France - «Tout miser sur le vaccin, un pari hasardeux»
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France«Tout miser sur le vaccin, un pari hasardeux»

Dès lundi, tous les Français de 55 ans et plus pourront se faire vacciner. Mais pour l’épidémiologiste Antoine Flahault, la campagne de vaccination ne suffira pas pour sortir de la crise.

L’épidémiologiste Antoine Flahault est le directeur de l'Institut de santé globale à Genève (image d’archives).

L’épidémiologiste Antoine Flahault est le directeur de l'Institut de santé globale à Genève (image d’archives).

VALENTIN FLAURAUD/CHAM

«Dès demain, tous les Français de plus de 55 ans, sans conditions, pourront recevoir» l’AstraZeneca, a annoncé le ministre de la Santé Olivier Véran au Journal du dimanche. Ils pourront également recevoir celui de Johnson & Johnson, livré en France à compter de lundi et proposé, «par cohérence et souci d’efficacité, à tous les plus de 55 ans, sans conditions».

Depuis le 19 mars, la France réserve aux plus de 55 ans le vaccin du laboratoire anglo-suédois AstraZeneca, après des cas rares mais graves de troubles de la coagulation observés uniquement sur des patients moins âgés. Mais les candidats devaient avoir des facteurs de comorbidité pour prétendre à la vaccination.

Le vaccin fabriqué par Janssen-Cilag (groupe Johnson & Johnson) est quant à lui autorisé par la France depuis le 12 mars. Le ministre a indiqué que la première livraison serait de «200’000 doses», «avec une semaine d’avance». «On élargit la vaccination», s’est félicité M. Véran.

Citant les deux autres vaccins autorisés en France, le ministre a rappelé «l’annonce de l’extension de la campagne vaccinale par Pfizer et Moderna à tous les plus de 60 ans à compter du 16 avril». La campagne de vaccination contre le Covid-19 a d’abord visé les personnes les plus fragiles, âgées de plus de 75 ans ou concernées par des facteurs de comorbidité (problèmes de santé autres augmentant le risque de décès).

Limite de cette stratégie

Le ministre a par ailleurs annoncé «l’espacement des deux doses de vaccin à ARN messager de Pfizer-BioNTech et Moderna». A compter du 14 avril, «pour toutes les premières injections, nous proposerons un rappel à 42 jours au lieu de 28 actuellement. Ça va nous permettre de vacciner plus vite sans voir se réduire la protection», a-t-il détaillé.

Pour l’épidémiologiste Antoine Flahault, cette campagne ne suffira toutefois pas. Interrogé par le JDD sur le choix de «tout miser sur le vaccin pour sortir de la crise», il a répondu: «Cela me paraît un pari hasardeux. Et risqué».

Il voit trois hypothèses qui pourraient limiter l’efficacité de cette stratégie: «Si de nouveaux variants émergent et mettent en péril l’efficacité des vaccins; si l’acheminement ne se fait pas au rythme voulu; si les problèmes rencontrés par le vaccin AstraZeneca se posaient avec d’autres vaccins et remettaient en question l’adhésion de la population».

La vaccination des 55 ans et plus devrait prendre un certain temps, la demande de doses dépassant de très loin l’offre à l’heure actuelle. Le taux de couverture vaccinale avec deux doses approche les 75% chez les résidents des Ehpad, mais atteint seulement 35% chez les 75-79 ans en ville, 9% chez les 70-74 ans, 4% chez les 65-69 ans.

Les Français sont censés rester chez eux pendant deux semaines de vacances scolaires qui ont démarré vendredi soir: pas de voyages entre régions et couvre-feu à 19H00 pour tout le monde, dans l’espoir de freiner l’épidémie. Des contrôles sont en place pour vérifier la légitimité des déplacements.

La préfecture de police des Bouches-du-Rhône a ainsi relevé, samedi au péage de Lançon-Provence sur l’autoroute du Soleil, «22 verbalisations pour défaut d’attestation» et «une interpellation pour refus d’obtempérer».

Bientôt 100’000 morts

La situation est redevenue très tendue à l’hôpital, conséquence d’une épidémie hors de contrôle en mars, poussée par le variant anglais, plus contagieux, du coronavirus.

Vendredi soir, le ministère de la Santé a battu le rappel des troupes, en appelant «tous les professionnels de santé», étudiants, réserve sanitaire, retraités, médecins libéraux, à renforcer les hôpitaux, en s’inscrivant d’abord sur une plateforme du ministère, Renfort RH Crise.

Samedi, plus de 5769 patients atteints par le virus étaient soignés dans les services de réanimation, sur une capacité actuelle portée à 8000 lits de réa toutes pathologies confondues. Le bilan des décès continue de grossir, à 98’600 depuis le début de l’épidémie. La France devrait atteindre dans la semaine à venir la barre des 100’000 morts, déjà dépassée en Italie ou au Royaume-Uni. En 2021, environ 340 malades du Covid-19 sont décédés chaque jour en moyenne.

Rare signe encourageant, avant même la fermeture des écoles, la circulation du virus a continué de progresser la semaine dernière, mais de manière moins rapide que les précédentes, «ce qui peut témoigner d’un ralentissement», a avancé Santé publique France. Mais s’il devait se confirmer, le freinage de l’épidémie n’aura d’effets à l’hôpital qu’une à deux semaines plus tard.

(AFP)

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