Actualisé 04.02.2020 à 08:52

FranceTous ses employés filent en Suisse, il doit fermer

Un restaurant de Morteau a dû mettre la clé sous la porte. Il ne manquait pas de clients, mais impossible de les servir.

par
lematin.ch
Le restaurant Jacques Alexandre a servi ses derniers clients vendredi. Puis a été placé en liquidation judiciaire.

Le restaurant Jacques Alexandre a servi ses derniers clients vendredi. Puis a été placé en liquidation judiciaire.

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Vendredi midi, le restaurant Jacques Alexandre, à Morteau (Doubs), a servi ses derniers plats. Puis il a mis la clé sous la porte et a été placé en liquidation judiciaire. La cuisine proposée n’était pas en cause. Et l’établissement ne manquait pas de clients. Alors? «Son personnel est parti en Suisse», relate «Le Parisien». Et impossible de recruter pour le remplacer.

«Nous sommes à dix minutes de route de la Suisse. Là-bas, un employé peut multiplier son salaire par trois. C’est normal de passer la frontière dans ces conditions. Et pour moi, c’est impossible de concurrencer les Suisses, qui ont beaucoup moins de charges», explique l’actionnaire majoritaire Jacques Barnachon dans le quotidien français.

«C'était mon bébé»

«Au début, douze personnes travaillaient ici, à la fin, ils n’étaient plus que cinq. Puis c’est le chef qui a démissionné. C’est dur à vivre, ce restaurant, c’était mon bébé», note-t-il.

«L’Est Républicain» a également consacré un article à cette fermeture. Dans ses colonnes, Jacques Barnachon donne un exemple précis. «Je paie un plongeur 1380 euros pour 35 heures. Il roule dix minutes et il double son salaire en Suisse! Comment rester compétitif?»

Une situation paradoxale

Le restaurateur juge la situation paradoxale. Être situé près de la frontière offre un avantage à un restaurant: il peut attirer des clients suisses et le pouvoir d’achat des frontaliers est supérieur à la moyenne nationale. Mais impossible de les servir sans main-d’œuvre. Depuis six mois, précise «L’Est Républicain», le Jacques Alexandre devait d’ailleurs refuser de 20 à 30 personnes chaque jour…

Chef étoilé, Jacques Barnachon tient un autre restaurant, L’Étang du moulin, à Bonnétage, non loin de Morteau. Il ne connaît pas le même problème car, fort de son étoile au Michelin, il «reste attractif pour les jeunes désireux de se frotter à la grande gastronomie.»

Alors que faire pour les établissements moins huppés? «Pour moi, la solution serait d’établir une zone franche pour alléger les charges le long de la frontière suisse», avance le restaurateur. Mais alors où placer la limite de cette zone, interroge l’ex-maire de Morteau et vice-présidente de l’Assemblée nationale Annie Genevard dans «Le Parisien». Pour elle, ce n’est pas la piste à suivre. Reste donc à en trouver une autre.

R.M.

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