Russie/Allemagne: Trois labos européens confirment l’empoisonnement de Navalny
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Russie/AllemagneTrois labos européens confirment l’empoisonnement de Navalny

Un agent neurotoxique du groupe Novitchok est bien à l’origine de l’hospitalisation de l’opposant russe.

Alexei Navalny ici en décembre 2019.

Alexei Navalny ici en décembre 2019.

AFP

Des laboratoires français et suédois ont analysé des «échantillons prélevés» sur l’opposant russe Alexeï Navalny, hospitalisé à Berlin, et confirmé un empoisonnement par un agent neurotoxique de type Novitchok, a annoncé ce lundi le gouvernement allemand.

Un laboratoire militaire allemand avait déjà conclu le 3 septembre à l’empoisonnement de l’opposant russe, âgé de 44 ans, par ce puissant agent neurotoxique, ce que Moscou conteste.

Navalny peut se lever de son lit

L’état de santé d’Alexeï Navalny continue de s’améliorer au point que l’opposant russe peut désormais se lever de son lit, a annoncé lundi l’hôpital berlinois où il est soigné.

L’opposant numéro un au Kremlin pourra bientôt se passer complètement de «ventilation artificielle», a ajouté l’hôpital de la Charité, qui n’évoque plus d’éventuelles séquelles à long terme.

«Le gouvernement allemand a également demandé à d’autres partenaires européens, à savoir la France et la Suède, de vérifier de manière indépendante les preuves allemandes sur la base de nouveaux échantillons prélevés sur Alexeï Navalny», indique dans un communiqué le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert.

«Les résultats de cet examen par des laboratoires spéciaux en France et en Suède sont maintenant disponibles et confirment les preuves allemandes», annonce-t-il.

«Trois laboratoires ont à présent fourni de manière indépendante la preuve qu’un agent neurotoxique du groupe Novitchok est la cause de l’empoisonnement de Alexeï Navalny», assène Steffen Seibert.

L’utilisation de Novitchok «constitue une grave violation de la Convention sur les armes chimiques», rappelle en outre le porte-parole.

Berlin a «donc sollicité l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) dans l’analyse des preuves dans l’affaire Navalny», ajoute Steffen Seibert, précisant que la Convention sur les armes chimiques prévoyait notamment «pour tous les États signataires de recevoir une assistance technique de l’OIAC».

L’OIAC a ainsi «prélevé des échantillons d’Alexeï Navalny et a pris les mesures nécessaires pour les faire analyser par les laboratoires de référence de l’OIAC», précise Steffen Seibert.

«Nous renouvelons l’appel lancé à la Russie pour qu’elle apporte des éclaircissements à ce qu’il s’est passé», prévient le porte-parole. «Nous sommes en contact étroit avec nos partenaires européens au sujet des prochaines étapes», conclut-il.

Les Russes veulent l’interroger

La police russe avait annoncé vendredi vouloir interroger en Allemagne l’opposant victime d’un empoisonnement, selon ses partisans, le 20 août lors d’un déplacement en Sibérie, des accusations jugées anti-russes et infondées par Moscou.

La Russie a demandé à ce que Berlin remette l’ensemble de son dossier sur l’opposant russe, notamment les analyses d’un laboratoire militaire allemand ayant identifié une substance de type Novitchok.

Les autorités russes affirment que leurs analyses, effectuées lors de l’hospitalisation de l’opposant à Omsk (Sibérie), avant son transfert vers l’Allemagne, n’avaient révélé aucune substance toxique dans l’organisme de Alexeï Navalny sorti du coma le 7 septembre.

Les temps forts de l’affaire Navalny

Voici les temps forts de l’affaire Navalny, du nom de l’opposant russe Alexeï Navalny, après la confirmation par des laboratoires français et suédois qu’il a été empoisonné par un agent neurotoxique de type Novitchok, accusation rejetée par Moscou.

Hospitalisation

Le 20 août 2020, Alexeï Navalny, principal opposant russe, est placé en réanimation dans un état grave dans un hôpital en Sibérie après avoir fait un malaise à bord d’un avion. Son entourage dénonce un empoisonnement, ce que récusent les médecins russes.

Transfert à Berlin dans le coma

Le 22, l’opposant, dans le coma, est transféré dans un hôpital de Berlin à la demande de sa famille, malgré le refus initial de l’équipe médicale russe. Le 24, les médecins allemands estiment qu’il présente bien des «traces d’empoisonnement».

Le 25, le Kremlin leur reproche de conclure à la hâte, la baisse de l’enzyme cholinestérase constatée chez Navalny pouvant selon Moscou avoir «de nombreuses causes, notamment la prise de certains médicaments».

Le 27, la justice russe annonce avoir lancé un «examen préliminaire» de l’affaire Navalny, estimant n’avoir «aucune preuve» d’un empoisonnement.

Le 28, l’hôpital berlinois fait état d’»améliorations" de l’état de santé de l'opposant, toujours dans le coma.

«Agent neurotoxique»

Le 2 septembre, Berlin annonce que les examens médicaux effectués par un laboratoire de l’armée allemande apportent la «preuve sans équivoque» que l’opposant a été victime d’un empoisonnement «par un agent neurotoxique de type Novitchok».

La chancelière allemande Angela Merkel presse Moscou de s’expliquer.

Pression internationale sur Moscou

L’Otan puis l’UE réclament une enquête.

Le 3, le Kremlin affirme ne voir «aucune raison» d’accuser l’État russe d’être à l’origine de l’empoisonnement.

Le 4, un expert toxicologue russe ayant analysé le dossier médical d’Alexeï Navalny estime qu’il a pu être victime d’un problème de digestion, d’abus d’alcool ou de fatigue, rejetant l’empoisonnement diagnostiqué en Allemagne.

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, appelle Moscou à révéler totalement son programme Novitchok.

La Russie menacée de sanctions

Le 6, l’Allemagne, qui préside l’Union européenne, prévient qu’elle va entamer des discussions sur de possibles sanctions contre la Russie.

Berlin n’exclut pas totalement d’éventuelles sanctions contre le projet en cours de finition de gazoduc Nord Stream 2, censé approvisionner l’Allemagne et l’Europe en gaz russe.

La Russie accuse l’Allemagne «de retarder le processus de l’enquête qu’elle réclame», avec des pièces du dossier selon elle toujours pas transmises à Moscou.

Sortie du coma

Le 7, Moscou dénonce les tentatives «absurdes» d’accuser la Russie de l’empoisonnement de l’opposant.

L’hôpital berlinois annonce qu’Alexeï Navalny a été sorti du coma artificiel et va «par étapes» cesser d’être sous respirateur artificiel.

Le 8, le G7 exhorte la Russie à traduire «urgemment» en justice les auteurs de «l’empoisonnement confirmé».

Le 9, Washington estime que l’empoisonnement d’Alexeï Navalny a probablement été orchestré par «de hauts responsables» du gouvernement russe.

Le 11, la police russe annonce vouloir interroger l’opposant en Allemagne.

(AFPE)

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