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SécuritéTrop d'ascenseurs sont dangereux

L'accident du petit Jon met en lumière le fait que les cantons romands, à l'exception de Genève, n'obligent pas les propriétaires à sécuriser les anciennes installations.

par
Vincent Donzé
Devant l'ascenseur de l'immeuble de Villeneuve (VD) où Jon s'est coincé le bras, des taches de sang témoignent de la violence de l'accident.

Devant l'ascenseur de l'immeuble de Villeneuve (VD) où Jon s'est coincé le bras, des taches de sang témoignent de la violence de l'accident.

Christian Bonzon

Piégé par un ascenseur à Villeneuve (VD) vendredi, le petit Jon, 20 mois, a commencé à retrouver la mobilité de ses doigts («Le Matin» de lundi). Hier, les médecins ont nettoyé sa plaie, après que son coude coincé entre la porte de l'ascenseur et le plancher de la cabine eut été dénudé jusqu'à l'os.

Ce drame soulève une question: jusqu'à quand les ascenseurs dépourvus de porte intérieure seront-ils tolérés? «Tout dépend de la volonté des cantons de légiférer», répond l'inspecteur fédéral des ascenseurs, Norbert Haas. Son constat: «Le retard de la Suisse sur ses voisins est énorme.»

La responsabilité des propriétaires

Le risque de se coincer un bras ou un pied n'existe que dans les installations d'avant 1978, où l'on voit défiler la paroi depuis la cabine. Une ordonnance fédérale de 2001 rend la double porte obligatoire pour tout nouvel ascenseur. Mais, pour les anciens, le fédéralisme prime.

«Les contrôles se limitent aux nouvelles installations. Les anciens ascenseurs, c'est l'affaire des propriétaires», confirme le municipal en charge des Travaux à Villeneuve, Cédric Robert.

L'exemple vient de Zurich, avec, depuis 1985, un contrôle quinquennal par un bureau qui peut imposer des adaptations. Dix ans plus tard, Genève prescrivait ses propres mesures pour améliorer la sécurité, suite à plusieurs accidents ayant fait un mort et de nombreux amputés.

Dangers identifiés

Deux défauts présents à Villeneuve ne sont tolérés ni à Zurich ni à Genève. Primo, l'absence d'une porte intérieure sur la cabine, une lacune fatale pour les bambins, dont un bras ou une jambe peut être happé entre la cabine en déplacement et la paroi de la gaine. Secundo, le verre non sécurisé n'est plus toléré sur les portes palières. Les autres dangers identifiés sont l'imprécision de l'arrêt, qui peut faire trébucher un aîné, et l'alarme, lorsqu'elle n'est pas reliée à une centrale.

Dans les autres cantons, la législation ne contient pas de disposition contraignante. Dans celui de Vaud, par exemple, l'Union suisse des professionnels de l'immobilier ne fournit aucune recommandation à ses membres.

Lenteurs juridiques

A Fribourg, le député François Roubaty (PS) a réclamé l'application des standards européens: «Dans ma profession d'électricien, je vois les dangers pour les jeunes, les aînés et les handicapés. Il faut des doubles portes partout.» Son constat, quatre ans après son intervention: «La loi n'est pas encore modifiée, mais les propriétaires ont compris.»

Cette lenteur s'explique. Juridiquement il faut modifier une loi cantonale, et financièrement la dépense s'élève à 16 000 fr. par cabine, soit un investissement de 50 millions pour le seul canton de Fribourg. «Ne pas améliorer la sécurité, est-ce un défaut d'entretien?» s'interroge Norbert Haas. Après le drame de Villeneuve, la réponse appartiendra à la justice vaudoise.

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