Actualisé 01.11.2018 à 16:12

VoileTous les chemins mènent au Rhum: épisode 2

Nos envoyés très spéciaux au grand départ de la Route du Rhum vous livrent les coulisses de la plus mythique des transatlantiques. Hissez haut!

par
Florian Müller

On a connu plus discret – mais en même temps la sagesse de grand-maman prétend que «plus c’est gros, plus ça passe». Un bateau transatlantique qui fait la promotion d’une série qui fait elle-même l’apologie du trafic de drogue. Là où les barons des cartels sont érigés en héros romantiques des temps modernes. On ne va pas se mentir, pas beaucoup de chance pour que les douaniers se doutent d’une anguille sous roche, ou d’un cachalot sous gravillon. Du génie! D’autant plus au moment d’affréter direction l’Amérique centrale depuis l’Europe.

Oui, le sponsoring vélique est une excellente affaire en termes de visibilité et Netflix l’a bien compris. Reste qu’en choisissant de faire la promotion de «Narcos: Mexico» sur la Route du Rhum, le géant de l’audiovisuel à la demande navigue à la limite des genres. Surtout quand on connait l’histoire tumultueuse de la voile hauturière et du trafic de drogue – coke en stock.

Parmi tant d’autres, les Genevois Dominique Wavre et Michèle Paret pourraient vous en parler, eux qui avaient été arrêtés en pleine course par les autorités douanières au large du Maroc avant d’avoir droit à une fouille en bonne et due forme en pleine Barcelona World Race. «Ils ont pris d'assaut notre bord, vidant les sacs de nourriture, les sacs de pièces de rechange, ils ont déchiré les emballages sous vide et balancé au sol un convertisseur de rechange et bouquet final, si j'ose dire, sont tombés bien entendu sur le sac de résine et la poudre de silice (ndlr: poudre blanche à mélanger avec la résine pour les collages de composite), racontait Paret. Je me voyais déjà tourner en rond derrière les barreaux, à la place de tourner autour de la planète en bateau à voiles!»

Revenons à nos moutons. Au départ de la Route du Rhum, c’est Sam Goodchild qui barrera le «bateau de la drogue». Pour le Britannique dont l'objectif à long terme est une campagne du Vendée Globe, le parrainage de Netflix est arrivé pile au bon moment alors qu'il envisageait de se retirer de la course il y a deux mois par manque de fonds - monétaires, pas portuaires. Mais ça, c’était avant un coup de fil salvateur.

«Typiquement le genre d’appel téléphonique où vous vous demandez lequel de vos amis vous fait cette blague», se marre Goodchild, 28 ans – marin talentueux s’il en qui s’est notamment illustré sur la Solitaire du Figaro. Et le voilà avec deux énormes photos de narcotrafiquants sur sa grand-voile. «Etant donné que la seule série que j’ai regardée est «Narcos», ça commence à faire beaucoup de coïncidences qui se rencontrent en même temps», explique encore Goodchild.

Une belle histoire en somme - même si à sa place on vérifierait quand même la cargaison avant le départ. Avec des voiles neuves et un budget qui s’est envoyé en l’air façon rail de coke, l’homme peut désormais prétendre à la victoire dans sa catégorie – Class40. Mais imaginez donc que ce scénario fasse des petits: un bateau sponsorisé par le dernier remake des «Dents de la mer»? Ou pourquoi pas par un site porno? «Narcos: Mexico» est interdit au moins de 16 ans soit dit en passant. Je sais pas vous, mais moi je préférais le temps où les marques de clopes pouvaient encore leur offrir leurs généreux services. Largement moins hypocrite, et en plus ça avait de la gueule.

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