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Vollèges (VS)Treize veaux poussés au suicide

Des éleveurs valaisans ont retrouvé leur troupeau gisant en bas d’une falaise, à plusieurs centaines de mètres de son enclos. Et le spectre du loup, ou du lynx, de faire son grand retour.

par
Evelyne Emeri
Une dalle lisse à 45 degrés, environ 50 mètres de chute, dont une bonne partie à pic, les bovins n’ont eu aucune chance

Une dalle lisse à 45 degrés, environ 50 mètres de chute, dont une bonne partie à pic, les bovins n’ont eu aucune chance

Yvain Genevay

Quel animal a contraint treize veaux de la race d’Hérens à se jeter d’une falaise dans la nuit noire et étoilée de mercredi à jeudi dernier sur la commune de Vollèges (VS), à quelques kilomètres de Martigny? Les spéculations sur les prédateurs potentiels sont multiples. A contrario, les spécialistes y vont sur la pointe des pieds tant l’évènement est exceptionnel, rare et troublant. Comment treize jeunes bovins ont-ils pu être forcés à quitter leur parc, à traverser celui où broutent des yacks, pour se retrouver piégés au bord du gouffre qui domine la décharge du village du Levron, enfin, se précipiter dans le vide?

Phénomène incompréhensible

«On ne sait pas. Nous sommes remplis d’incertitudes. Ils ont certainement cherché des échappatoires, commente Benoît Berguerand, vice-président de la Fédération d’élevage de la race d’Hérens. Contrairement aux moutons, les veaux se dispersent, ils ont dû être bloqués. Un veau ou deux qui décrochent, c’est possible. Treize, c’est un phénomène incompréhensible et nouveau. Il est vraiment très peu probable qu’ils se soient jetés en bas sans pression.»

Depuis plusieurs semaines, le jeune bétail paissait sans encombre au lieu dit La Combe, au-dessus du village du Levron. «À 6-8 mois, les bêtes sont plus vite apeurées. Elles ont dû être cernées. Par des chiens qui se sont détachés? Par un loup? Mais il n’y a pas de morsures. Par un lynx? On en voit un régulièrement dans la région. Il sort la nuit et les veaux sont à sa portée au niveau gabarit», affine le représentant de la race, lui-même éleveur à Vollèges.

Éprouvés, les trois propriétaires n’ont pas souhaité se prononcer, à l’exception de Thomas Gabioud, rapidement: «Les éleveurs ne pensent pas au loup. Il les aurait chopés! Il n’y avait pas de crocs. Nous, on constate. C’est dur, c’est un gros choc.» L’ennui, c’est précisément que dans la précipitation et le désarroi, après avoir été alertés de la macabre découverte par un ami, les responsables du troupeau sont venus faire le ménage. Ils ont emporté les douze veaux – un a survécu – aux déchets carnés de Martigny, où les bêtes ont été incinérées, omettant de prévenir le garde-chasse auparavant. «Sans autopsie et sans ADN des cadavres, sans relevés sur place, le prédateur sera difficilement identifiable», déplore le garde-chasse régional Jean-Marcel Délitroz, qui aimerait trouver la réponse à l’affolement de ces treize veaux.

Surveillance nocturne

«L’hypothèse du loup ne tient pas. Nous n’avons aucun indice de présence depuis fin mars. C’est peut-être simplement un vent de panique, un combat de génissons, des chiens errants, un essaim d’abeilles, des promeneurs ou encore un lynx. Il suffit d’un veau qui a peur et qui glisse. Dans la nuit, les autres le suivent en confiance, sans savoir où ils mettent les pieds. Ça a dû se passer très vite. Je n’ai jamais entendu parler d’un truc pareil, on ne se l’explique pas. Je vais surveiller le secteur de nuit à la caméra thermique», conclut le collaborateur du Service de la chasse.

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