qui fut la capitale intellectuelle et spirituelle de l'islam en Afrique subsaharienne aux XVe et XVIe siècles et une prospère cité caravanière.

«Le centre Ahmed Baba où se trouvent des manuscrits de valeur a été brûlé par les islamistes. C'est un véritable crime culturel», s'est lamenté le maire de Tombouctou, Halley Ousmane. Selon le ministère de la Culture, cet Institut abritait entre 60'000 et 100'000 manuscrits.

Conférence des donateurs

A Addis Abeba, Union africaine (UA), Union européenne (UE), Japon, Etats-Unis, ONU ou encore Suisse participaient à une conférence des donateurs qui a levé des fonds à hauteur de 455,53 millions de dollars (422,46 millions de francs). Cet argent est destiné aussi bien aux besoins militaires qu'humanitaires du Mali.

D'«importantes contributions» matérielles - équipements, formation - ont également été recueillies, qui n'ont pu être chiffrées dans l'immédiat. La Guinée équatoriale a promis de donner le carburant de l'ensemble des troupes africaines déployées au Mali.

Le Royaume-Uni a de son côté proposé d'accroître son aide en envoyant jusqu'à 240 formateurs militaires dans la région, tout en excluant à nouveau de déployer des troupes de combat.

Quelque 3500 soldats français et 1900 soldats africains, notamment tchadiens et nigériens, sont déjà au côté de l'armée malienne. Au total quelque 8000 soldats africains sont attendus, mais ils n'arrivent qu'au compte-gouttes, leur déploiement étant ralenti par de sérieux problèmes de financement et de logistique.

Kidal

Après la reprise de Gao et Tombouctou aux combattants islamistes, des troupes nigériennes et maliennes en provenance du Niger sont entrées mardi sous les vivats des habitants à Ansongo, à 80 km au sud de Gao. Les regards se tournent maintenant vers Kidal, troisième grande ville du nord, à 1500 km de Bamako.

La cité serait désormais sous le contrôle des rebelles touareg du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) et des dissidents du groupe islamiste Ansar Dine (Défenseurs de l'islam), qui ont formé le Mouvement islamique de l'Azawad (MIA).

Algabass Ag Intalla, responsable du MIA, fils du chef traditionnel de la région de Kidal, a réaffirmé sa volonté de «dialogue» et assuré que son mouvement ne visait pas «l'indépendance» du Nord du Mali.

Guérilla?

«A Kidal, si tu as les montagnes, c'est toi le chef. Donc il faut prendre les montagnes», a-t-il expliqué. Selon une source de sécurité malienne, les principaux chefs des groupes islamistes se sont réfugiés dans les montagnes non loin de la frontière algérienne.

Selon les experts, ils restent dangereux, sur le territoire malien et au-delà, et pourraient basculer vers une technique de guérilla. Le chef de l'Etat par intérim Dioncounda Traoré a annoncé dans ce contexte que son gouvernement espérait organiser le 31 juillet des élections «crédibles».

(ats/afp)

Votre opinion