08.08.2020 à 10:55

Formule 1Tout le monde est fâché!

Drôle de justice. Les commissaires sportifs de Silverstone ont jugé que les conduites de freins des Racing Point (les fameuses «Mercedes roses») sont bien illégales. Mais l’écurie est tout de même autorisée à les utiliser cette saison! Fureur chez les adversaires.

von
Luc Domenjoz

Une «tape sur la main»

L’affaire est formidablement complexe, d’une complexité que seule la Formule 1 sait parfois créer.

En deux mots: les écuries ont le droit de copier les pièces d’autres voitures, sauf pour certaines parties dites «listées», que les ingénieurs de chaque équipe doivent concevoir eux-mêmes.

Les conduites de freins, jusqu’à 2020, ne faisaient pas partie des pièces listées. Comme il s’agit de parties complexes, qui ont un gros impact aérodynamique, les règlements ont changé pour les rendre listées à partir de cette année.

Malgré ce changement, Racing Point a copié le système de freins des Mercedes de l’an dernier. Si ses freins respectent le règlement technique (ils répondent à 100% aux normes techniques), ils ne respectent donc pas le règlement sportif, qui interdit les copies pour ces pièces-là.

Après avoir longuement entendu les arguments de chacun, les commissaires de Silverstone ont pondu un jugement bien tassé de 14 pages qui conclut à la faute de Racing Point.

Le pilote allemand Nico Hulkenberg de l’écurie Racing Point, à Silverstone.

Le pilote allemand Nico Hulkenberg de l’écurie Racing Point, à Silverstone.

KEYSTONE

L’écurie anglaise se voit condamnée à 400’000 euros d’amende (le montant estimé du développement des conduites de freins) et à perdre 15 points au championnat des constructeurs (au classement, l’équipe recule ainsi derrière Renault, l’équipe qui a porté plainte contre elle).

Par contre, les commissaires ont décidé que Racing Point pouvait continuer d’utiliser son système de freins actuel, ce qui cause la colère des autres équipes. Ces dernières ne comprennent évidemment pas que le système soit illégal et que l’écurie puisse continuer de l’utiliser. Plusieurs équipes vont donc faire recours contre ce jugement: Renault, à l’origine de la plainte, mais aussi Ferrari qui juge les copies immorales - la Scuderia oublie peut-être au passage qu’elle fournit ses plans à l’équipe Haas…

Il est évident que si les commissaires avaient contraint Racing Point à changer ses freins, l’écurie aurait dû déclarer forfait de plusieurs courses, ce qui aurait été un désastre pour elle.

Racing Point s’appellera «Aston Martin» la saison prochaine. Ceci expliquerait-il cela? On imagine mal la FIA fâcher Laurence Stroll, le propriétaire de Racing Point, et d’interdire de courir aux futures Aston Martin…

La frustration de Szafnauer

Si les écuries rivales de Racing Point sont furieuses du verdict des commissaires et y font recours, l’écurie anglaise n’est guère plus satisfaite. Zak Brown, le patron de McLaren, tonne que les affirmations de Racing Point niant la copie n’étaient que des «foutaises».

Otmar Szafnauer, l’Américain qui dirige Racing Point, lui a répondu sèchement, vendredi: «C’est Zak qui dit des foutaises. Il n’a aucune idée de ce dont il parle. Zéro idée. Je suis surpris de sa méconnaissance des règlements.»

Otmar Szafnauer, le patron de Racing Point, crie à l’injustice.

Otmar Szafnauer, le patron de Racing Point, crie à l’injustice.

KEYSTONE

Szafnauer confirme que son équipe songe également à faire appel de la décision des commissaires: «On y réfléchit. Mais un appel va nous coûter des frais d’avocats. Il se peut que ça finisse par coûter plus cher que les 400’000 euros d’amende. Mais nous n’avons rien fait d’illégal, et on aimerait surtout blanchir notre réputation et soulager notre frustration. Nous sommes très frustrés. Nous avons toujours dessiné nos freins, et l’an dernier, nous avons juste demandé des conseils à Mercedes. C’est tout. Regardez un peu des équipes comme Haas et Toro Rosso. Elles ne reçoivent pas seulement des données de Ferrari ou de Red Bull, elle reçoivent carrément la totalité des pièces. Et pour elles, personne ne dépose plainte contre elles? Franchement, c’est injuste et nous sommes frustrés.»

Les désaccords Concorde

C’est mercredi prochain, le 12 août, que les écuries sont censées signer les accords «Concorde», qui régissent les finances de la Formule 1 - et surtout la manière dont les différents revenus sont répartis entre les écuries.

Après des mois de discussion entre les écuries et Liberty Media, la société qui détient les droits commerciaux de la F1, on est arrivé à une version des accords que certaines écuries sont prêtes à signer. Ces nouveaux contrats régiront la F1 de 2021 à 2026 - voir sans doute plus loin encore.

