PORTRAIT: «Trembler, boiter, baver, puer? Pas question»
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PORTRAIT«Trembler, boiter, baver, puer? Pas question»

Avec son langage cru et sa volonté de mourir en Suisse en 2020, la Française Jacqueline Jencquel est devenue un vrai phénomène médiatique.

par
Renaud Michiels
«À partir de 75 ans on commence à avoir de plus en plus d'emmerdes de santé», affirme Jacqueline Jencquel.

«À partir de 75 ans on commence à avoir de plus en plus d'emmerdes de santé», affirme Jacqueline Jencquel.

Konbini/YouTube

Jacqueline Jencquel, 74 ans, est en pleine forme. Mais cette Française vivant entre Paris et la Suisse a décidé de mourir avant le «naufrage physique». Elle a programmé son décès. Ce sera pour janvier 2020, à Bâle, chez Lifecircle. Grâce au suicide assisté. «Il faut bien fixer une date si on veut partir comme on veut partir», plaide-t-elle dans une interview à Konbini.

Jacqueline Jencquel tient un blog sur le site du Temps, intitulé «La vieillesse est une maladie incurable». Mais elle est devenue ces derniers jours un phénomène médiatique. Grâce à une vidéo de Brut, à l'interview de Konbini ou encore à une rencontre avec le Nouvel Obs. Grâce, surtout, à son langage direct, brut de décoffrage, cash voire trash.

«Et après qu'on me torche? Pas question.»

«À partir de 75 ans on commence à avoir de plus en plus d'emmerdes de santé», lance-t-elle à Konbini. «J'ai pas envie qu'on s'occupe de moi, j'ai pas envie qu'on me mette dans un mouroir, de me retrouver perfusée, ventilée, infantilisée.» Elle ne veut pas non plus «voir des clowns». Et de balancer: «Et après qu'on me torche? Que je ne sois pas capable de prendre mon bain toute seule? Pas question.»

Jacqueline Jencquel refuse également que ses trois enfants, adultes, doivent s'occuper d'elle: «j'ai pas mis des enfants au monde pour les faire chier». Ou explique que l'amour avec des hommes de son âge ne l'intéresse pas: «J'ai pas envie de faire l'amour avec un mec qui a un bide énorme, qui a des seins plus gros que les miens, qui ne bande plus…»

«Ridée comme un vieux sac en croco Hermès»

Dans l'article du Nouvel Obs, elle renchérit. Pas question de «finir avec des couches», d'«emmerder ses enfants», de «trembler, boiter, baver, puer». Exclu aussi que sa peau devienne «ridée comme un vieux sac en croco Hermès». Et d'affirmer qu'elle n'a pas peur de la mort: «On en fait beaucoup trop pour un truc somme toute d'une extrême banalité».

Derrière les mots qui claquent, les punchlines, Jacqueline Jencquel ne cache pas une démarche militante. Longtemps engagée au sein de l'ADMD France (association pour le droit à mourir dans la dignité), elle s'engage pour que son pays autorise l'euthanasie ou l'assistance au suicide. Elle ne doit donc pas être mécontente de voir son projet d'en finir autant médiatisé en France.

«Ne nous obligez pas à être mourants»

Mais sa démarche entraîne aujourd'hui un torrent de réactions en ligne. Beaucoup soutiennent Jacqueline Jencquel. Beaucoup, aussi, la critiquent. Parfois avec une violence extrême. On doute de sa santé psychologique. On la traite d'«enfant gâtée». On fustige sa vulgarité. Ou sa volonté de médiatiser un choix intime.

Jacqueline Jencquel a probablement la peau assez épaisse pour affronter ces réactions. «De grâce», plaidait-elle par avance sur son blog, «ne nous obligez pas à être déjà mourants pour avoir le droit de mourir.»

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