SYRIE: Tous unis contre l'Etat islamique?
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SYRIETous unis contre l'Etat islamique?

François Hollande a commencé hier une tournée diplomatique pour mettre en place une unique coalition contre Daech avec la Russie et les Etats-Unis. Difficile mais pas impossible.

par
Cléa Favre
Reçu hier à l'Elysée, David Cameron a assuré à François Hollande que Londres était d'accord de rejoindre Paris dans ses frappes en Syrie. Auparavant, les deux hommes s'étaient recueillis au Bataclan.

Reçu hier à l'Elysée, David Cameron a assuré à François Hollande que Londres était d'accord de rejoindre Paris dans ses frappes en Syrie. Auparavant, les deux hommes s'étaient recueillis au Bataclan.

AFP

Le président français a lancé sa riposte diplomatique. François Hollande a rencontré le premier ministre britannique, David Cameron, hier. Suivra un rendez-vous avec le président des Etats-Unis, Barack Obama, aujourd'hui, puis avec la chancelière allemande, Angela Merkel, demain. Et ce, avant une entrevue avec le président russe, Vladimir Poutine, jeudi. L'objectif de toute cette agitation: former une seule et même coalition internationale contre le groupe Etat islamique. Les très divers intérêts en jeu ne sont pas insurmontables selon des experts.

QUI INTERVIENT EN SYRIE ET EN IRAK?

La coalition menée par les Etats-Unis

En août 2014, le journaliste américain James Foley est décapité par le groupe Etat islamique qui diffuse la vidéo de sa mise à mort. Début septembre, les Etats-Unis annoncent la création d'une coalition internationale lors d'un sommet de l'OTAN. Au départ, dix pays y participent. Aujourd'hui, ils sont une soixantaine: les principaux pays européens, certains pays arabes, comme la Jordanie ou l'Arabie saoudite, mais aussi le Canada et l'Australie. Leur engagement prend des formes diverses: une quinzaine prennent part aux frappes, d'autres se contentent d'un soutien logistique ou financier. «Initialement, l'intervention s'est focalisée sur l'Irak car elle a été demandée par le gouvernement de Bagdad lui-même. Beaucoup de pays étaient donc jusqu'ici réticents à frapper la Syrie car ils estimaient ne pas en avoir la légitimité», explique Agnès Levallois, consultante indépendante, spécialiste du Moyen-Orient.

Les alliés de Bachar el-Assad

L'engagement militaire russe en Syrie répond, lui, à une demande de Bachar el-Assad. Il est effectif depuis septembre dernier. Moscou agit en coordination avec l'armée syrienne, mais aussi le Hezbollah libanais et diverses milices chiites. «L'Iran soutient aussi le régime et fait intervenir des hommes au sol et à certains postes de commandement», précise Agnès Levallois.

QUELLES LIGNES SONT EN TRAIN DE BOUGER?

Celle de la France

Frappée durement, la France a infléchi sa position. Sa priorité n'est plus le départ de Bachar el-Assad mais l'éradication de Daech. «Le mois dernier, Paris avait déjà revu sa position concernant son intervention: elle a commencé à frapper l'Etat islamique sur le sol syrien, comprenant que le groupe est à cheval sur l'Irak et la Syrie et que s'arrêter à la frontière n'avait pas beaucoup de sens», analyse Agnès Levallois. François Hollande a d'ailleurs convaincu hier la Grande-Bretagne de faire de même. David Cameron va persuader les députés d'étendre les frappes britanniques à la Syrie.

Celle de la Russie

Moscou aussi a été la cible de la branche égyptienne de l'Etat islamique. Celle-ci a revendiqué le crash d'un avion charter dans le Sinaï, ayant fait 224 morts. Pour Yves Boyer, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, il est aujourd'hui très clair aux yeux de tous les acteurs que «Daech est la priorité des priorités».

TOUT CE PETIT MONDE PEUT-IL S'ENTENDRE?

A priori non

Aux yeux d'Agnès Levallois, une alliance avec les Russes signifie de facto une collaboration avec le régime syrien. «Je ne vois pas comment la coalition pourrait prendre des décisions sur les bombardements avec Bachar el-Assad. D'autre part, les Russes s'attaquent beaucoup plus aux groupes d'opposition au régime qu'à l'Etat islamique. Or, pour la France et les Etats-Unis qui soutiennent financièrement les rebelles, il n'est pas concevable de frapper autre chose que l'Etat islamique.»

Sauf si…

D'autres experts estiment qu'il ne faut pas se focaliser sur Bachar el-Assad. «On se trompe: la priorité pour la Russie et l'Iran n'est pas de défendre le président syrien. Si la France et les Etats-Unis leur donnent ce qu'ils veulent, la coalition pourra voir le jour», estime Jean-Claude Allard, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques. Et que veut Moscou? «Un port et un aéroport sur la côte syrienne car ce pays semi-enclavé a besoin d'un accès maritime.» Et L'Iran? «La maîtrise de l'arc chiite (ndlr: axe d'influence reliant Téhéran à Beyrouth, en passant par Bagdad et Damas).» Le chercheur poursuit: «Si Washington et Paris entrent dans cette dynamique, la grande coalition est possible. Je ne vois pas pourquoi la Russie et l'Iran défendraient un homme qui les mettrait au ban de la communauté internationale. Bachar el-Assad n'est qu'un outil entre leurs mains.»

D'ailleurs, une coopération militaire a déjà cours depuis au moins quelques jours. «La coalition discute avec les Russes», affirme Yves Boyer. Il s'agit d'éviter des pertes dans l'un ou l'autre camp et d'accroître l'efficacité des interventions, en ne visant pas la même cible deux fois.

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