Espionnage: Toujours plus d'agents turcs actifs en Suisse

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EspionnageToujours plus d'agents turcs actifs en Suisse

Des parlementaires demandent des mesures contre la surveillance qu'exerce la Turquie sur ses concitoyens vivant en Suisse.

par
Pascal Schmuck
Zurich
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La justice turque a demandé mercredi l'arrestation du journaliste exilé en Allemagne Can Dündar. (5 décembre 2018)

La justice turque a demandé mercredi l'arrestation du journaliste exilé en Allemagne Can Dündar. (5 décembre 2018)

Keystone
Le Parlement turc a adopté une nouvelle loi «antiterroriste» controversée qui reprend plusieurs mesures de l'état d'urgence mis en place après le putsch manqué de juillet 2016 et aboli il y a une semaine. (Mercredi 25 juillet 2018)

Le Parlement turc a adopté une nouvelle loi «antiterroriste» controversée qui reprend plusieurs mesures de l'état d'urgence mis en place après le putsch manqué de juillet 2016 et aboli il y a une semaine. (Mercredi 25 juillet 2018)

AFP
Berlin a demandé des explications à Ankara après la fermeture soudaine d'une école allemande dans la ville turque d'Izmir. (Samedi 30 juin 2018)

Berlin a demandé des explications à Ankara après la fermeture soudaine d'une école allemande dans la ville turque d'Izmir. (Samedi 30 juin 2018)

AFP

L'Allemagne a ouvert une enquête sur des soupçons d'espionnage de la part de la Turquie contre des opposants. Et la Suisse n'est pas non plus épargnée par les velléités du régime de Recep Tayyip Erdogan, comme l'a révélé l'émission «10vor10» de la télévision alémanique SRF.

Selon un informateur turc vivant en Suisse au bénéfice d'un permis C, les services secrets turcs, le MIT, sont très actifs depuis l'ambassade à Berne. Toutes les informations que l'agent a recueillies sur des opposants turcs ont été retransmises à Ankara.

«No comment» au SRC

Avant le coup d'État militaire raté dans le pays, la Turquie employait une quinzaine d'agents en Suisse. Après la reprise en main par le gouvernement, le nombre d'espions a bondi entre 40 et 50, a précisé l'informateur. L'ambassade de Turquie n'a pas souhaité commenter les révélations de «10vor10».

Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) n'a pas voulu s'étendre non plus sur le sujet. «Le SRC analyse le développement de la situation en Turquie et ses conséquences sur la diaspora turque en Suisse. Des mesures seront prises le cas échéant», a déclaré sa porte-parole Isabelle Graber.

Des politiciens s'énervent

Ces révélations ont fait bondir le président de la Délégation des Commissions de gestion (DélCdG), le conseiller aux Etats Alex Kuprecht (SZ/UDC). «Je compte parler de ce sujet lors de la prochaine séance avec le directeur du SRC», a-t-il déclaré au Blick.

La surveillance turque sera au programme de la prochaine réunion du DélCdG, a confirmé la conseillère nationale Corina Eichenberger (AG/PLR). Et pas question de tolérer de telles activités en Suisse. «L'État de droit est le même pour tous, nous devons le signaler aux Turcs.» Elle veut également savoir si les autorités suisses ont reçu une liste comparable à celle qui a été envoyée à Berlin par le MIT turc.

Avertir les victimes

Ce qui ne surprendrait pas outre-mesure le conseiller aux Etats Josef Dittli (UR/PLR), qui a déposé plainte contre inconnu pour activités d'espionnage auprès du Ministère public de la Confédération (MPC).

Il demande à ce que les autorités examinent s'il faut avertir les victimes des activités de surveillance des espions turcs. «S'il existe un danger concret pour un particulier, il doit en être informé. Nous devons assurer la sécurité des Turcs et des doubles-nationaux qui vivent en Suisse.»

Il n'exclut pas non plus que la Commission de politique de sécurité, dont il est vice-président, se saisisse du dossier.«Surtout si, comme en Allemagne, il y a des conséquences pour la sécurité nationale.»

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