Actualisé 28.08.2018 à 06:50

ItalieTrop de morts au Cervin: «Le problème vient indirectement de la Suisse»

Une commune italienne a lancé une campagne de sensibilisation pour mettre en garde contre les risques de la montagne.

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DO/ofu
Keystone

Un nombre grandissant d'«alpinistes improvisés» s'aventurent sur le versant italien du Cervin. Et comme les accidents se sont multipliés ces dernières années, la commune italienne de Valtournenche a décidé de s'attaquer au problème, écrit lundi Tio.ch/20 minuti.

Cette semaine, les autorités lanceront pour la première fois une campagne de sensibilisation pour informer les visiteurs sur les risquent qu'ils encourent en gravissant la montagne sans connaissances adéquates et sans être accompagnés d'un guide de montagne. «Nous avons ressenti le besoin d'agir parce que tant les accidents que l'irresponsabilité des randonneurs augmentent», explique au quotidien tessinois la vice-syndic de Valtournenche, Nicole Maquignaz. «Nous avons déjà eu sept morts cette année. C'est vraiment beaucoup.»

«Il n'y a qu'un seul Kilian Jornet»

Nicole Maquignaz énumère deux causes pouvant expliquer cette hausse des accidents mortels. D'une part, explique-t-elle, la montagne et l'alpinisme en général sont devenus «très à la mode» ces dernières années. Et en ce qui concerne le Cervin, c'est notamment une vidéo de Kilian Jornet qui a contribué à faire passer de manière involontaire un mauvais signal. Dans l'enregistrement en question, on voit l'Espagnol, qui a récemment remporté pour la sixième fois la course Sierre - Zinal, battre le record de l'ascension-descente du Cervin en 2 heures et 52 minutes. Le tout avec des chaussures de gym. Pour Nicole Maquignaz, ces images banalisent les risques. Elle rappelle: «Il n'y a qu'un seul Kilian Jornet.»

D'autre part, ajoute la vice-syndic, la petite commune italienne du Val d'Aoste se retrouve confrontée à une phénomène qui, selon les autorités locales, est une conséquence, certes involontaire mais indirecte des changements entrepris sur le versant suisse du Cervin. En effet, depuis la rénovation de la cabane Hörnli en 2015, celle-ci a augmenté ses prix. Du coup, constate Nicole Maquignaz, un nombre grandissant de touristes, surtout de l'Europe de l'Est, opte pour le camping sauvage à 2000 mètres sur le côté italien avant de gravir le sommet. «Comme ils se déplacent de manière totalement autonome, sans passer par des refuges, il est encore plus difficile de les mettre en garde.» La vice-syndic espère qu'un jour sa commune et celle de Zermatt (VS) travailleront ensemble en termes de sensibilisation.

Contactée, Nathalie Steindl, directrice de l'agence de guides de montagne Zermatters, confirme: «Ce problème n'est pas nouveau. Nous nous en rendons compte lorsque les visiteurs viennent dans notre bureau et nous expliquent qu'ils comptent gravir le Cervin tous seuls. Ils nous demandent alors des informations sur les conditions en montagne et l'état du 'sentier' comme certains l'appellent. Nombreux sont ceux qui s'imaginent un beau chemin bien défini et bien signalé. Ils ne se doutent pas qu'il faut des connaissances particulières pour ce type d'excursions.» Et d'ajouter: «C'est une montagne exigeante, même si l'on emprunte le chemin normal. L'ascension nécessite beaucoup d'expérience en montagne, surtout si on veut y aller de manière autonome, sans guide.» Depuis le début de l'année, deux personnes ont perdu la vie au Cervin, du côté suisse.

«Moins chaotique et plus sûr»

En ce qui concerne l'augmentation des prix à la cabane Hörnli, Nathalie Steindl concède: «Jusqu'en 2015, la cabane offrait une sorte de camping qui accueillait beaucoup d'alpinistes aux moyens financiers plus modestes. Mais depuis les travaux de rénovation, le camping y est strictement interdit et les prix de la nuitée ont quasi doublé. Il est vrai que cela a poussé les personnes vers le côté italien de la montagne.»

Kurt Lauber, le gardien de la cabane Hörnli depuis 24 ans, estime que les travaux de rénovation ont eu un effet positif. En effet, depuis 2015, les accidents mortels ont fortement diminué. Pour Kurt Lauber, qui a gravi le Cervin plus de 400 fois, cette évolution positive est surtout due au fait que le nombre de places pour dormir a été diminué et que le camping a été interdit. «Du coup, même lors des journées les plus chargées, il n'y a qu'une septantaine d'alpinistes sur la montagne. L'endroit est devenu moins couru, moins chaotique et surtout plus sûr. J'espère que nos amis italiens trouveront une solution qui leur convienne.»

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