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DiplomatieTout sur la visite en Suisse de François Hollande

Le président français entame le 15 avril une visite de deux jours qui passera par l'EPFL. Il sera notamment accompagné de Ségolène Royal et Michel Sapin.

par
cht
La dernière visite entre chefs d'Etat suisse et français remonte à janvier. Simonetta Sommaruga s'était rendue à Paris pour la marche après les attentats dans la capitale.

La dernière visite entre chefs d'Etat suisse et français remonte à janvier. Simonetta Sommaruga s'était rendue à Paris pour la marche après les attentats dans la capitale.

Keystone

François Hollande entame mercredi une visite d'Etat de deux jours en Suisse. Une première depuis Jacques Chirac en 1998 pour faire oublier les tensions qui ont marqué ces dernières années les relations entre la France et la Suisse, notamment sur la fiscalité, et se projeter sur les questions européennes et climatiques avant la conférence de l'ONU en décembre à Paris.

Immigration discutée

Les conséquences de la votation contre l'immigration de masse devraient notamment être abordées durant ces deux jours. Cette visite «est une étape cruciale dans un processus d'ensemble», a dit le conseiller national Fathi Derder (PLR/VD), vice-président de la délégation pour les relations avec le Parlement français.

Après l'exclusion de la Confédération des programmes européens Horizon 2020 et Erasmus , il faut selon lui insister sur l'importance de la Suisse dans les domaines scientifiques et en matière d'innovation. «Il y a du respect pour la place scientifique suisse», dit-il.

Le sujet sera bien à l'ordre du jour de la visite. Accompagné de ses ministres Michel Sapin (finances), Ségolène Royal (environnement) et Najat Vallaud-Belkacem (Education nationale), le président français se rendra jeudi à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), après un passage dans la région zurichoise pour visiter des projets liés à l'innovation technologique et au système dual de formation helvétique.

«Pas satisfaisant»

Dix-sept ans entre deux visites d'Etat, la période est plus longue par rapport à d'autres pays limitrophes. Les présidents allemands ont eu droit à cet honneur en 1995, 2000 et 2010, leurs homologues italiens en 2003 et en 2014 et les chefs de l'Etat autrichien en 1992 et 2006.

«Ce n'est pas satisfaisant», reconnaît la députée UMP Claudine Schmid, représentante des Français de Suisse, tout en soulignant que le président français a beaucoup plus de prérogatives constitutionnelles que ses homologues. «La France est mobilisée sur plusieurs fronts à l'international».

«C'est beaucoup trop, on a besoin de contacts», souligne Fathi Derder, qui précise que «ce n'est pas une question partisane». Nicolas Sarkozy «a eu une expérience dramatique avec la Suisse. Avec l'administration de gauche de François Hollande, la situation s'améliore», reconnaît-il. Mais certains pays comme l'Allemagne sont plus réalistes et pragmatiques sur l'importance des relations économiques bilatérales.

Claudine Schmid nuance. «La Suisse est presque trop proche et les relations trop serrées pour organiser une visite d'Etat. (...) Il n'y avait pas d'urgence à venir».

Après cette visite d'Etat, François Hollande aura rencontré directement ou indirectement la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga à cinq reprises depuis novembre. Dans l'intervalle, il a aussi reçu Didier Burkhalter, rappelle le DFAE dans un communiqué.

«Incompréhensible»

Il aura surtout fallu attendre la résolution des principaux différends entre les deux pays pour concrétiser une invitation lancée depuis plusieurs années. François Hollande «n'allait pas venir tant que le problème des successions n'était pas réglé», admet Claudine Schmid.

La France a dénoncé pour 2014 la convention bilatérale sur les successions, à laquelle la Suisse a aussi fini par renoncer. Une mesure unilatérale qui reste aujourd'hui encore «incompréhensible» pour la parlementaire UMP, qui demande à Hollande de rouvrir des négociations. Fathi Derder espère lui aussi que «ce n'est pas enterré».

Paris a par ailleurs décidé unilatéralement en janvier 2013 de ne plus accorder le bénéfice de la convention de double imposition à ses ressortissants bénéficiant d'un forfait fiscal en Suisse.

Ces dossiers avaient durci le ton entre les deux pays. Au point que l'ancien ambassasdeur de France en Suisse, Michel Duclos avait dénoncé à l'été 2014 «le 'bashing' anti-français de la part des politiciens suisses».

Situation «moins tendue»

Mais, à la fin février, les deux pays ont signé un accord sur l'échange automatique d'informations en matière fiscale. Michel Sapin avait alors dit sa reconnaissance à la Confédération pour son engagement.

En janvier, un accord-cadre a également été signé sur l'aéroport de Bâle-Mulhouse. Des questions fiscales doivent encore être réglées. «Il n'y a jamais eu de guerre. Mais la communication est meilleure et la situation est moins tendue» aujourd'hui, souligne Fathi Derder.

Dans une lettre envoyée mi-mars au président français, Claudine Schmid souhaite par ailleurs qu'il évoque des questions liées à l'enseignement, notamment la reconnaissance des baccalauréats scientifiques par les universités suisses.

(ats)

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