Chez Ferrari, en tout cas, on est d’accord de parapher les accords, tout comme Williams, Alfa Roméo Sauber ou Renault.

Chez Mercedes, par contre, Toto Wolff, le patron, n’est pas du coup en phase avec l’état actuel des contrats: «Nous ne pouvons pas signer ce qu’on nous propose», a-t-il tonné vendredi dans le paddock. «Chez Mercedes, on accepte que les revenus soient répartis de manière plus équitable entre les écuries. Mais c’est nous qui sommes les plus grosses victimes du changement. Ferrari a réussi à conserver ses avantages. Red Bull compense sa perte avec le gain de Toro Rosso (ndlr: aujourd’hui Alpha Tauri). C’est donc nous qui sommes les plus affectés. Il me semble pourtant que Mercedes a beaucoup contribué au succès de la F1 ces dernières années, et nous avons le pilote qui apporte le plus à l’attrait de la F1. Dans ces discussions, nous n’avons pas été traités de manière honnête, et nous ne signerons rien dans ces conditions.»

Toto Wolff, patron de Mercedes, réclame plus de respect pour son écurie.

Toto Wolff, patron de Mercedes, réclame plus de respect pour son écurie.

KEYSTONE

D’autres discussions auront lieu la semaine prochaine. Il n’y a pas encore le feu à la maison, mais personne n’imagine la Formule 1 sans l’écurie Mercedes.

Ferrari: bonus divisé par deux

Jusqu’ici, les Accords Concorde régissant les répartitions des revenus octroyaient à Ferrari une manne de 80 millions d’Euros par an, à titre de «bonus historique» - montant versé en plus de tous les autres montants versés en fonction des résultats de la saison.

Si Ferrari s’annonce «prête à signer» la nouvelle version des Accords (lire ci-dessus), c’est parce que la Scuderia a réussi à conserver le principe de son bonus historique.

Celui-ci sera divisé par deux à l’avenir (Ferrari recevra 40 millions au lieu de 80), ce qui est acceptable pour l’équipe de Maranello puisque les budgets seront plafonnés à 145 millions l’an prochain – contre des dépenses de plus de 400 millions ces dernières années.

Le boss de Ferrari Mattia Binotto estime que la «longévité se paie».

Le boss de Ferrari Mattia Binotto estime que la «longévité se paie».

KEYSTONE

«Il est normal que Ferrari soit mieux traitée que les autres équipes », plaide Mattia Binotto, le patron de la Scuderia. «Nous sommes en Formule 1 depuis les débuts, depuis 70 ans. Une telle longévité se paie. Ferrari sera toujours là dans le futur, ce qui n’est pas une certitude pour les autres équipes.» Une jolie pierre dans le jardin de Mercedes, dont la présence en F1 remonte à 2010 et quoi dépend du bon vouloir du conseil d’administration de Daimler AG.

Hamilton va signer… bientôt

Si le contrat de Valtteri Bottas a été prolongé jeudi pour une saison supplémentaire, celui de Lewis Hamilton prend fin cette année.

On ne lit pourtant aucune inquiétude, ni même aucun empressement de le prolonger du côté de la direction de Mercedes. «Avec Lewis, nous allons régler ça rapidement, prévoit Toto Wolff, le patron de l’équipe allemande. On est d’accord sur tout, sauf sur le montant du contrat. Entre nous deux, c’est d’ailleurs le seul sujet de désaccord! »

Lewis Hamilton n’a pas encore signé de renouvellement de bail avec Mercedes.

Lewis Hamilton n’a pas encore signé de renouvellement de bail avec Mercedes.

AFP

Le Britannique aurait accepté une réduction de son salaire (45 millions d’euros ces dernières saisons) pour aider son écurie par ces temps de pandémie.

De toute façon, Lewis Hamilton n’a guère d’autre choix que Mercedes s’il entend continuer en F1 - ce qu’il compte faire pour au moins trois ans de plus. Et Mercedes ne saurait non plus se passer de son pilote-vedette. «Cette histoire va se régler vite, poursuit Toto Wolff. On trouve une solution, et ensuite, on va manger une pizza avec Lewis, comme l’année dernière. Avec Valtteri, on ne s’est pas attardé: cette histoire de renouvellement nous a pris cinq minutes, jeudi matin!»

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2 commentaires
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Fabus

08.08.2020 à 12:14

Vive le Moto GP, La F1 est tellement pourri que je me demande pour la RTS paye encore des droits pour la diffuser!

Etasseur

08.08.2020 à 11:53

Ça rappelle les parents qui grondent leur enfant pour la galerie histoire de montrer qu'ils ne sont pas le genre à laisser faire n'importe quoi