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Société«Traités comme des déchets radioactifs»

Les associations s’indignent du projet d’Yves Nidegger. L’UDC propose en effet aux retraités les plus pauvres de s’installer au Maroc.

par
Cléa Favre
?La rupture avec l’environnement familial peut créer un choc pour la personne âgée.

?La rupture avec l’environnement familial peut créer un choc pour la personne âgée.

Ronnie Kaufman/Corbis

Finir ses vieux jours au soleil, l’idée fait a priori rêver. Hier, dans la Tribune de Genève, le conseiller national et candidat au Conseil d’Etat genevois Yves Nidegger (UDC/GE) a expliqué vouloir créer un village suisse au Maroc. Située en face des îles Canaries, cette enclave accueillerait des rentiers de l’Office cantonal des personnes âgées, mais aussi des déboutés du droit d’asile et des personnes frappées d’une décision de renvoi. Cette option – qui a pour but de réaliser des économies, tout en permettant aux retraités d’avoir un niveau de vie plus élevé – ne s’adresserait qu’aux aînés désireux de partir.

Motifs seulement financiers

«Se débarrasser des aînés ainsi est insupportable!» réagit Jean Spielmann, président de l’Avivo Genève, tout en relevant qu’il existe déjà de telles structures, notamment en Thaïlande pour les malades atteints de l’alzheimer. Pour lui, l’obstacle réside dans le libre choix. «L’Allemagne organise déjà la délocalisation de ses maisons de retraite. Des dizaines de milliers de personnes âgées vivent en Hongrie ou en Slovaquie. Le problème, c’est que la décision n’est pas prise par les personnes elles-mêmes, mais par leurs enfants. Et non pour des raisons de bien-être, mais pour des motifs financiers!» regrette Jean Spielmann. A ses yeux, la rupture avec la famille peut être également vécue très douloureusement par la personne âgée, avec des conséquences importantes en termes de santé et de confort psychique.

Il est rejoint par Maurice Demont, directeur de Pro Senectute Genève. «Passer sa retraite à l’étranger est déjà possible. Ce n’est pas à l’Etat de l’organiser. Il vaut mieux accentuer les efforts pour améliorer les conditions de vie des retraités en Suisse.» Tristan Gratier, président des EMS suisses et secrétaire général de l’Association vaudoise des EMS, est lui aussi choqué: «Les retraités au Maroc ne pourront pas bénéficier de la même qualité de soins qu’en Suisse. Ce low-cost est irrespectueux des personnes qui ont travaillé toute leur vie, sans parler du fait de les mettre dans le même paquet que des réfugiés! On ne peut pas exporter nos anciens comme des déchets radioactifs.»

Pour sa défense, Yves Nidegger argue qu’aujourd’hui seuls les riches peuvent passer leur retraite à l’étranger. Avec son projet, ceux qui bénéficient d’aides cantonales pourraient continuer à les recevoir, même en dehors du territoire genevois.

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