07.08.2020 à 09:15

Santé publiqueL’amiante reste une menace en Suisse

La substance dangereuse pour la santé est encore présente dans de nombreux bâtiments malgré le nombre croissant d’assainissements. Plusieurs institutions appellent à davantage de sensibilisation.

Depuis 2016, la loi prévoit l’obligation d’évaluer la présence d’amiante et d’éventuels autres matériaux polluants pour les projets de rénovation nécessitant une autorisation.

Depuis 2016, la loi prévoit l’obligation d’évaluer la présence d’amiante et d’éventuels autres matériaux polluants pour les projets de rénovation nécessitant une autorisation.

KEYSTONE

Rénover ses vieux carrelages collés avec de l’amiante représente toujours un risque, notamment pour les ouvriers. Trente ans après son interdiction, cette substance reste répandue dans de nombreux bâtiments.

Beaucoup de gens ne sont pas conscients de ce problème. «Il y a encore quantité de petits chantiers sur lesquels on ne fait pas d’évaluation avant une intervention, ou sur lesquels les conditions de désamiantage ne sont pas appropriées», explique à Keystone-ATS Daniel Bürgi, président de l’Association suisse des consultants amiante.

L’amiante se trouve dans 90% des bâtiments construits avant l’interdiction du matériau en 1990. «Selon nos connaissances actuelles, il n’y a dans ces bâtisses quasiment pas de surfaces qui ne soient susceptibles de contenir de l’amiante», précise-t-il.

Avertir la Suva

Depuis janvier 2016, la loi prévoit l’obligation d’évaluer la présence d’amiante et d’éventuels autres matériaux polluants pour les projets de rénovation nécessitant une autorisation, ajoute Daniel Bürgi. Si d’aventure un spécialiste prend en charge l’assainissement, les responsables du chantier doivent en informer l’assureur accidents Suva.

Intéressant de voir que par exemple au Tessin, depuis l’introduction de l’obligation d’évaluation, la quantité d’amiante que l’on a extrait s’est multipliée par sept, poursuit-il. Un signe clair qui montre que sans contrainte, les contrôles nécessaires ne sont pas suffisamment mis en oeuvre.

Dans les années 1990 et 2000, la Suva recevait entre 50 et 100 annonces d’assainissement sur des chantiers, relate son porte-parole Christian Winiker. En 2013, on est passé à 3500, en 2017 plus de 5000, et l’an dernier, 7664.

«Oublis»

Pour les projets qui ne nécessitent pas d’évaluation contraignante, le devoir de contrôle incombe à l’entreprise ou aux privés. Souvent, pourtant, ce contrôle est «oublié», de manière consciente ou non.

Pour une maison familiale standard, les coûts d’un désamiantage se montent entre 10’000 et 15’000 francs. Une ligne budgétaire souvent pas comptabilisée, et avec laquelle on préfère se payer une salle de bain plus chère, lance Daniel Bürgi.

Ce montant pousse en partie les gens à économiser cette dépense et à assainir eux-mêmes. Il arrive aussi à de nombreuses personnes de se rendre compte seulement après avoir enlevé eux-mêmes les carrelages de leur cuisine que la colle en question pouvait en fait contenir de l’amiante, indique Daniel Bürgi.

Santé

Pourtant pas de quoi en faire un drame si l’on se retrouve une fois dans sa vie brièvement en contact avec de l’amiante, souligne celui qui est aussi professeur en ingénierie environnementale à la Haute école des sciences appliquées de Zurich. Au quotidien il n’y a aucun risque pour les habitants.

Il faut cependant être précautionneux lors des travaux. Ce qui est dangereux, ce sont les poussières, surtout pour les ouvriers qui entrent en contact avec presque quotidiennement. «Tout dépend de la durée d’exposition et de la concentration dans l’air», explique encore Daniel Bürgi.

Masques

Unia s’engage depuis des années sur cette thématique pour améliorer la sensibilisation. Le syndicat reçoit régulièrement des demandes d’intervention de la part d’ouvriers, afin que des mesures de sécurité soient garanties voire que des travaux soient stoppés, relate Giuseppe Reo, responsable régional dans l’Oberland bernois.

On reste encore et toujours trop négligent avec cette problématique, affirme-t-il, «c’est une menace dormante». De plus, il faudrait sensibiliser davantage les travailleurs étrangers, qui se protègent parfois avec de simples masques hygiéniques, «totalement insuffisants».

Le rappel en juillet d’une série de masques professionnels FFP montre qu’ils ne sont pourtant pas toujours fiables non plus. Dans ce cas, la Suva et le Bureau de prévention des accidents ont lancé des procédures administratives contre des importateurs et des distributeurs. La Suva ne sait pas depuis quand les masques incriminés, aussi utilisés lors de travaux de désamiantage, étaient en circulation.

(ATS/NXP)

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