Indonésie - Trois jeunes femmes s’émancipent grâce au heavy metal
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IndonésieTrois jeunes femmes s’émancipent grâce au heavy metal

En Indonésie, trois jeunes femmes ont pris un pari osé et original: défier les pressions et la vie de soumission qui leur était promise en se lançant dans le heavy metal. Avec succès.

Firda Marsya Kurnia, Euis Siti Aisah et Widi Rahmawati (de gauche à droite) ont fondé Voice of Baceprot quand elles étaient encore élèves d’une école islamique. 

Firda Marsya Kurnia, Euis Siti Aisah et Widi Rahmawati (de gauche à droite) ont fondé Voice of Baceprot quand elles étaient encore élèves d’une école islamique.

AFP

Trois jeunes Indonésiennes ont mis tous leurs rêves et leur énergie dans un groupe de heavy metal, applaudi par certains des plus grands noms du rock, espérant échapper à une vie de femme au foyer dans leur village.

En hijab et tunique noirs, le trio répétait d’arrache-pied dans un studio de la capitale Djakarta quand l’AFP l’a rencontré. Firda Marsya Kurnia, Euis Siti Aisah et Widi Rahmawati ont formé leur groupe, Voice of Baceprot (VOB, «Les voix bruyantes»), en 2014, quand elles étaient encore élèves d’une école islamique de l’ouest de l’île de Java.

«Le courage de donner mon opinion»

Les jeunes femmes de 19 à 20 ans travaillent depuis à renforcer leur technique et leur style, malgré les appels de leurs proches à abandonner la musique. «Grâce au métal, j’ai le courage de donner mon opinion et j’ai gagné assez en confiance pour être différente», dit la bassiste Widi. «Quand je suis sur scène, je peux m’exprimer, sans me soucier de ce que les gens attendent de moi.»

Les musiciennes disent avoir dû résister aux pressions pour qu’elles se marient jeunes et mènent la vie des femmes de leur village. «Mes parents m’ont dit que savoir lire était inutile», explique Firda, chanteuse et guitariste du groupe. «Une fois mariée, mon mari ne voudra pas que je lise des livres, mais que je cuisine et que je nettoie la maison, répétaient-ils»

Condition féminine, environnement

À force de détermination, elles ont convaincu leurs familles et sont parvenues à s’installer à Djakarta, l’an dernier, pour peaufiner leur répertoire. Pour nous, «la musique est un moyen d’être heureuses et de partager ça avec les autres», dit Firda.

C’est après le succès de leur single «School Revolution», en 2018, qui décrie un système scolaire indonésien trop autoritaire, qu’elles ont décidé de se rendre dans la capitale. Elles travaillent à présent sur des chansons qui touchent à la condition féminine et à l’environnement.

Des filles ordinaires

Les musiciennes se battent avant tout contre les valeurs conservatrices, ce qui peut aussi résonner à l’étranger, note l’expert musical Yuka Dian Narendra. Les membres du groupe «sont des filles musulmanes ordinaires en Indonésie», qui veulent choisir leur destin.

VOB s’est d’abord fait connaître avec des reprises de classiques du heavy metal, qui ont eu un grand succès sur les réseaux sociaux. Ces vidéos lui ont attiré des louanges du bassiste de Nirvana, Krist Novoselic, de celui des Red Hot Chili Peppers, Flea, ou du guitariste de Rage Against the Machine, Tom Morello. «On ne s’attendait pas» à de telles marques d’attention, dit Firda. «C’était comme un rêve.»

Elles rêvent de Coachella

Depuis la pandémie, qui a fermé la plupart des frontières aux Indonésiens, les trois jeunes femmes ont participé à des festivals en ligne, comme WOW Festival 2021, au Royaume-Uni, et Global Just Recovery Gathering. Mais leur rêve est de se produire un jour à Coachella, la mecque des festivals américains, et de collaborer avec System of A Down, un groupe américain de metal qu’elles adorent.

D’ici là, elles veulent continuer à s’inspirer des femmes de leur village. «Les femmes sont traitées comme des citoyennes de seconde classe», conclut la percussionniste Euis Siti Aisah. «Mais il y a beaucoup de femmes fortes dans notre village, qui font les travaux les plus durs.»

(AFP)

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