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TOILETTES PUBLIQUESTrop peu de WC et pas de papier

Comment vont pouvoir se soulager les milliers de Romands qui assisteront ce soir au feu d'artifice de Genève?

par
Valérie Duby
«Les toilettes, c'est aussi la carte de visite d'une ville» Frédéric Hohl, député PLR.

«Les toilettes, c'est aussi la carte de visite d'une ville» Frédéric Hohl, député PLR.

Yvain Genevay

Il y en avait 70, il y a six ans. Il ne reste aujourd'hui que 50 WC publics, dont une bonne partie en rénovation, sur tout le territoire de la Ville de Genève. Sur la rive droite, juste à côté des grands hôtels, seules deux toilettes homme et deux toilettes femmes sont à disposition, du pont du Mont-Blanc au bout du quai Gustave-Ador. «Elles sont extrêmement sales, il n'y a pas de savon et pas de papier, déplore Frédéric Hohl. Il est mathématiquement impossible d'entretenir deux WC pour les milliers de gens qui passent chaque jour sur ce tronçon en été. Et je ne vous parle même pas de la Lake Parade et des Fêtes de Genève où, le soir du feu d'artifice, il y a 500 000 personnes!»

«Parce qu'on ne pouvait pas en mettre davantage, explique Mathieu Liechti, chef de presse des Fêtes de Genève, les organisateurs ont installé 45 cabines sur le périmètre de la manifestation.» A l'intérieur, «un peu de papier de toilettes» mais pas trop. Histoire que les utilisateurs ne jettent pas des rouleaux entiers dans la cuvette. Tel n'est même pas le cas dans les nouvelles toilettes de la Ville, où on a tout simplement supprimé le PQ. «Des vandales allumaient des torches avec», raconte un nettoyeur. Rencontré la brosse à la main, à la sortie des toilettes provisoires place Dorcière, où des dizaines de cars arrivent chaque jour de l'étranger, l'homme raconte son quotidien matinal: «Ça casse, démonte des siphons, arrache les urinoirs. On retrouve des seringues, des traces de sang et de la matière fécale contre les murs. A croire que certains mangent, boivent et vomissent dans le même lieu.»

«Indigne de Genève»

Pour limiter la casse et le budget, la Ville a supprimé des WC, et a décidé d'enlever les porte-savon, le savon, l'essuie-main et les lunettes. «C'est carcéral», constate la conseillère municipale PLR Sophie Courvoisier. La jeune femme avoue ne jamais se promener sans son produit antibactérien lorsqu'elle n'a pas d'autre choix que de fréquenter les latrines: «La plupart du temps, je préfère aller boire une eau à 6 fr. 50, même si je n'ai pas soif, plutôt que d'aller aux toilettes publiques.»

Directeur de la société de produits de nettoyage Grellor, Pierre Grelly trouve que les WC publics en général sont «irrespectueux» et «indignes» de Genève, ville internationale: «Certains datent des années 70. Il ne faut pas croire: les joints ont la mémoire de la contamination!» Cette semaine, le député Frédéric Hohl a écrit aux autorités administratives genevoises pour faire part de ses préoccupations sur le sujet: «J'imagine bien que la Ville n'a ni les moyens ni l'envie d'entretenir des toilettes. Dans ces conditions, pourquoi ne pas travailler sur un appel d'offres pour proposer, autour de la rade, six unités de toilettes mobiles avec un service payant et du personnel, ce que l'on appelait à l'époque la dame pipi? Cela dit en passant, les toilettes d'une cité, c'est aussi une carte de visite, comme elles le sont pour un restaurant!»

En charge du Département des constructions et de l'aménagement, le conseiller administratif Rémy Pagani n'entend en aucun cas faire débourser les utilisateurs. «C'est une prestation publique que nous sommes capables de payer», répond le magistrat d'Ensemble à gauche. Rémy Pagani dénonce lui aussi les «incivilités» commises dans les lieux d'aisances: «C'est dramatique.» Et de rappeler qu'en 2010 la Ville a débloqué un crédit de 2,5 millions pour retaper les toilettes. «Douze ont été rénovées et le reste va suivre dans les deux ans à venir», promet-il.

En attendant, il faudra faire avec. Un conseil pour les milliers de Romands qui viennent ce soir au grand feu d'artifice: allez vous soulager à la gare Cornavin. Cela vous en coûtera 1 fr. 50, mais les lieux sont nickel. Pour les hommes, il reste toujours la solution «derrière l'arbre». Mais, attention, le règlement sur la propreté et la salubrité est très clair: il est interdit d'uriner sur la voie publique. Si vous contrevenez à cette disposition, il vous en coûtera 150 francs. «On amende régulièrement pendant les Fêtes de Genève», confirme Jean-Philippe Brandt, porte-parole de la police genevoise.

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