Affolant: Trois abeilles sur quatre contaminées

Publié

AffolantTrois abeilles sur quatre contaminées

Des chercheurs neuchâtelois ont analysé des échantillons de miel provenant du monde entier. Leur verdict laisse présager le pire sur l'avenir des butineuses.

par
Pascale Bieri
En Europe, 79% des échantillons de miel contiennent des traces de substances toxiques.

En Europe, 79% des échantillons de miel contiennent des traces de substances toxiques.

Stocklib

L'effet catastrophique des néonicotinoïdes – une famille de pesticides très contestés – sur le déclin des abeilles est connu. Mais son ampleur va au-delà de tout ce qu'on pouvait imaginer. C'est ce que viennent de démontrer quatre chercheurs neuchâtelois, dont l'étude est publiée dans la prestigieuse revue américaine Science. Ils ont analysé 198 échantillons de miel en provenance du monde entier. Résultat: 75% de ce nectar sont contaminés par des néonicotinoïdes. Et aucune région n'est épargnée.

Ainsi, 86% des échantillons nord-américains contiennent des traces de substances toxiques, 80% sur le continent asiatique et 79% en Europe. Les plus faibles parts d'échantillons contaminés provenaient d'Amérique du Sud (57%).

Dès lors, faut-il craindre pour notre santé? Sur ce point, Edward Mitchell, professeur au Laboratoire de la biodiversité du sol à l'Université de Neuchâtel (UniNE) et principal auteur de l'article se veut rassurant: «Selon les normes en vigueur, la très grande majorité des échantillons étudiés ne pose pas de souci pour les consommateurs», dit-il.

Des effets sur leur survie

On ne peut pas en dire autant pour les abeilles. «Notre étude démontre qu'elles sont exposées dans le monde entier à des concentrations de néonicotinoïdes ayant des effets importants sur leur comportement, leur physiologie et leur reproduction, et donc sur leur survie», souligne Alexandre Aebi, maître d'enseignement et de recherche en agroécologie à l'UniNE et coauteur de l'étude.

Apiculteur, il a également découvert que son propre miel – et donc ses abeilles – était contaminé. «Ça fait mal d'apprendre ça, confie-t-il. Je suis bio dans mes actes, et mes ruches sont situées à côté d'un agriculteur bio, mais les abeilles vont loin, jusqu'à 12 kilomètres pour aller chercher du nectar.» Et d'assurer: «C'est miraculeux qu'il y ait encore autant d'abeilles, vu le stress qu'elles rencontrent avec les pesticides qu'elles ingurgitent lorsqu'elles butinent, la réduction de leur habitat et le varroa qui les parasite. Les apiculteurs doivent sans cesse batailler pour la survie de leurs ruches.»

Quant aux abeilles sauvages qui jouent, elles aussi, un rôle important dans la pollinisation, notamment en début de saison, elles ne sont évidemment pas épargnées. D'où l'extrême urgence d'agir. Notamment sur les pesticides. «Il faut que la Suisse interdise rapidement l'utilisation des néonicotinoïdes, comme la France l'a fait», assène Alexandre Aebi. Histoire, au moins, de ralentir la disparition des butineuses.

Ton opinion