06.08.2020 à 22:29

CommerceTrump réimpose des droits de douane sur l’aluminium canadien

Le Canada a vite répondu à cette décision du président américain, indiquant qu’il imposerait «rapidement» des mesures de rétorsion d'une même valeur.

Donald Trump lors d’un déplacement dans une usine de fabrication de machines à laver Whirlpool à Clyde, dans l’Ohio, jeudi 6 août 2020.

Donald Trump lors d’un déplacement dans une usine de fabrication de machines à laver Whirlpool à Clyde, dans l’Ohio, jeudi 6 août 2020.

KEYSTONE

Un mois après l'entrée en vigueur d'un nouvel accord commercial entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, le président Donald Trump a annoncé jeudi qu'il allait réimposer des droits de douane de 10% sur l'aluminium canadien à partir du 16 août.

Furieux, son allié historique canadien a immédiatement dénoncé une mesure «inacceptable» et prévenu qu'il imposerait «rapidement» des mesures de rétorsion d'une valeur équivalente, comme il l'avait fait deux ans plus tôt.

«J’ai signé une proclamation qui défend l’industrie américaine en réimposant des tarifs douaniers sur l’aluminium au Canada. Le Canada profitait de nous, comme d’habitude», a déclaré le président américain lors d’une intervention dans une usine de fabrication de machines à laver Whirlpool à Clyde, dans l’Ohio.

Il avait renoncé, en mai 2019, à de précédents droits de douane à condition que le Canada «n’inonde pas notre pays de leurs exportations et ne détruise pas tous nos emplois dans le secteur de l’aluminium», a-t-il rappelé. Mais «les producteurs canadiens d’aluminium ont brisé cet engagement», a affirmé le locataire de la Maison-Blanche.

«Injustifiée et inacceptable»

Quelques heures plus tard, la vice-Première ministre canadienne Chrystia Freeland a vivement condamné une décision «injustifiée et inacceptable». «En période de pandémie mondiale et de crise économique, la dernière chose dont les travailleurs canadiens et américains ont besoin est l'imposition de nouveaux tarifs douaniers qui augmenteront les coûts pour les fabricants et les consommateurs et qui nuiront à la libre circulation des échanges commerciaux et aux économies des provinces et des États», estime Chrystia Freeland, qui avait renégocié l'Alena pour le compte du Canada.

«En réponse aux tarifs douaniers américains, le Canada a l'intention d'imposer rapidement des contre-mesures de valeur égale», conclut la numéro deux du gouvernement canadien, sans plus de précision sur la nature de ces mesures de rétorsion. «On défendra toujours nos travailleurs de l'aluminium», a immédiatement renchéri le Premier ministre Justin Trudeau sur Twitter.

Selon le texte de la proclamation présidentielle, les importations d’aluminium canadien entre juin 2019 et mai 2020 ont augmenté de 87% par rapport aux douze mois précédents. Cette envolée «menace la production d’aluminium américaine», affirme le document. «J’ai déterminé que les mesures convenues avec le Canada ne sont pas suffisamment efficaces pour remédier à la menace que les importations d’aluminium en provenance du Canada font peser sur notre sécurité nationale», y écrit le président.

Décision critiquée

«L'aluminium canadien ne compromet pas la sécurité nationale des États-Unis», lui a répondu Chrystia Freeland. «L'aluminium canadien renforce la sécurité nationale des États-Unis depuis des décennies dans le cadre d'une coopération inégalée entre nos deux pays.»

La Chambre américaine du Commerce a rapidement critiqué la décision de Donald Trump, affirmant qu'elle allait «augmenter les coûts pour les fabricants américains», que «la plupart des producteurs américains d'aluminium» s'y opposaient et qu'elle allait «générer des mesures de rétorsion contre les exportations américaines».

Même désapprobation chez les acteurs économiques canadiens. «Les droits de douane sur l'aluminium fabriqué au Canada sont la solution de Trump à un problème qui n'existe pas», a fustigé Jerry Dias, président d'Unifor, premier syndicat du secteur privé du Canada, priant le Premier ministre canadien de riposter avec des mesures «sévères». L'association de l'aluminium du Canada a elle contesté les chiffres avancés par la Maison Blanche, assurant qu'il y a eu une «baisse de 2,6%» des exportations sur la période en question.

Trump l’avait déjà fait en 2018

Début juillet, Justin Trudeau avait évoqué les rumeurs selon lesquelles Donald Trump pourrait réimposer des droits de douane en faisant valoir que les Etats-Unis n'avaient pas de capacités de production suffisantes et avaient donc besoin de l'aluminium canadien pour leurs industries automobile et de haute technologie.

La réimposition de ces droits de douane intervient quelques semaines seulement après l'entrée en vigueur, début juillet, du nouvel accord de libre-échange (AEUMC) liant les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Ce dernier remplace l'Aléna (accord de libre-échange nord américain) qui datait de 1994 et était unanimement jugé obsolète.

En juin 2018, en pleine renégociation de l'Aléna, Donald Trump n'avait pas hésité à instaurer des droits de douane punitifs sur l'aluminium canadien. Dans la foulée, Ottawa avait annoncé des taxes sur des produits américains (acier et l'aluminium, mais aussi whisky, ketchup, jus d'orange, bateaux à voile et à moteur, tondeuses à gazon...).

(ATS/AFP/NXP)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!