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Combat inégalTraîné dans la boue, un Suisse fait plier Google

Victime d'une campagne de calomnie sur le Web de la part d'un mystérieux ennemi, Daniel Hegglin obtient satisfaction quelques jours avant l'ouverture du procès.

par
Renaud Michiels
Daniel Hegglin (à dr.), harcelé depuis 2011 par un inconnu sur Internet,se battait pour que Google n’indexe pas les calomnies le concernant.

Daniel Hegglin (à dr.), harcelé depuis 2011 par un inconnu sur Internet,se battait pour que Google n’indexe pas les calomnies le concernant.

BBC

Daniel Hegglin vient de réussir l’exploit de faire plier Google. «Je suis très heureux que ce conflit a été résolu à la satisfaction des deux parties», a-t-il lâché lundi sur la BBC, refusant tout autre commentaire.

L’histoire débute en 2011. Ce banquier aujourd’hui établi à Hongkong était alors à Londres, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Il découvre qu’il a un mystérieux et féroce ennemi. Qui mène une incroyable campagne de calomnie contre lui sur le Web. Il l’accuse, dans le désordre, d’être un pédophile, un «criminel puant», un nazi, un mafieux, un «dangereux pédéraste», ou un membre du Ku Klux Klan idolâtrant Hitler! Traîné dans la boue, Daniel Hegglin, 53 ans, quatre enfants, se tourne vers Google. Réponse du géant: donnez-nous les liens, on agira. Pas de quoi satisfaire le camp suisse: ça prendrait beaucoup trop de temps et d’énergie: ces attaques se retrouvent sur plus de 4000 sites! Et elles fleurissent chaque jour. Google estime ne pas être responsable juridiquement des calomnies étalées.

Justice anglaise saisie

Pas responsable d’offrir ces horreurs en un clic de souris? A voir. Daniel Hegglin saisit la justice anglaise. Une audience préliminaire a lieu en juillet dernier à Londres. Le Suisse exige que Google prenne «toutes les mesures techniques raisonnables et proportionnées» pour que les accusations mensongères n’apparaissent pas. Le procès prévu sur cinq jours devait débuter lundi.

Il n’a pas eu lieu. Le banquier et Google ont annoncé au juge qu’un arrangement avait été trouvé. Que s’est-il passé? Les deux camps ont refusé de divulguer les termes de l’accord. Mais les médias britanniques pensent que le géant a allongé les billets. Avocat du banquier, Hugh Tomlinson a juste lâché que l’accord inclut «des efforts considérables de la part de Google pour supprimer le contenu abusif». Et que son client va maintenant tenter de démasquer le calomniateur et le traîner en justice.

«Cas exceptionnel»

Du côté de Google, note le Guardian, on explique qu’il s’agit d’un «cas exceptionnel de harcèlement en termes d’importance comme de volume». Et de souligner que: «Google fournit un service de recherche à des millions de personnes et ne peut pas être responsable de la police du contenu.»

«Evidemment qu’un moteur de recherche a une responsabilité sur ce qu’il diffuse!» réagit l’avocat Sébastien Fanti, spécialiste des nouvelles technologies. «Ce cas est exceptionnel de par l’ampleur des calomnies. Mais je suis certain que Google a payé pour éviter un précédent. Et s’ils ont payé c’est qu’ils pensaient perdre.»

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