Wimbledon: Tsitsipas soulève une question: Kyrgios va-t-il trop loin?

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WimbledonTsitsipas soulève une question: Kyrgios va-t-il trop loin?

Outré par le comportement de l’Australien, Tsitsipas évoque du harcèlement. Immergé dans la culture du basket américain, Kyrgios ne voit pas où est le mal.

par
Jérémy Santallo
(Londres)
Nick Kyrgios et Stefanos Tsitsipas ont échangé une poignée de main dès plus glaciale.

Nick Kyrgios et Stefanos Tsitsipas ont échangé une poignée de main dès plus glaciale.

Getty Images

Ulcéré par le comportement intempestif de Nick Kyrgios samedi soir, Stefanos Tsitsipas, éliminé au 3e tour de Wimbledon, l’a admis sans détour dans la grande salle de presse du tournoi: il a bien tenté au milieu de la rencontre de viser son adversaire au corps à plusieurs reprises, notamment sur ce retour de coup droit à mi-court après un service à la cuillère du fantasque australien. Le Grec, qui avait pourtant déjà frôlé l’expulsion à la fin de la seconde manche – il s’est excusé après coup –, voulait à tout prix que le «cirque cesse».

«Cela ne va pas. Quelqu’un doit s’asseoir avec lui et lui parler. Bien sûr qu’il y a de la frustration derrière mon geste. Je visais le corps de mon adversaire et je l’ai manqué de beaucoup. Je ne suis pas habitué à jouer de cette façon, c’est évident. Mais je ne peux pas juste rester là, comme un robot, froid et ignorant. C’est arrivé à trois ou quatre reprises aujourd’hui (ndlr: samedi). Une fois, ça va. Mais là, ça joue vraiment sur les nerfs. Parce que vous êtes là pour faire votre travail et il y a toujours du bruit, sans aucune raison, de l’autre côté du filet.»

«C’était probablement un tyran à l’école et je n’aime pas les brutes.»

Stefanos Tsitsipas à propos de Nick Kyrgios

Victime du show Kyrgios, Tsitsipas a été assez loin dans ses propos face aux journalistes. «Je ne pense pas avoir joué une autre fois contre lui où cela a été ce point. Il y a un moment où tu en as vraiment marre. C’est de l’intimidation constante. C’est ce qu’il fait. Il harcèle ses adversaires. C’était probablement un tyran à l’école et je n’aime pas les brutes. Je n’aime pas les gens qui rabaissent les autres. Il a de bons traits de caractère. Mais il a aussi un côté très pervers en lui, qui, s’il est exposé, peut vraiment faire beaucoup de mal aux personnes autour de lui.»

«Dans mon quotidien, vous verriez sur le terrain de basket que je suis en compétition avec des gars qui sont des chiens»

Nick Kyrgios

Dans une autre vie, Kyrgios, qui se balade au All England Lawn Tennis Club avec ses sweats d’Allen Iverson ou de Dennis Rodman, aurait aimé être basketteur. Grand fan de NBA, l’enfant de Canberra n’a cessé de parler, que ce soit à lui-même, en criant vers son clan ou en usant du trash-talking vis-à-vis de Tsitsipas. «Good shot», «good return»: on l’a plusieurs fois entendu se moquer ouvertement du Grec en plein match lorsque celui-ci commettait des erreurs. Et il faut bien admettre qu’à ce moment-là, ce sont les codes du tennis qui ont volé en éclats.

Nick Kyrgios à l’étape de la salle de la presse, avant une interview télévisée.

Nick Kyrgios à l’étape de la salle de la presse, avant une interview télévisée.

Getty Images

«Quand je rentre à la maison, si vous m’observez dans mon quotidien, vous verriez sur le terrain de basket que je suis en compétition avec des gars qui sont des chiens, de vrais concurrents. Mes adversaires à Wimbledon sont soft. Nous ne sommes tout simplement pas faits du même moule, a réagi Kyrgios, qui est passé en salle de presse tard dans la soirée, quelques minutes après Tsitsipas. S’il est affecté comme ça aujourd’hui et que je le sors à ce point de son match, c’est qu’il est soft.»

«The Last Dance»

Pour se mettre dans des conditions qu’il jugeait optimales avant l’affiche que tout le monde attendait dans les allées, Kyrgios a visionné dans la matinée «The Last Dance», le documentaire qui retrace l’épopée victorieuse des Chicago Bulls de Michael Jordan. «Ces gars sont des compétiteurs et oui, il y a un peu de trash-talking. Mais il n’y avait rien de tout cela sur le court. Il dit que je l’ai harcelé mais je n’ai rien fait. C’est fou. J’étais juste là pour gagner et j’ai réussi. Franchement, je ne vois pas pourquoi il est autant choqué.»

Et Kyrgios, qui a tout de même une nouvelle fois – c’était déjà le cas au premier tour – insulté une juge de ligne, de poursuivre. «Tout ce que j’ai tenté, cela a fonctionné. Je n’entre pas sur le terrain pour être son ami, lui montrer un respect total et lui dire ‘quel joli coup Stefanos’. Non, je ne vais rien lui donner de tout ça. Je vais juste être moi-même, pas Dennis Rodman. Je serais très énervé si je perdais deux semaines de suite (ndlr: Kyrgios a battu Tsitsipas à Halle) face au même joueur. Peut-être qu’il devrait d’abord se pencher sur la façon de me battre.»

«Je souhaite que l’on se réunisse tous ensemble pour mettre en place une règle»

Stefanos Tsitsipas

En substance, l’Australien a expliqué qu’il était l’un des joueurs les plus appréciés du vestiaire tandis que Tsitsipas n’était pas aimé. Si c’est le cas, c’est ballot pour le Grec parce que celui-ci avait des projets. «Je souhaite que l’on se réunisse tous ensemble pour mettre en place une règle. Je ne sais pas, quelque chose sur le fait de parler. Personne ne fait ça à part lui. Personne n’est aussi contrarié et frustré tout le temps. Il faut nettoyer notre sport et faire en sorte que ce genre de comportement ne soit plus accepté, autorisé, toléré.»

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