France – Tuerie de Chevaline: un homme en garde à vue
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FranceTuerie de Chevaline: un homme en garde à vue

Près de 10 ans après le meurtre non résolu de trois membres d’une même famille et d’un cycliste, l’enquête semble avancer.

par
Michel Pralong avec AFP
Personne ne sait ce qui s’est vraiment passé à Chevaline le 5 septembre 2012.

Personne ne sait ce qui s’est vraiment passé à Chevaline le 5 septembre 2012.

AFP

«Une personne a été placée en garde à vue le 12 janvier à 8 h 05 par la section de recherche de Chambéry dans le cadre de l’assassinat de la famille Al-Hilli et de Sylvain Mollier, dite «affaire de Chevaline» le 5 septembre 2012», a indiqué la procureure d’Annecy Line Bonnet dans un communiqué, confirmant une information de BFMTV. Des perquisitions sont également en cours. Cela constitue un rebondissement dans cette affaire qui n’a toujours pas de réponse. Cette garde à vue «vise à procéder à des vérifications d’emploi du temps» et des perquisitions sont en cours au domicile de cette personne, précise la procureure.

L’affaire avait débuté dans l’après-midi du 5 septembre 2012, au bord du lac d’Annecy. Un cycliste britannique, Brett Martin, aperçoit, au bout de la petite route forestière de la Combe d’Ire, près de Chevaline, un vélo couché à terre, une BMW, moteur en marche, et une petite fille en sang, qui titube puis s’effondre. Pensant d’abord à un accident de la route, il comprend vite qu’il s’agit d’un meurtre. Dans la voiture, le conducteur et ses deux passagères sont atteints de plusieurs balles dans la tête. La petite fille, blessée d’une balle à l’épaule, souffre de graves blessures au crâne. Enfin, un cycliste gît à terre, le corps criblé de balles.

Cachée sous les jambes de sa mère

Une deuxième fillette, indemne, sera retrouvée recroquevillée sous les jambes de sa mère, plus de huit heures après la tuerie. La scène de crime avait été «gelée» jusqu’à l’arrivée, dans la nuit, des techniciens parisiens de la gendarmerie.

Les victimes dans la voiture sont toutes de la famille des Al-Hilli, d’origine irakienne, vivant à Londres. Le père et la mère ont été tués et la belle-mère, venant elle de Suède, également. La fille aînée, 9 ans, a été violemment frappée à la tête par la crosse d’une arme de poing (dont un morceau s’est cassé, constituant l’un des rares indices de l’affaire) est laissée pour morte mais survivra. La deuxième fille, celle qui était cachée, à 4 ans. Le cycliste, lui, est de la région, il s’appelle Sylvain Mollier, 45 ans.

Le frère aîné de Saad Al-Hilli, qui était en conflit avec lui concernant l’héritage paternel, avait été placé en garde à vue le 24 juin 2013 au Royaume-Uni, puis sous contrôle judiciaire jusqu’en janvier 2014. Au sein de la famille Al-Hilli, certains penchent plutôt pour un meurtre lié à l’espionnage industriel. Saad était ingénieur spécialisé dans les satellites.

Arme suisse

La piste d’un motard aperçu près des lieux du crime avait été écartée plus de deux ans après le drame lorsqu’il avait pu être établi qu’il s’agissait d’un chef d’entreprise adepte de parapente, aperçu par hasard près du lieu du crime. Croisé par des agents de l’Office national des forêts (ONF), cet homme, portant le bouc et un casque noir, avait longtemps fait office de principal suspect.

Alors, qui en voulait aux Al-Hilli? Le cycliste était-il une victime collatérale qui passait par là au mauvais moment où était-il visé lui, en fait? De nombreuses théories ont été échafaudées, mais aucune réponse n’a été trouvée. Restait essentiellement les éléments sur l’arme du crime, un Luger P06 Parabellum, arme de collection qui était utilisée par l’armée suisse jusque dans les années 1960.

Rester prudent

Est-ce en lien avec elle que cette garde à vue intervient? «Elle est réalisée à des fins de vérifications, comme d’autres ont été menées ces dernières années», selon BFMTV. De nouvelles informations seront rendues publiques à l’issue de la garde à vue, a précisé la procureure, soulignant toutefois que celle-ci «peut ne rien donner». «Nous sommes extrêmement prudents sur les éléments d’identification», a-t-elle ajouté, rappelant que «la procédure est couverte par le secret de l’instruction».

En septembre 2021, une reconstitution avait été menée à Chevaline afin de retracer le parcours du tueur et de le chronométrer. Les enquêteurs cherchaient à savoir s’ils n’étaient pas passés à côté d’un élément qui pourrait les mettre sur la piste d’un suspect. Tout le secteur avait été bouclé, rappelle BFMTV.

Vivant dans un lieu secret depuis le massacre, les deux filles de la famille avaient été interrogées en 2020, sans que cela n’apporte d’avancées à l’affaire.

L’affaire Chevaline a déjà donné lieu à des milliers d’heures d’enquête et d’auditions, des tonnes de documents épluchés et quatre interpellations, sans pour autant livrer son mystère. Le dossier compte parmi les grandes énigmes judiciaires qui ont tenu la France en haleine ces cinquante dernières années.

Pôle pour les crimes non élucidés

Coïncidence du calendrier, le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a annoncé mercredi le lancement le 1er mars à Nanterre d’un pôle judiciaire dédié «aux crimes en série et non élucidés» afin de «permettre à ces dossiers de rester judiciairement vivants». La France compte 173 crimes non élucidés pour lesquels la justice est saisie et 68 procédures de crimes sériels, selon lui.

Parmi les plus médiatiques, l’affaire Grégory Villemin, ce garçonnet retrouvé mort dans la Vologne (Vosges) en 1984, l’affaire Chevaline, ou encore la disparition il y a dix-neuf ans d’Estelle Mouzin, affaire dans laquelle huit magistrats se sont succédé.

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