Canada: Trudeau remanie son gouvernement sur fond de scandale

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Le Premier ministre canadien a procédé à un changement dans son équipe, après une démission fracassante dans le sillage d’un scandale éthique.

Justin Trudeau a nommé Chrystia Freeland au poste de ministre des Finances, faisant d’elle la première femme de l’histoire du Canada à occuper cette fonction.

Justin Trudeau a nommé Chrystia Freeland au poste de ministre des Finances, faisant d’elle la première femme de l’histoire du Canada à occuper cette fonction.

AFP

Empêtré depuis des semaines dans un nouveau scandale éthique, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a dû remanier son gouvernement mardi après une démission fracassante, avec l’espoir de recentrer le débat sur la relance économique post-pandémie de son pays.

Justin Trudeau a nommé son fidèle bras droit Chrystia Freeland au ministère des Finances, au lendemain de la démission de Bill Morneau. Ce dernier est lui aussi visé par ce scandale lié à l’attribution sans appel d’offres d’un important contrat gouvernemental à l’association caritative We Charity (Unis en français) qui a rémunéré sa fille ainsi que des membres de la famille Trudeau.

À 52 ans, Chrystia Freeland, qui reste vice-Première ministre, devient la première femme de l’histoire du Canada à occuper le poste de ministre des Finances, au moment où le pays traverse sa pire crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale en raison de la pandémie de coronavirus. «Il était temps» qu’une femme obtienne ce poste, s’est-elle félicitée devant la presse.

«Discours du Trône»

Ancienne journaliste, ancienne ministre des Affaires étrangères qui avait piloté la renégociation de l’accord de libre-échange nord-américain avec les États-Unis et le Mexique, Chrystia Freeland avait été promue vice-Première ministre après la réélection des Libéraux de Justin Trudeau en octobre dernier. Elle est considérée comme sa plus proche ministre, et comme une candidate potentielle à sa succession à la tête du parti libéral.

Dans la foulée du remaniement, Justin Trudeau a annoncé qu’il soumettrait le 23 septembre son prochain «discours du Trône» à un vote de confiance à la Chambre des communes. Ce discours de politique générale présentera un programme gouvernemental «ambitieux» pour relancer l’économie canadienne, laminée par la pandémie de coronavirus, a promis Justin Trudeau lors d’un point de presse.

«Nous devons remettre à plat l’approche de ce gouvernement pour mieux relancer» l''économie, a expliqué Justin Trudeau. «Ce sont des questions importantes (…) et nous devons les présenter au Parlement pour obtenir sa confiance et pour aller de l’avant avec ce projet ambitieux». Depuis mars, le gouvernement a multiplié les dépenses et les aides en tout genre, faisant gonfler la dette publique. Le déficit devait atteindre plus de 340 milliards de dollars (307 milliards de francs), selon les projections officielles. Le gouvernement Trudeau, minoritaire depuis les législatives de l’automne 2019, a besoin du soutien d’au moins un parti d’opposition aux Communes pour se maintenir au pouvoir lors d’un vote de confiance.

«Remettre les compteurs à zéro»

«On dirait que le gouvernement essaie de remettre les compteurs à zéro, qu’il essaie peut-être de mettre le scandale de l’association caritative derrière lui pour retrouver un nouvel élan avec les électeurs», a commenté sur CBC la politologue Stéphanie Chouinard, du Collège militaire royal de Kingston.

Ce remaniement limité fait suite à la démission surprise lundi soir de Bill Morneau, ministre des Finances depuis 2015. Il a expliqué qu’il partait de son plein gré, afin de permettre à son successeur de mener la relance économique du pays à long terme, et pour se consacrer à sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

L’ex-ministre des Finances, à qui la presse prêtait des divergences croissantes avec Justin Trudeau, est également visé par une enquête du Commissaire canadien à l’éthique sur ses liens avec l’association caritative We Charity qui employait sa fille et à laquelle le gouvernement avait attribué un important contrat sans appel d’offres. Cette enquête vise également le Premier ministre dont la mère, le frère et l’épouse ont été rémunérés par cette association à hauteur d’environ 300’000 dollars (270’000 francs) au total pour leur participation à divers événements.

Tout comme JustinTrudeau, Bill Morneau a présenté ses excuses pour avoir participé aux discussions sur l’attribution du contrat gouvernemental à l’association. Le contrat a depuis été retiré à cette dernière, sans mettre fin à la polémique qui a fait reculer le gouvernement de Justin Trudeau dans les sondages. Mais les Libéraux restent en tête des intentions de vote.

(AFP/NXP)

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