10.11.2020 à 01:43

États-UnisTrump refuse de perdre, un trait de personnalité et un pari

Le président américain sortant déteste perdre, mais en refusant de concéder la défaite, il cherche aussi à décrédibiliser la victoire de Joe Biden.

Donald Trump a été déclaré perdant de la présidentielle face à Joe Biden.

Donald Trump a été déclaré perdant de la présidentielle face à Joe Biden.

AFP

Donné battu face au démocrate Joe Biden, Donald Trump refuse de concéder sa défaite. Le président américain est devenu un de ces «perdants» qu’il exècre et se retrouve menacé de poursuites judiciaires, mais sa posture pourrait aussi être un pari politique.

Alors que le décompte des voix de la présidentielle n’est pas terminé, le camp républicain multiplie les recours et Donald Trump lui-même a accusé les démocrates de lui avoir «volé» l’élection, sans toutefois apporter de preuves de la «fraude» qu’il dénonce.

«Les traits qui ont permis à Donald Trump d’établir son modèle autoritaire sur la présidence – l’arrogance, la brutalité et l’idée qu’il doit être défendu face à ses ennemis – rendent difficiles le fait qu’il accepte sa défaite», explique Ruth Ben-Ghiat, professeure d’histoire à l’université de New-York. «Il est plus facile de dire que l’élection était truquée que d’admettre que sa politique a détourné les gens en nombre suffisant pour perdre», ajoute cette spécialiste des dirigeants autoritaires, estimant que pour Donald Trump, un discours de défaite serait une «humiliation publique».

Pour John Gartner, psychologue à Baltimore, le président sortant est un «narcissique néfaste» et pourrait mener une politique de «terre brûlée» pendant la période de transition qui s’ouvre jusqu’à l’investiture de Joe Biden en janvier. Il a certes «perdu son pouvoir sur le peuple», mais «il conserve des partisans fanatiques qui sont dangereux», met en garde le spécialiste.

Les «perdants» de la guerre

Donald Trump a plusieurs fois refusé de dire s’il céderait pacifiquement le pouvoir. Il «doit s’assurer qu’il n’est pas perçu comme un +perdant+ mais comme la victime des forces de +l’État de l’ombre+ malfaisant qui se sont liguées contre lui depuis qu’il est au pouvoir», affirme Lawrence Douglas, professeur de droit à l’université Amherst et qui vient de publier un livre sur le président intitulé «S’en ira-t-il?».

C’est que l’ancien magnat de l’immobilier a hérité du caractère «dominateur» de son père, selon sa nièce Mary Trump, auteure d’un livre à charge sur le clan familial. Mary Trump, psychologue, est la fille de Fred Trump Jr., décédé en 1981 à l’âge de 42 ans, des suites de son alcoolisme. Selon elle, Donald Trump a appris «à mentir pour se mettre en valeur» après avoir été témoin des humiliations subies par son frère aîné, ce qui selon elle a contribué à faire de lui un menteur narcissique.

Début septembre, le magazine The Atlantic a affirmé que le président avait qualifié en 2018 des soldats américains morts pendant la Première Guerre mondiale de «perdants» et de «crétins». Donald Trump et la Maison-Blanche avaient fermement démenti cette accusation, qui faisait toutefois écho à une polémique datant de la campagne de 2016.

La «marque» Trump

L’homme d’affaires new-yorkais s’en était alors publiquement pris au très respecté sénateur républicain John McCain, héros de la guerre du Vietnam, où il a été fait prisonnier et torturé pendant plus de cinq ans. «C’est un héros parce qu’il a été capturé. J’aime les gens qui ne sont pas capturés», avait-il déclaré.

Outre ces traits de personnalité, la réticence de Donald Trump à admettre sa défaite pourrait être plus prosaïque. Car hors de la Maison-Blanche, son horizon judiciaire pourrait s’assombrir. À New York, il est visé par deux enquêtes – une pour fraude fiscale, fraude à l’assurance et manipulations comptables, l’autre pour des prêts et des avantages fiscaux frauduleux – qui pourraient chacune lui valoir des poursuites. Il est aussi accusé par plusieurs femmes de harcèlement ou d’agressions sexuelles.

Enfin, en refusant de céder après avoir conquis plus de 70 millions d’électeurs, il conserve une posture d’homme fort qui pourrait lui servir s’il décidait, comme il en a le droit, de briguer un nouveau mandat en 2024.

Pendant quatre ans, Donald Trump «a réussi à tisser et renforcer un lien de rancœur partagée avec son électorat», dit encore Lawrence Douglas. Et malgré la défaite, la «marque» Trump attirera toujours ses partisans, estime-t-il.

(AFP/NXP)

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