Suisse: Trois femmes de paysan sur 4 n'ont pas de salaire

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SuisseTrois femmes de paysan sur 4 n'ont pas de salaire

La grande majorité des femmes d'agriculteurs ne sont pas rétribuées et ne sont donc pas assurées sur le plan social. Berne veut y remédier.

par
Christine Talos

Trois quarts des quelque 45'000 femmes qui travaillent dans des exploitations agricoles en Suisse ne sont pas payées et sont considérées comme inactives, souligne lundi le Tages-Anzeiger. Conséquence: elles n'ont droit ni aux allocations chômage, ni au congé maternité. Tout ce qu'elles peuvent toucher, c'est le minimum de l'AVS.

Le danger de précarisation les guette donc, en particulier si elles divorcent. Une séparation les envoie en effet très vite à l'aide sociale. Et le problème est bien là: si, il y a 20 ans, les agriculteurs divorçaient moins que la moyenne suisse, aujourd'hui, ils l'ont rattrapée avec presque 50% d'échec dans les mariages.

Les lignes commencent cependant à bouger. Dans son rapport sur la politique agricole 2022, le Conseil fédéral recommande que les paiements directs soient liés au versement de prestations sociales à tous ceux et celles qui travaillent sur un domaine agricole. En clair: les paysans qui ne versent pas d'assurance sociale à leurs épouses (pensions et indemnités journalières), ne recevront pas d'argent de la Confédération.

USP prudente et divisée

Du côté de l'Union Suisse des paysans (USP), on se montre prudent. Car on sait que la question des salaires est explosive. On rappelle donc d'abord que la consultation du projet est toujours en cours. Mais le président de l'USP, Markus Ritter, avait estimé en novembre dans la NZZ qu'il n'était pas possible de demander à chaque paysan de rétribuer encore sa famille. «Beaucoup de fermes sont déjà à bout de souffle, il serait donc difficile de payer un salaire supplémentaire», avait-il expliqué.

Selon le Tages-Anzeiger, le syndicat des paysans serait déchiré sur la question et hésiterait à faire supprimer ce projet du Conseil fédéral ou à le limiter l'assurance des travailleurs agricoles à des indemnités journalières.

Le président de l'USP lui-même a assuré son épouse. Mais il avoue n'être pas convaincu par le projet fédéral. En outre, il n'en revient pas: aucune femme ne soutient le texte. Effectivement, pour la Bernoise Christine Bühler, ex-présidente de l'Union suisse des paysannes et des femmes rurales, la proposition de Berne n'est pas idéale. Elle préférerait que la rétribution ne soit pas liée à des versements aussi existentiels que les paiements directs.

Hommes indifférents

Raison pour laquelle la Bernoise de Tavannes se rend de plus en plus souvent à Berne pour défendre la cause des femmes d'agriculteurs. Elle a obtenu le soutien des conseillères nationales Maya Graf (Verts) et de Alice Glauser (UDC/VD).

«Ce n'est pas une question de gauche ou de droite, il s'agit du droit des femmes», rappelle l'agricultrice de Champvent. Et de regretter que le sujet n'a pas l'air de préoccuper les messieurs jusqu'ici, en particulier à droite.

En revanche, Maya Graf semble plus confiante: «Je suis sûre qu'il va se passer quelque chose maintenant», affirme-t-elle. Il faut dire que les associations Bio Suisse et IP-Suisse soutiennent le projet de la Confédération.

En attendant que les fronts bougent à Berne, les écoles d'agriculture veillent à ce que les futures épouses d'agriculteurs soient informées de la faiblesse de leur sécurité sociale. Heureusement, le nombre de femmes qui cotisent à l'AVS est en hausse. Mais le principal groupe à risque, celui des femmes de 40 à 60 ans, les moins couvertes, demeure.

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