Actualisé 29.05.2020 à 16:44

Troisième nuit d'émeutes à Minneapolis

Etats-Unis

Un commissariat a été incendié et une trentaine de magasins ont été pillés dans cette ville de l’État du Minnesota dans laquelle est mort un Noir lors d’une interpellation musclée.

La ville de Minneapolis a connu des heurts, avec le pillage d’une trentaine de magasins et des incendies, et l’usage de gaz lacrymogène par la police au niveau du commissariat où travaillent les policiers mis en cause.

La ville de Minneapolis a connu des heurts, avec le pillage d’une trentaine de magasins et des incendies, et l’usage de gaz lacrymogène par la police au niveau du commissariat où travaillent les policiers mis en cause.

Keystone

Des manifestants ont incendié un commissariat de Minneapolis, au nord des Etats-Unis). Les faits se sont produits lors de la troisième nuit d’affrontements contre la police, aux mains de laquelle est mort un Noir lors d’une interpellation musclée.

Des milliers de personnes ont assisté à l’incendie dans les quartiers nord de la ville, après que certaines d'entre elles eurent forcé les barrières qui protégeaient le bâtiment et brisé ses vitres. Les policiers avaient déserté l’endroit, selon les forces de l’ordre.

«Peu après 22h00, dans l’intérêt de la sécurité de notre personnel, la police de Minneapolis a évacué le commissariat 3», a indiqué cette dernière dans un communiqué. Les manifestations avaient auparavant été majoritairement pacifiques, avec des foules contenues par des chaînes d’hommes en uniforme.

Mais il y a eu des heurts, avec le pillage d’une trentaine de magasins et des incendies, et l’usage de gaz lacrymogène par la police au niveau du commissariat où travaillent les policiers mis en cause. Le défilé avait commencé en fin d’après-midi, avec de nombreux manifestants portant un masque pour se protéger du coronavirus, tandis que, dans la ville voisine de Saint-Paul, la police faisait état de dégâts et de vols.

500 soldats de la Garde nationale

«Nous savons qu’il y a beaucoup de colère. Nous savons qu’il y a beaucoup de blessures. Mais nous ne pouvons tolérer que certains s’en servent comme occasion pour perpétrer des délits», a déploré le directeur de la police de cette ville, Todd Axtel.

Près de 500 soldats ont été déployés dans la ville américaine. Leur mission sera de rétablir le calme. Ces hommes de la Garde nationale de l'Etat du Minnesota «offriront un soutien aux autorités civiles, aussi longtemps qu'on le leur demandera, afin d'assurer la sécurité des personnes et des biens», précise le texte. Le gouverneur de l'Etat Tim Walz avait signé un décret jeudi après-midi pour autoriser l'intervention de la Garde nationale.

Pendant la nuit, des soldats ont déjà «participé à plusieurs missions» avec les pompiers et pour lutter contre les «troubles civils», précise le communiqué. Ils ont continué à affluer vers Minneapolis jusqu'au petit matin, jusqu'à être 500 «en position». En outre, 200 policiers de l'Etat, ainsi que des hélicoptères, ont également été mobilisés.

Deux cents policiers de l’Etat, ainsi que des hélicoptères, doivent également être envoyés sur place. «La mort de Gorge Floyd doit apporter de la justice et des réformes de fond, pas plus de morts et de destruction», a-t-il estimé dans un communiqué.

«Je ne peux plus respirer»

Cet Afro-Américain de 46 ans est décédé lundi soir juste après avoir été arrêté par la police, qui le soupçonnait d’avoir voulu écouler un faux billet de 20 dollars. Lors de l’intervention, il a été plaqué au sol par un agent qui a maintenu son genou sur son cou pendant de longues minutes. «Je ne peux plus respirer», l’entend-on dire sur un enregistrement de la scène, devenu viral.

Le président Donald Trump «a été indigné quand il a vu la vidéo» de ce drame «odieux, tragique», a fait savoir sa porte-parole Kayleigh McEnany. «Il a immédiatement pris son téléphone» pour s’assurer que l’enquête du FBI avançait vite, a-t-elle poursuivi: «Il veut que justice soit rendue».

Plaies raciales aux Etats-Unis

Les quatre agents impliqués ont été licenciés et les autorités locales et fédérales enquêtent sur le drame. Mais aucune inculpation n’a encore eu lieu, ce qui alimente la colère et les frustrations.

«Ces policiers, il faut les arrêter immédiatement» a déclaré Philonise Floyd sur CNN en réclamant, entre deux sanglots, la peine capitale pour les responsables de la mort de son frère. «Tout le monde souffre, c’est pour ça que tout ça arrive. J’en ai assez de voir les hommes noirs mourir», a-t-il ajouté. «Je voudrais qu’ils [les manifestants] soient pacifiques mais je ne peux pas les forcer, c’est dur.»

Comme lui, la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l'homme a fait le lien avec une série d’autres drames qui ont ravivé les plaies raciales aux Etats-Unis. «C’est le dernier d’une longue série de meurtres d’Afro-Américains non armés commis par des policiers américains» et des citoyens lambda, a regretté Michelle Bachelet dans un communiqué. «Les autorités américaines doivent prendre des mesures sérieuses pour mettre fin à ces meurtres, et pour s’assurer que justice soit faite lorsqu’ils se produisent».

Vu du Canada: «stupéfaction et horreur»

De nombreux Canadiens suivent avec «stupéfaction et horreur» les scènes de violences après la mort d'un Noir aux Etats-Unis, a estimé le Premier ministre Justin Trudeau, appelant ses concitoyens à lutter contre le racisme au Canada.

«De nombreux Canadiens de toutes origines regardent les informations en provenance des Etats-Unis avec stupéfaction et horreur», a souligné M. Trudeau dans un rare commentaire sur la situation chez le voisin américain. «Le racisme est réel: il est présent aux Etats-Unis mais aussi au Canada», a-t-il ajouté lors de son point presse quotidien.

Justin Trudeau a appelé les Canadiens à faire preuve de «solidarité les uns envers les autres», «que ce soit contre le racisme anti-noir ou le racisme anti-asiatique», a-t-il insisté.

Le Premier ministre avait fustigé la semaine dernière la montée des agressions contre des Canadiens d'origine asiatique, qui se sont multipliées ces derniers mois en raison de l'épidémie de coronavirus.

«Nous savons que tous les jours des gens sont confrontés à de la discrimination systémique, des préjugés inconscients, à du racisme anti-noir» et anti-asiatique, a-t-il poursuivi. «Nous devons faire mieux (...) nous avons du travail à faire ici». - (AFP)

(ATS)

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